dimanche 4 septembre 2011

Arrested Development.



Chacun a son petit secret. La définition de ce petit secret, c'est qu'il est tellement intime qu'on le cache, mais tellement touchant et important qu'on aurait envie que le monde entier le connaisse, et partage ce non-dit. C'est un petit secret qu'on diffuse donc à petit échelle, on leur partage avec ses proches et un regard complice. On choisit avec attention les personnes avec lesquelles on échange cette petite chose aux apparences insignifiantes, mais qui prend toujours une dimension trop grande quand on en parle vraiment, sans feindre le recul, en se livrant et en laissant s'épancher son cœur d'indie-kid trop émotionnel.

Un des plus beaux exemples de ces petits secrets, vite devenu rumeur puis phénomène, c'est Juno. Film indie où Sonic Youth tient la main des Moldy Peaches, avec les géniaux acteurs de la série non moins indé Arrested Development. On se retrouve tous comme ce gros loser de Michael Cera (aka George Michael), on se rappelle de comment on était nul avec les filles, et qu'on avait ce sourire amer quand on entendait Adam Green et Kimya Dawson chantait leur "Nothing Came Out". Maintenant, tous ces sombres temps sont enterrés et sont juste de nouveaux petits secrets qu'on cache, sauf quand ils semblent "mignons". Étonnamment, Juno a donné une légitimité à la musique niaise et trop sincère pour être ridicule. Il n'y a plus aucune honte à parler de son petit secret, maintenant c'est indie et tu l'entends chez Urban Outfitters. Il est même de bon ton de dire du bien de la meilleure série du monde, The OC. Eh oui, c'est bien plus que des petits fils de riches californiens en mal d'amour. Seth Cohen est l'ancêtre de Michael Cera, dans ce temps reculé où Bright Eyes avait la place des Moldy Peaches.

Du coup, on creuse le filon, on veut plus de twee, on veut retrouver un petit secret que les autres n'ont pas, on veut se réapproprier ce que Juno et The OC nous ont volé. On veut redevenir ce nerd assoiffé de pop et de folk, on veut pleurer à nouveau sur des chansons d'amour déçu. En 2009, la lumière est revenu grâce à Nana Grizol, on retrouvait des phrases simples et émouvantes comme "you fell in love with the sunshine" ou "cynicism is not wisdom, it's just a lazy way to say that you've be burned". On se retrouvait du haut de nos quinze ans, un jean trop grand et un t-shirt Decathlon. Nana Grizol est resté un secret qu'on s'approprie et qu'on ne partage qu'avec ceux qui le mérite. Et puis, on les suit en se disant que le charme passera, qu'on s'y fera et qu'on fera le deuil - enfin - de sa jeunesse. Mais non.

Alors quand Theo Hilton de Nana Grizol sort, avec ses potes Ryan Woods de Defiance, Ohio et Toby Foster de Pink Houses, un album totalement acoustique de reprises de leurs chansons respectives, où la mélancolie de ton adolescence frappe à la porte sur chaque chanson, où les voix qui ont a peine mué s'emmêlent dans des mélodies simples et aussi futiles qu'un premier amour. Un album enregistré en tournée, à l'arrache. Juste un petit secret en plus, toujours plus fort. Juste parce qu'il y a des phrases idiotes comme "Maybe I should kiss you every night before I fall asleep", on redevient un Michael Cera ou un Seth Cohen. Et, ça a beau être un secret, c'est quand même super agréable.

En name-your-price sur Bandcamp, le très recommandé album des trois losers du Midwest, mais faut pas trop le dire. Marché conclu ?
http://wordwildrecords.bandcamp.com/album/theo-hilton-toby-foster-ryan-woods

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