samedi 1 mai 2010

Breakfast at Tiffany's.

Le poids de Sunn O))) sur le drone donne au genre une image étrange. Le drone serait cette musique inaccessible faite de bourdonnements qui ne s'arrêtent jamais. Une musique lente voire sans rythme. Mais, derrière le côté expérimental, il y a une volonté de travailler sur l'ambiance. Sunn O))) a choisi sa manière de faire : provoquer des tremblements. Mais avant, Earth avait opté pour une voix plus mélodique. Dylan Carlson créait lentement des ambiances, emportant les auditeurs dans des mondes que James Cameron n'a pas encore inventé.

Emeralds, groupe de Cleveland injustement pas assez connu, ne fait pas à proprement parler du drone. Il n'y a pas cette saturation omniprésente. Mais le travail sur l'ambiance est le même. La musique instrumentale du groupe se noie souvent dans un tourbillon électronique, mais après avoir appris à nager. Tout est en progression. What Happened, en 2009, prenait déjà cette orientation. Le minimalisme prend peu à peu forme et s'étend. D'autres sons s'amassent et une ambiance naît. Une ambiance de félicité.
On pourrait les comparer aux Fuck Buttons, en fait. Ces deux groupes ont réussi à donner au drone, à la musique électronique, à l'ambient une nouvelle forme, plus organique. Les Fuck Buttons utilisent le rythme et des guitares acides pour ouvrir une porte vers le tribal, Emeralds prend le chemin inverse et s'attaque non pas à l'énergie, mais à la beauté. Des mélodies apparaissent peu à peu et ne s'essoufflent jamais. Ce qui faisait de What Happened un album assez déroutant, voire difficile d'accès, mais d'une terrible beauté, et un des meilleurs de 2009 les doigts dans le nez.

En 2010, Emeralds fait semblant de changer la formule. Les morceaux sont beaucoup plus courts et plus nombreux. Les mélodies apparaissent directement, avant de s'immerger dans des vagues numériques. On pourrait presque penser à du post-rock, par la beauté contemplative que ce Does It Look Like I'm Here ? arrive à dégager. Une musique sortie de nulle part qui s'immisce dans les méandres de l'esprit, dont la complexité masque une grâce et une beauté hors norme. C'est là que le titre fait sens. Comme Audrey Hepburn dans le film de Blake Edwards, tout est question de diamants, ou d'émeraudes. Derrière la douce folie d'Holly Golightly (ce nom est d'ailleurs tellement explicite), il y a quelque chose d'inaccessible, une jolie malice qui fait que, finalement, rien de tout ça n'est à prendre au sérieux. La beauté pure se cache derrière des semblants de complexité, qu'il suffit d'apprivoiser.

Does It Look Like I'm Here ? de Emeralds sortira ce mois de mai 2010, chez Editions Mego, et c'est un des plus beaux disques de musique électronique de l'année, qui joue dans la même cour que le Four Tet, mais presque un niveau au-dessus.

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