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mercredi 28 avril 2010

Ma langue, tu l'aimes ou tu la quittes.

Suite de notre semaine studieuse autour du concours de l'ENS, attaquons-nous aujourd'hui à l'épineux sujet de philosophie :

"La langue de la raison"

Hegel affirmait (je n'ai pas retrouvé la citation exacte) qu'une pensée n'est bien formulée qu'en allemand. La pensée serait alors dépendante du langage, de sa culture sous-jacente, des mélodies que forment les ensembles de mots ; il y aurait un aspect qualitatif à la pensée en fonction de l'origine du langage.
Afin de définir "la raison" : faut il la concevoir comme la capacité à raisonner, ou bien la faculté intellectuelle selon laquelle l'homme "connaît, juge et se conduit" (Descartes) ou même le concept de justice?
De même, "la langue" peut se rapporter aussi bien à l'organe qu'à la linguistique ou même à la qualité du langage.
L'inconvénient de ce genre de sujet tiroir c'est qu'avec la polysémie des mots on peut prendre le sujet sous 1000 angles différents.
Ainsi, y-a-t'il une langue où la raison est la plus pure ? La raison est-elle déterminée par le langage ? Ou au contraire le langage est-il un parasite à la raison ?

Le rapport entre le langage et la musique est assez bien choisi du fait de la difficulté de l'artiste à transmettre "sa raison" (ou déraison) à autrui par le biais du langage musical, qu'il soit instrumental ou vocalisé. En allant plus loin on pourrait même considérer la musique comme la langue de la raison, celle la plus à même de véhiculer la pensée de l'artiste sans la trahir par des mots. On est d'accord, c'est une vision quelque peu absolue, étant donné que la transmission du message est en partie dépendante du talent et de la technique de l'artiste.


Cluster - Sowiesoso (1976)

Mon choix est peut-être un peu original mais je le trouve assez adapté au sujet. Aucune parole pour un sujet sur la langue, je vois vos sourcils se froncer. Mais il faut entendre la langue comme le langage musical, qui comprend aussi la musique électronique. Cluster est un groupe de krautrock allemand n'utilisant quasiment que des machine dans leur musique, c'est une sorte de proto-electronica/ambient sous acide. Par ce côté rêveur et psychédélique, Cluster parvient à toucher l'auditeur, tantôt il frôle le sublime, tantôt les ténèbres mais jamais avec excès dans la forme. C'est une musique intelligente qui amène des interrogations sur le concept de raison: on se rapproche plutôt ici du concept Kantien de raison pratique basée sur "la connaissance intuitive des vérités nécessaires". Une musique basée sur les émotions, le ressenti mais faite avec finesse. Qui n'a jamais eu la sensation de toucher du doigt l'absolue vérité par l'écoute musicale? Et si justement, à l'origine de cette "langue de la raison" ne serait que ces ensembles d'émotions, de vagues à l'âme qui nous mussent ?


NB: cet article n'a pas été rédigé avec la langue de la raison, par conséquent la rédaction de B&M décline toute responsabilité concernant son incohérence.

mercredi 26 août 2009

Magic-choucroute.

Aujourd'hui, parlons un peu de la Krautrock, sorte de mouvement/genre musical allemand psychédélique assez prolifique de la fin des années 60 aux années 70. Ce style est surtout instrumental mais utilise aussi des sons électroniques (Kraftwerk est considéré comme un groupe de krautrock, injustement à mon humble avis mais passons) et laisse la libre part aux impros et expérimentations sonores qui font frétiller ton cerveau pendant ta montée d'acide.
Prépares ta malette d'Hunter.S.Thompson et viens voyager avec nous!

Can - Tago Mago (1971)

Peut être le premier album de Kraut que j'ai écouté et sans doute celui qui m'a le plus marqué, Tago Mago a quelques chose d'intemporel. Grosses montées d'adrenaline dés les premières notes de l'album, l'auditeur est captivé, hypnotisé par la rythmique complétement folle de Jaki Liebezeit et le chant habité du japonais Damo Suzuki. C'est parfois groovy, souvent inattendu et imprévisible mais c'est terriblement jouissif. Les paroles sont évocatrices (sur "Mushroom": when i saw mushrooms head, i was born and i was dead"), presques tribales par instant. Une chose est sûre, c'est que vous ne sortirez pas indemne de l'écoute de cet album.

Faust - Faust IV (1974)

Acteur majeur de la scène Kraut, le groupe allemand a splitté en 2007. Ce 4e album (d'où le titre, pas cons les mecs) est celui qui est resté a la postérité pour son 1er, le bien nommé "krautrock", le groupe (non sans une certaine ironie) se plaçant en instigateurs du genre (bien que ce ne soit qu'une dénomination de journaliste que les artistes ne revendiquent pas vraiment). Ce 1er titre, c'est 11 minutes de guitares et d'electro saturés , c'est lancinant, hypnotique et ton corps entre en transe. Le groupe s'amuse par la suite a mélanger les styles, entre ballades surréalistes ( dont le jouissif Lauft... Heisst Das es Lauft Oder es Kommt Bald... Lauft" chanté en français, cherchez l'erreur) et titres épiques ou chansons planantes. De loin le meilleur album du groupe (et quasiment introuvable, alors profites-en!).

Neu! - Neu! 2 (1973)

Bon déjà, ils se sont pas fait chier pour l'artwork et pour le titre de l'album. OK. Mais la galette cache bien son jeu. 1ère track, une envolée lyrique de 11 min à l'instar du "Krautrock" de Faust cité plus haut, toute rythmiques dehors, ça te prend aux tripes pour le reste de ta journée, alors que la chanson est construite sur 3 fois rien: 1 accord, des nappes et variations de l'espace. C'est aussi ça le talent. L'album est tantôt coloré d'un univers onirique, planant, tout en ayant cet aspect froid et industriel, toute la dualité du LSD y est représentée. Par contre on constate aussi vers la fin de l'album que certaine chansons repassent en accéleré ou au ralenti, pour mieux réatterir dans le monde réel.
Encore une fois, album quasi introuvable.
(password: http://kuank.blogspot.com)

Popol Vuh - Nosferatu (BO - 1979)

Cet album est la BO du Nosferatu d'Herzog, sorti en 1979, très bon remake du chef d'oeuvre expressionniste allemand de Murnau sorti en 1922. Cet album a une couleur très hippie folk trippy mais reste néanmoins considéré comme des dernières oeuvres du mouvement Krautrock. Le rendu est très baroque mais on a vraiment du mal a s'imaginer cette soundtrack dans un film d'épouvante. Popol Vuh nous transporte dans un univers en apesanteur a coup de sytar de l'espace et de rythmique à tomber. C'est bien, c'est beau, c'est boche.



Prochainement, un post sur une sélection d'albums (purement subjective) musique psychédélique contemporaine découlant du Krautrock tout en s'en affranchissant. Bon trip!