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mardi 20 septembre 2011

Oedipe Roi.


Quelques siècles avant l'an zéro, Delphes trônait au milieu de la Grèce Antique. Comme chaque cité grecque, Delphes est entourée de mythologie. Elle serait la ville d'Apollon, lieu symbolique et centre névralgique qui abrite la Pythie, cette jeune vierge en équilibre sur un piédestal, juste au-dessus d'une fissure magique d'où émane des vapeurs toxiques. Cette jeune inculte transmet la parole des Dieux. On la consulte souvent, pour tenter d'apprendre sur le futur, pour entendre des conseils et se rassurer. La Pythie est une de ces oracles, de ces fantasmes magiques dotés de dons et du venin de la vérité. Ce n'est pourtant qu'une jeune demoiselle que quelques pontes religieux maltraitent et utilisent, mais elle est nécessaire. Son importance vient du flou de ses discours, de l'impossibilité de la voir, du mystère qui l'entoure. Une petite voix aussi terrifiante que cristalline qui annonce de tristes nouvelles dans des volutes de fumée. La visite à la Pythie est codifiée comme un rite, et quoiqu'elle annonce, les grecs s'y accoutument et font avec, parce qu'elle a des forces magiques. Et tout est là.

Mais si on y regarde de plus près, la Pythie est une belle arnaque. Un peu de poudre aux yeux. On met une jeune idiote derrière un voile, on la drogue un peu avec quelques fumées hallucinogènes et ses messages seront assez flous et fous pour que tout le monde puisse y trouver son compte. L'émotion de se retrouver face à la Pythie vient de la mythologie qu'on lui a construit, de son aura. Même si son message ne tient pas debout, s'il est totalement arbitraire et ridicule, il est plausible et fort. Parce que c'est la Pythie.

Plaid est comme la Pythie, il est au centre du temple Warp, entouré de buée et de fumée noire. Disparu, revenu, Plaid scintille à nouveau après une longue absence de huit années. Sa voix est toujours la même : l'envoûtement. Charmeurs de serpents, Andy Turner et Ed Handley utilise toujours ces voix féminines en écho des tourbillons de sons synthétiques. Ils ont toujours recours aux mêmes artifices et aux mêmes mélodies trop faciles. Plaid la joue toujours dans la catégorie "IDM world music", où le dancefloor mental s'exile en Safari dans des contrées éthérées comme terreuses. Huit ans pour un simple nouvel album de Plaid, sans nouvelle voie à explorer, sans nouveaux décrochages jubilatoires qui font avancer la musique électronique. 

Mais ce serait oublier la part de mythologie. Plaid, c'est une sensibilité différente, une autre façon de ressentir la mélodie et la dissonance, une autre perception de la vérité. Comme chez la Pythie, on se refuge dans Plaid parce que l'on sait que le message sera à la fois totalement abstrait et profondément compréhensible. On sait qu'on ne s'y perdra pas, qu'on y trouvera ce qu'on attend, des voix aériennes, des beats techno, de la basse qui s'envole et des forêts de sons aussi lumineuses que violentes. Disséquer la musique de Plaid revient à remettre en cause les mythologies, revient à tout expliquer par la rationalité. Et face à l'émotion de Scintilli, qui vient autant de la musique elle-même que des retrouvailles avec un de ses fétiches, on ne peut que rejeter tout raisonnement rationnel. La vérité est ailleurs. Même si cette émotion n'est que poudre aux yeux, elle fait trembler les mains comme déjà sur Not For Threes avec des titres comme "Rakimou".

Plaid sort son Scintilli chez Warp, pour redonner foi en l'émotion électronique, pour croire et contempler le magique à nouveau.

vendredi 6 mai 2011

Une partie de campagne.

Ils sont nés dans la brume. Ils ont grandit dans la fumée de Londres, dans le "smog", ce mélange de pollution et de brume. Ils ont appris à vivre dans le gris profond et inaltérable de Londres, la ville où les taxis sont noirs. C'est tout un camaïeu de noir et de blanc qui a fait d'eux ce qu'ils sont aujourd'hui, et qui a fait leur musique. Seefeel, c'est la ville, mais pas exactement celle de Burial. Surtout, Seefeel s'échappe de Londres et de sa grisaille. Seefeel, en un album, conte une escapade à la campagne.

D'abord, le rythme de la ville, et la dure répétition des bruits, des sons. Toujours les mêmes, qui frappent quoiqu'il arrive les oreilles. Un rythme inamovible, épileptique, sur lequel se greffe des vagues de violence analogique. Mais Seefeel brouille peu à peu son jeu, et les marches martiales se délitent. On s'éloigne de l'horreur de la ville. Les tags sur les murs laissent place à des murs comme grandes étendues planes et insurmontables. Les rangées d'immeubles s'effacent, des espaces s'ouvrent. A travers les vitres, on voit de mieux en mieux la pluie.

Le brouhaha de la ville s'étouffe alors, et on commence à entendre des voix humaines. Elles sont comme des incantations, elles se répètent. Les échos des voix atténuent la violence de la musique, et le noir et blanc de la ville devient peu à peu coloré. Les sons deviennent peu à peu lisibles. On saisit dans cet amas des mélodies. Seefeel file à tout allure hors du tohu-bohu, sans pour autant perdre en densité. Juste que les paysages décrits changent, alors que la brume demeure. De la grisaille à la lumière, des forêts d'immeubles à des rangées d'arbres, des sons des métros aux voix envoûtantes des sirènes. Pas celle des voitures mais celles, magiques, qui hantent les profondeurs des étangs.
Mais toute escapade a une fin, et l'on se retrouve bien vite plongé dans l'atmosphère lourd et violent d'une ville, à nouveau. Le gris reprend le dessus, les voix s'estompent peu à peu au profit des fracas.

Seize ans après le chef d'oeuvre Succour, Seefeel s'échappe de l'étouffement urbain avec son album éponyme, sorti chez Warp. Une fuite en technicolor.

mercredi 13 avril 2011

Punch-Drunk Love.

Battles - L'Aéronef, Lille, 12 avril 2011.

J'allais vous parler du dernier album de Battles, Gloss Drop et expliquer que la tête Tyondai Braxton partie, il ne restait à Battles que les jambes et les hormones. Battles perdait son fort caractère intellectuel pour se concentrer sur les jambes, et les faire bouger sans cesse. Toujours en prenant soin de briser les tibias à coups de basse de manière à ce que les mouvements demeurent désarticulés. J'allais expliquer que Gloss Drop était un excellent album, en plein dans l'instant présent et dans l'éphémère, près à exploser à tout moment, et capable de faire hocher les têtes de n'importe qui devant son ordinateur. Puis, j'aurai dit que c'est le propre de Battles, de savoir comme ça, faire se mouvoir avec une musique à la fois complexe, libre et désaxée. Le paradoxe ultime : la simplicité dans la complexité.
Ensuite, j'aurai émis une petite réserve sur ce Gloss Drop, moins ambitieux, moins fou, moins intello, plus instantané donc trop facile. Juste un disque pour faire danser sous le soleil, qui tombait parfaitement, dans le contexte opportun alors que le printemps pointe son nez.

Alors sans Braxton, Battles devenait une sorte de !!!. Toujours efficace, mais moins brillant. Toujours aussi bon mais qui ne fera pas date, par manque d'ambition, par choix de privilégier l'immédiat au long terme.
Mais voilà, quand on le prend en pleine gueule, l'immédiat, on revoit son jugement.
Battles, sous les lumières rouges, vertes, jaunes et bleues, fracassent les jambes à grand renfort de basse, de percussion sans queue ni tête et de bruits qui encerclent et englobent ensuite totalement. Ces trois américains aux pas de danses guindés, pince-sans-rire, distillent leur musique venue d'ailleurs. Gloss Drop prend toute son ampleur en concert, quand on se retrouve face à face avec les tourbillons, les répétitions, les breaks et les accélérations. Battles court-circuite toujours le cerveau pour ne laisser que les jambes et la tête bouger en rythme.

Alors, reconsidérons ce Gloss Drop comme il l'est. Du plaisir en intraveineuse pour chercher à atteindre une transe chamanique. Quelque chose que finalement, j'ai ressenti pour la dernière fois en 2008, lors du concert de Gang Gang Dance à la Route du Rock. On pourrait parler de méthode Warp, du coup. Ce nouveau Battles est d'une ampleur folle sur scène. C'est un album pour la scène et pour le plaisir. Pour les hormones qui stimulent le corps. Alors faute de bonheur, on se contentera allégrement du plaisir.

jeudi 24 février 2011

Les désaxés.

Autechre fait parti de ces vaches sacrées, de ces entités indissociables et profondément ancrées dans les cœurs. Il ne peut y avoir que du brillant dans les yeux quand on évoque sa rencontre avec Autechre. Quand on se souvient la première vis sonore qui pénétra dans son cerveau, quand on se souvient comment les yeux ont vrillé de plaisir sous les coups numériques, comment les muscles se sont tétanisés de bonheur, peu à peu, quand le tout commence à prendre forme dans l'esprit. Autechre, c'est de l'amour électronique, c'est de l'amour abstrait et virtuel.

La musique d'Autechre est avant tout physique. Les éléments rythmiques et autres glitchs forment la trame de ces assemblages complexes mais entêtants. Suivent alors la nuque et les épaules, les bras et le jambes dans le mouvement. Avant même les débuts de Warp, à l'heure où LFO balançait des basses profondes, Autechre sortait des EPs qui ferait rire de plaisir n'importe quel adepte extravagant du groupe. On oserait presque un "est-ce vraiment Autechre" face à l'immédiateté de ces titres, rentre dedans et plein d'une âme techno. On se sentirait presque sur une fête foraine avec un goût d'acides sur le palais.
Et, au fil du temps, la musique s'apaise, se délite peu à peu et les textures plongent. Autechre ne se contente plus de faire danser les jambes, mais s'attaque aux organes vitaux. Votre estomac bat le rythme avec les infrabasses, pendant que votre cerveau se perd dans les sons et les rythmes désaxés.

On pourrait penser que Warp, en ressortant ces EPs, se moque un peu de l'aficionado. Mais ce serait oublier qu'Autechre est un groupe à EP. Le format court leur sied parfaitement. Mieux peut-être. Ces enregistrements ne sont en aucun cas des chutes d'albums ou des essais. Ce sont des oeuvres à part entière, comme le Move of Ten de l'année dernière. Énormément d'EPs, donc, plusieurs par an parfois. Et l'année 95 est un grand cru. Entre un Anti EP qui rappelle les grandes heures de Speedy J et une Peel Session comme un enregistrement pivot entre le Autechre "facile" et le Autechre complètement abstrait et déconstruit.
La suite semble certes plus complexes aux oreilles, d'autant que le groupe va poursuivre ce chemin, s'éloigner du physique pour frapper le mental, délurer les cervelets et surtout, syncoper les perceptions.

Entrer dans Autechre, c'est entrer dans un monde sans limite, où chaque piste est une mine d'or électronique. En onze EPs, on voit le groupe évoluer, pousser la logique jusqu'à l'absurde, jusqu'à l'art pur. L'électronique pour l'électronique, une exigence et une intégrité jusqu'au-boutiste pour retourner les esprits, sans arrêts, mais de manière différente. Autechre entretient son histoire d'amour avec les masochistes sensoriels, ceux qui ont du plaisir à sentir la musique dans leur colonne vertébrale. Elle remonte elle remonte, et frappe, là, derrière la nuque. Un coup sec et efficace, pour une quasi perte de connaissance dans un paradis synthétique.

Warp nous fait un magnifique cadeau en rééditant comme cela onze des EPs d'Autechre, dans un coffret très classieux à l'instar du Warp20. Presque six heures d'une démonstration de force qui n'est pas prête de se terminer.

mercredi 11 août 2010

Zabriskie Point.

Parce qu'il y a pas à chercher de bonnes raisons de vibrer sur les basses puissantes et lourdes de Squarepusher, pas de prétextes à trouver pour s'amuser et pour danser, on profitera du nouveau titre de Squarepusher, accompagné du remix par Mr. Oizo.
Ce sera balancé à la fin du mois par les français de Ed Banger Records , qui voient ça comme la bande son parfaite pour un remix du Zabriskie Point d'Antonioni. Ce qui sous-entend que Squarepusher a l'envergure d'un Pink Floyd, et que se prendre 17 plans d'une même explosion fait toujours autant de bien.
Facile, dansant, précis, efficace et explosif, forcément. On en redemande.

Et quand j'aurai le temps, je vous expliquerai pourquoi Phil Elverum est un sacré génie, et que même quand il publie ce qu'on peut appeler des "chutes", c'est génial.

mardi 13 juillet 2010

No Future ?

Gonjasufi - Nouveau Casino, lundi 12 juillet 2010

En essayant d'expliquer à la personne qui m'accompagnait ce qu'était la musique de Gonjasufi, je cherchais mes mots. "En fait, c'est une sorte de hippie qui a vécu dans le désert. Un gars qui fait du rap, mais qui chante aussi, et le tout sur des instrus electronica... Enfin, c'est compliqué à décrire. C'est de la musique bizarre" est l'explication la plus claire que j'ai dû donner. Autant dire qu'il était difficile de savoir à quoi s'attendre.

Après un warm-up de qualité (assez rare pour être précisé), un certain Paul White qui ne sait pas du tout faire de transitions entre ses pistes dansantes, le premier barbu débarque et nous gratifie d'un magnifique "Bande de chanceux, vous allez vivre quelque chose de rare, ce mec là, pas grand monde l'a vu sur scène" en anglais et parsemé de "shit" et "fuckin". C'est un peu le problème de Gonjasufi. On nous vend un génie inventif qui propose une révolution musicale, au front de la découverte, alors que finalement, ce n'est qu'un MC. Adieu la "musique bizarre", Gonjasufi fait du hip hop, simplement, sur les instrus ravageuses de son comparse barbu qui crie au monde le talent soi-disant extraordinaire du maître Sufi. Rien d'autre qu'un MC donc, qui tente parfois de chanter face à un public déjà en transe et acquis à sa cause.
Il n'est donc pas question de révolution, mais d'efficacité hip hop teintée de beats électroniques. Et étonnamment, toute cette efficacité tient sur le DJ. Gonjasufi, lui, assure tranquillement avec la posture de gourou hippie à la Charles Manson (y a qu'à voir les t-shirts avec sa tête dessus, qui font précisément penser au patron de la Family). Derrière, c'est bollywood sous acide. Il danse sans arrêt, lance des basses terrifiantes qui font trembler les murs du Nouveau Casino et vibrer les cerveaux. Toute l'énergie vient de là. C'est ce qui est un peu dérangeant, en fait. Parce que Gonjasufi ne serait qu'un prétexte pour un DJ de s'éclater. Il n'a rien de fantastique ce mec, à part sa dimension charismatique et son histoire. Je n'ai pu enlever de mon esprit l'image des Sex Pistols propulsés non pas parce qu'ils voulaient faire de la musique, mais parce qu'ils avaient la tronche de l'emploi pour "changer le monde".

Gonjasufi en tant que MC, succès assuré, mais dès que le tempo ralentit, qu'il y a des réelles chansons, tout se tasse, voire se ramollit. On a plutôt envie d'aller s'asseoir dans les canapés du fond. Ça sonne comme une fin de soirée... Heureusement que le tempo repartira de plus belle après cette demi-heure mollassonne, de manière à finir en beauté et en sueur.
Finalement, la force de Gonjasufi, c'est son DJ, qui réussit par son énergie débordante et ses danses improbables à offrir au génie revendiqué un cadre de qualité pour qu'il y pose sa voix. Et ça, c'est bizarre.

vendredi 2 juillet 2010

Saturday Night Fever.

Les vacances, ça fait plaisir. Sous une chaleur écrasante, les marmots sont sortis de l'école en hurlant "comme s'ils avaient gagné la coupe du monde", les périph' sont remplis, des gens bloqués dans des voitures sans clim' à agoniser. Tout le monde sort ses wayfarer et la joue hipster. Les filles sortent leurs robes légères, et on peut commencer à chercher le tube de l'été (qui sera sans aucun doute l'énorme single de Stromae "Alors on Danse", ou bien le truc de la nana de Secret Story qui montre ses seins). Ça va bientôt danser au camping, pendant de longues soirées. Avec une chaleur comme ça et du temps libre, on a juste envie d'une musique funky et allante et terriblement cool comme un diabolo grenadine bien frais, dans son jardin, les pieds en éventail.

Et Warp a tout compris et sort son album de l'été. Le maxi d'Autechre ? On le ressortira avec les nuages. Parce que !!! vient de sortir l'album pour un été réussi. Et, habitant au nord de Paris, le titre est tout à fait pertinent : Strange Weather, Isn't It ? Ouais. Qui aurait cru mourir de chaud ici ? Au point de vivre dans l'obscurité histoire de préserver un peu de fraicheur. D'autant qu'avec ce disque, il est difficile de réfréner ses bas instincts de clubbeur. Même quand on ne sait pas danser. Une euphorie "shake ton booty" saisit. A écouter fort, avec du soleil qui éblouit, en donnant le rythme avec ses bras et en essayant de draguer la première venue avec un sourire aguicheur et un "C'est tac tac tac, tu connais ?". Effet garanti.
Les salauds de !!! nous forcent encore à danser jusqu'au bout de la sueur, et à changer de t-shirt pour recommencer. Un disque parfait pour les vacances d'été, en tapant des mains on pourra écraser quelques moustiques en plus.

Les allumés de !!! sortent Strange Weather, isn't it ? cette année, sur Warp, bien sûr, et ça décoiffe comme un Lille-Marseille en cabriolet.

dimanche 13 juin 2010

Marie-Antoinette.

Sofia Coppola n'en a que faire de l'Histoire avec sa "grande hache" (ou guillotine, en l'occurrence), elle s'en moque éperdument, elle la déforme et la néglige. Elle s'attarde sur les histoires. Ou l'histoire, sans majuscule. Au point de nous faire regretter la révolution française. Comment peut-on guillotiner une jeune femme qui veut simplement fuir l'ennui ? Marie-Antoinette, sous le dessin de la fille Coppola, devient bien plus qu'une peste, une capricieuse adolescente plongée dans le grand bain de la cour de France, avec ses rituels délirants et ses manies ridicules. L'Histoire prend des traits réels, et l'histoire la surpasse. La guerre d'Indépendance américaine ? On s'en moque. Ce qui importe, c'est de savoir si Marie-Antoinette trouvera les souliers qui lui siéront le mieux. Qu'elle court dans le jardin du petit Trianon en robe avec sa fille. Rien de plus.

Et c'est tout à fait paradoxal. D'un côté, les macarons et les fastes dîners de la Reine. De l'autre, un peuple qui crève de faim. Le cœur balance et finalement, choisit le côté de la Reine. Parce qu'elle est jolie, parce qu'elle est pleine de malice, qu'elle lit Rousseau et qu'elle aime l'opéra. Et si nous, peuple français, démocrates convaincus pour qui la Révolution Française est la plus belle des libérations, à qui la Troisième République a inculqué tant de belles valeurs et une foi inébranlable en la liberté et l'égalité - surtout l'égalité - on se fait avoir, c'est bien que Sofia Coppola sait s'y prendre. Et Aphex Twin est une des raisons.

Aphex Twin fabrique l'ambiance du film. Il fait le paradoxe : une fête baroque sur un titre presque breakcore. Des dorures partout, pour une musique profondément sombre et angoissée. Marie-Antoinette et sa choucroute face à des frappes de cymbales à toute vitesse. L'anachronisme est extrême, le rendu est une réussite : Marie-Antoinette était en avance sur son temps. Elle n'était pas à la bonne place. Tout son ennui, toutes ses angoisses s'expriment par la musique de Richard D. James. Elle monte les interminables marches de Versailles sur "Avril 14th". C'est d'une effroyable beauté. Les robes traînent sur les marches, se salissent. C'est le début de la fin, et l'expression du plus terrible des conflits.
Le tableau se noircit peu à peu. Les couleurs vives laissent peu à peu leur place à l'obscurité, à des tons pastels, puis à des images ternes. Versailles était un paradis, c'est devenu une prison. Et ce disque, derrière les sons abstraits, dessinent quelques mélodies sibyllines, presque baroques. C'est l'itinéraire d'une Marie-Antoinette : une grande confusion, un grand vide, qui peu à peu, s'emplit, avant de fuir et de faire ses adieux. Il n'en restera que des ruines.

Aphex Twin sort Drukqs en 2001, chez Warp, bien entendu. Et c'est comme la Marie-Antoinette de Coppola : noble, complexe, malicieux et terriblement touchant.

mardi 8 juin 2010

Caligula

J'avais découvert Speedy J avec Slag Boom Van Loon, son side project avec µ-Ziq notamment grâce au mirifique blog boardsofelectronica. J'ai voulu creuser un peu plus sur cet artiste étant donné la qualité de l'album de SBVL, et on peut dire que j'ai pris ma claque de l'année au bas mot.

Speedy J, aka Jochem Paap c'est le tout premier producteur de techno Hollandais ayant percé, bien avant que des blonds peroxydés fassent de la musique de club putassière ou du hardcore à qualité variable. Il a fait ses marques à la fin des années 80 auprès de la culture rave en plein essor: bien qu'en live il conserve cette approche, ses albums sont plus proches de l'IDM et de l'ambient avec une qualité assez hallucinante. La production est ultra travaillée et le son possède une profondeur rare, il est en effet une des personnes les plus influentes de la scène techno actuelle mais fait aussi partie des maîtres de l'electronica/IDM à côté d'Aphex ou d'Autechre par exemple.


Ginger (Plus 8/Warp, 1993)

L'album est tout d'abord sorti aux Etats-Unis sur le label Plus 8 (créé par Richie Hawtin, aka Plastikman) et au Royaume-Uni chez Warp afin de compléter la série Artificial Intelligence, sorte de manifeste d'une ""electronic listening music" to clarify that it was meant more for the mind than the body." Speedy J prend a contre pied la scène techno pure auquel il était habitué qui devenait d'ailleurs très populaire partout en Europe et aux States pour produire un album d'ambient plutôt dansant mais loin de ce qui se faisait à l'époque. Les sonorités sont très texturées et ont un côté old school, mais l'album est assez psychédélique au final: des nappes progressives vous enveloppes à l'image du grandiose "Flashback", on a preque l'impression d'écouter de la psy trance par moment ("Ginger" ou "Fill 15" par exemple) du fait de l'utilisation de sonorités redondantes à ce style . Pas le meilleur album de SJ, Ginger possède tout de même un certain charme très early 90's plutôt délicieux.

G-Spot (Plus 8/Warp, 1995)

Cet album est la logique continuité de Ginger, il exploite la même recette et toujours avec brio. Cependant, cet aspect mi psyché/mi dansant du précédent LP avec un côté old school (dont les mauvaises langues diront qu'il a mal vieillit) parait plus travaillées, plus mûrs. Les effets comme par exemple les reverbs sont plus profondes et vous retournent encore plus la colonne vertébrale (cf "The Oil Zone"), les beats paraissent plus construits et entraînant ("Extruma"). Quelques tracks sur l'album introduisent des ruptures avec de l'ambient contemplative et légèrement dark ("Fill 25" et "Lanzarote"). Mais ce qui étonne c'est cette impression de simplicité, tout semble s'enchainer de manière logique et homogène ce qui est bien souvent gage de qualité pour de l'IDM.

Public Energy No1 (Plus 8/NovaMute, 1997)

Avec les 2 précédents album, il semblerait que Jochem Paap a constamment repoussé la qualité et la profondeur de sa musique, force est de constater qu'avec cet album il a bel et bien atteint le paroxysme. Exit le côté dansant et psyché qui semble presque candide à côté, Public Energy No1 est un album sombre et puissant. Votre cœur battra à 1000 à l'heure à chaque évolution, cette musique est extrêmement prenante et jouissive malgré sa violence, qui reste cependant maîtrisée. L'effort explore les confins de l'inconscient et de la folie, ça suinte l'acide, c'est oppressant mais jamais désagréable. Mais ce qui impressionne, c'est surtout la maîtrise du son et de sa profondeur: il faut impérativement l'écouter sur des enceintes de qualité ou avec un casque digne de ce nom, vous passeriez à côté de quelque chose... Probablement un des meilleurs album d'IDM jamais créé et pis c'est tout.
(2e partie ici: http://rapidshare.com/files/39357986/BOEth179SJ-Pev1.part2.rar
source: boards of electronica)

A shocking Hobby (NovaMute, 2000)

Assez similaire au niveau sonorités que Public Energy No1, cet album est encore plus dark que ce dernier. Sorte de bad trip sous acide, c'est une musique dure et abrasive avec des passages de breakbeat colossaux, parfois des sonorités se bloquent, repartent de manière inattendue juste pour malmener votre cervelle déjà en bouillie. L'ensemble est assez froid et atmosphérique, et à l'instar de PENo1 la qualité et la profondeur sonore est proprement hallucinante. Une chose est sûre: c'est pas un album de tapette!


A noter aussi la sortie de 2 albums d'ambient "pure" sans aucun beats à la manière du génialissime "Selected Ambient Works II" d'Aphex Twin. Il l'a sorti sous son vrai nom Jochem Paap en 1999 sur le label d'ambient allemand Fax +49-69/450464 (oui oui, c'est le vrai nom du label) avec comme titre "Vrs-Mbnt-Pcs 9598 volume I" et "Vrs-Mbnt-Pcs 9598 volume II".
De l'ambient de qualité, très statique mais non sans intérêt.

vendredi 28 mai 2010

Teorema.

J'ai remarqué récemment en voyant le Porcile de Pier Paolo Pasolini, que dans presque chacun de ses films, l'italien filme l'Etna. Le volcan et son paysage aride et lunaire est le point central de Teorema, tout s'articule autour de ces scènes étranges. Je ne sais pas où ont été tournées les scènes dans le désert de Il Vangelo Secondo Matteo, mais le désert est un thème propre à Pasolini faut croire. Il aime filmer la fumée qui s'échappe d'un cratère, les pentes importantes que les personnages gravissent avec difficultés, et surtout le vent qui déplace la poussière.

Chez Pasolini, et surtout dans le grandiose Teorema, il n'y a pas de dialogues. Il n'y a pas d'actions. Juste des plans qui se succèdent et qui sous-entendent. La terrifiante Silvana Mangano (autrefois sirène provocante chez De Santis, dans Riso Amaro - quelle métamorphose !) et les autres membres de la famille découvrent leurs vies grâce à Terence Stamp et son étreinte. En plus de transgresser de nombreux interdits (eh, c'est Pasolini) comme l'homosexualité, Pasolini filme sa métaphysique. Terence Stamp, figure christique qui change la vie des bourgeois par l'acte sexuel. Et par extension, qui matérialise la foi, la transcendance. Et le titre fait de cela un théorème, quelque chose d'implacable et de mathématique.

Pourquoi tout ça pour parler du Amber de Autechre ? Parce que le film de Pasolini est avant tout un poème expérimental, quasiment sans dialogues, avec des plans qui s'immiscent et brisent le semblant de narration. On pourrait penser que le pauvre italien a fait n'importe quoi. Que son film n'est qu'une succession de provocations qui visent à emmerder le pape. Un espèce de délire aléatoire destiné aux intellos en mal de sensations fortes, du genre ceux qui vont voir Enter The Void et qui ne jurent que par Godard (c'est gratuit, je sais).
La musique d'Autechre est comme le désert narratif de Pasolini. Elle semble aride, incompréhensible, froide et mécanique. Voire totalement hasardeuse, parce qu'elle est électronique et qu'elle jaillit du hasard. Mais derrière tout ça, il y a un théorème qui marche à tous les coups. Mettre un casque + appuyer sur le bouton play = transcendance. Sans la dimension mystique, Autechre balance le Terence Stamp de la musique. Celui par qui la vie change, sans explications rationnelles, comme le voyage dans le désert de Jésus l'avait changé. Autechre offre la bande son aux errances de Théodore Monod. Juste un ensemble de sons, comme un ensemble de plans, construits à la milliseconde pour trouver la faille et recréer l'étreinte.

Autechre sort son chef-d'oeuvre Amber en 1994, vingt-six ans après le Teorema de Pasolini. C'est chez Warp, forcément, et ça ne demande pas à être compris, mais à être vécu. Ce qui pourrait être la morale du film.
(Là c'est plié, je suis démasqué, le disque n'est qu'un prétexte pour m'attarder sur Pasolini).

dimanche 23 mai 2010

Air Force One.

On pourrait facilement qualifier la musique "ambiante" de musique d'ascenseur. Quelque chose qui est là, que l'on entend, mais pas assez pour retrouver ce que c'est, pour chanter avec. Juste de la musique pour couvrir les respirations des gens dans la cabine qui monte et qui descend. Comme si les trajets étaient longs et qu'il fallait occuper les personnes avec une sorte de blind test infaisable. Dans le genre attente, l'aéroport c'est pas mal. Arriver des heures en avance pour enregistrer les bagages, attendre sur des chaises en métal qui font mal au dos, boire cafés sur cafés parce que de toute façon il n'y a que ça à faire, faire un tour dans l'aéroport pour voir qu'ils vendent que des magazines people peu intéressants. Et ainsi de suite pendant des heures. (Voire des jours quand il y a un nuage de cendre).

En enregistrant Music For Real Airports, Black Dog (qui est un reste de Plaid, en fait, d'où l'appellation Warp de ce message) prend le parti de faire la "musique des vrais aéroports". Deux interprétations possibles : Ken Downie veut rendre à l'ambient ses lettres de noblesse et enlever cette image de "musique d'ambiance un peu chiante mais agréable pour faire quelque chose en même temps" ou Ken Downie est fasciné par les aéroports et veut faire la bande son d'un voyage en avion.
Et il réussit les deux. Son disque est le cheminement vers l'avion. Il y a les appels des hôtesses, le stress qui monte, les sons incessants et artificiels des détecteurs de métaux, le bruit du décollage. Les quelques moments de répits dans cette quête se matérialisent par des nappes cotonneuse et confortable... Avant que l'angoisse remonte. Le rythme cardiaque s'accélère avec la cadence des pas vers l'avion. Il y a forcément quelques turbulences avant l'atterrissage. Ken Downie met des algorithmes sur le commun. Il mécanise et intellectualise un voyage en avion. Music for Real Airports est la bande originale de vos voyages pour cet été. Du terminal de l'aéroport au parking de la ville d'arrivée. Un voyage cérébral qui s'élève et atterrit on ne sait trop où, mais avec plaisir en tout cas.
Il y a toujours des appréhensions par rapport à l'avion. Ça fait diablement mal aux oreilles, par exemple. Ken Downie a trouvé la parade. Il meuble le temps d'attente et l'angoisse qui monte par rapport à ce mal futur, il l'agrémente d'une musique vraie et forte, une musique qui sonde l'âme comme un détecteur de métaux.

The Black Dog sort son Music for Real Airports chez Soma en cette année 2010. Et c'est autre chose que les voyages en train que Grand Corps Malade.

dimanche 2 mai 2010

Attractive oddity.

Slag Boom Van Loon - Slag Boom Van Loon (1998 - Planet Mu)

Slag Boom Van Loon c'est un side project de µ-ziq (aka Mike Paradinas) et Speedy-J (Jochem Paap) , un producteur Hollandais de techno que l'on retrouve aujourd'hui avec des sets plutôt hardcore qui remplissent "des stades", mais l'ami a fait ses marques chez Warp notamment avec de la techno/trance old school et de l'IDM/ambient de qualité, son 1er album "Ginger" a d'ailleurs figuré dans la série "Artificial Intelligence" du label.
SBVL n'a duré qu'un album + un album de remixes, mais la combinaison entre le glitch/IDM de Speedy J (son album "Public Energy No1" en est un formidable exemple, peut être le meilleur album d'IDM jamais conçu) et le côté très entraînant et accrocheur dans l'electronica de µ-ziq amènent une symbiose parfaite. Le genre est d'ailleurs surprenant provenant d'une telle alliance, on s'attendrait à quelque chose de plus rave et violent. C'est en revanche une musique assez profonde et mentale mais qui en ressort au final d'une manière assez légère car elle sonne juste, chaques sonorités nouvelles se superposant au fil des tracks s'imbriquent les unes aux autres de manière assez logique grâce à la finesse de la production.

Slag Boom Van Loon - So Soon (2001 - Planet Mu)

En 2001, Mike Paradinas invite ses potes à remixer l'album de son side project et il y a du beau monde : Boards of Canada, Tipper, Matmos, Four Tet... Les morceaux sont vraiment soignés, c'est pas du remix fait à l'arrache mais de véritables (re)créations en apportant la touche personnelle de chacun des artistes au fil des tracks originales. Mention spéciale au remix très glitchy de "Butch" par Tipper, au "Pedals" de Horse Opera plutôt glitch/IDM qui tend vers l'ambient et le "Sutjeda" de Four Tet qui ne déroge pas à son style reconnaissable entre 1000 avec une batterie acoustique samplée et des touches légères d'electronica. C'est quand même rare des remixs de cette qualité réunis sur un même album.
(source : boardsofelectronica.blogspot.com , allez y faire un tour si vous aimez le genre, ce site regorge de pépites parfois rares)

samedi 24 avril 2010

Kaléïdoscope mental.

Dans le valhalla de l'electronica innovante où l'on retrouve entre autres Aphex Twin, Autechre, µ-ziq et consort, le grand Luke Vibert y occupe une place de choix. C'est un des artistes les plus prolifiques et éclectique de la musique électronique aujourd'hui: une vingtaine d'albums sous différents pseudo (Wagon Christ, Amen Andrews, Plug, Kerrier District...) et une bonne quarantaine d'EP ou compilation, le tout mélangeant electronica, drill'n'bass, IDM, acid house, jazz, house, disco, glitch ou trip hop (et j'en oublie). Il n'a pas réellement de label fixe, mais on le retrouve aussi bien chez Planet Mu, Warp, Rephlex, Ninja Tune ou Mo'Wax, la crème de la crème donc. Je me vois mal vous faire la discographie complète, mais voici une petite sélection des meilleurs albums selon moi (et il y en a vraiment beaucoup).

Luke Vibert & Jeremy Simmonds - Weirs (1993 - Rephlex rec)

Cet album est une collaboration avec Jeremy Simmonds (aka Voafose), un artiste de Rephlex plutôt confidentiel ayant aussi collaboré avec Aphex. Les sonorités sont très indu/synthétiques, faites de vieux synthés analogiques (comme le mythique Roland TB 303 que connaissent bien les fans d'acid house). Beaucoup de loops hypnotiques, en suspend, des basslines cradingues qui vous fouettent ("Submarine"), le cerveau est mis rudement à l'épreuve.

NB: l'archive contient aussi le mini EP "A Polished Solid"



Wagon Christ - Throbbing Pouch (1995 - Rising High)


Ce qui m'a toujours bluffé chez Luke Vibert c'est la quantité incroyable de samples qu'il utilise dans la plupart de ses compositions: il nous fait part de son immense culture musicale et dans cet album on retrouve aussi bien des sonorités jazzy et funk des 70's, des BO de films (Ennio Morriccone est caché quelque part). L'ensemble est homogène grâce à la finesse de la production, en ressort un album de chill out ultime.




Plug - Drum'n'Bass for Papa (1996 - Blue Angel)

De la dnb qui plaira à ton père? Le pari est osé. Sous le pseudo Plug, il nous livre un album intelligent dans sa composition, en pleine période où se développe en Angleterre ce style avec les cendres de la jungle dans une débauche de BPM dans un but purement festif (et pas toujours de très bon goût). Ici on est plus proche d'un album de trip hop mais avec ces beats dnb taillés à la serpe omniprésents et aériens, rappelant un Squarepusher de la grande époque.



Luke Vibert - Big Soup (1997 - Mo'Wax)

Le titre de la galette signifierait selon Luke "une sorte de grosse soupe musicale avec tout ce qu'il aime dedans". Encore une fois le travail de sampling est colossal, ici c'est plutôt un album de trip hop /downtempo avec ses beats syncopés. Un album dans l'ensemble plutôt reposant et psychédélique où les références musicales sont nombreuses mais assez foutrarques (ce qui peut désorienter l'auditeur parfois).




Luke Vibert - Yoseph ( 2003 - Warp)

Luke Vibert fait partie des artistes qui ont largement contribué au retour de l'acid house dans les années 2000, dans le genre Yoseph fait figure de manifeste au son de l'hymne "I Love Acid". Mais ce n'est pas vraiment un disque revival pour les nostalgiques du genre, la modernité est de mise, assez proche d'une construction electronica décidément dansante.
C'est un album qui te fera bouger le bassin et pétiller les synapses.




Kerrier District - Kerrier District ( 2004 - Rephlex)

Encore un album de réminiscences musicales oubliées, ici la disco, le côté kitsch en moins. Luke reprend les poncifs du genre: basse bien ronde, mélodie au synthé et cordes funky. Mais il ajoute à cela un côté house plutôt entraînant: l'ensemble est assez coloré et étrangement moderne. C'est dansant et rafraichissant, et surtout de bien meilleure facture que ce que nous propose la hype actuelle en revival italo-disco à gerber.




Amen Andrews - Amen Andrews vs Spac Hand Luke (2006 - Rephlex)

L'effort est une sorte de compilation des 5 EP "volume" (1 à 5) sortis sous le pseudo Amen Andrews et un faux album featuring, puisque Spac Hand Luke est un autre de ses nombreux pseudos. Ici il nous concocte une drill'n'bass/jungle couillue aux BPM assez rapides. Les influences 80's/early 90's à base d'acid house et de jungle donnent aux titres un côté ultra accrocheur qui retourneront plus d'un dancefloor à coup sûr.





Luke Vibert - Chicago, Detroit, Redruth (2007 - Planet Mu)

2e album chez le label de Mike Paradinas, celui ci ressemble beaucoup à une synthèse du côté techno et acid house de L.Vibert. Le titre est une private joke, accolant Chicago capitale de l'acid house, Detroit de la techno (Underground Resistance en tête) et Redruth, ville de Cornouailles dont est originaire Luke. Comme beaucoup d'efforts du bougre, l'ensemble manque un peu d'homogénéité. Mais certaines perles sortent du lot, comme "Clililik" grosse tuerie electronica avec sa mélodie que l'on retient dés la 1ère écoute.

mercredi 17 mars 2010

Orgie Sonore.

Vianney les avait évoqué dans ses errements sur Warp. Mais il faut y revenir.
Ils avaient une vie avant Warp, avant le colossal Saint Dymphna. C'était chez The Social Registry qui ont signé entre autre Telepathe... Et pour les avoir vu live, autant dire qu'heureusement que Gang Gang Dance est parti chez Warp. Ah ça oui !

J'ai eu envie de parler de Gang Gang Dance il y a quelques jours, parce que il m'est revenu en tête leur concert à La Route du Rock. Violence extrême. Mais surtout, ce mec avec une capuche sur la scène, qui n'a rien fait pendant toute la première moitié du concert. Assis, à bouger la tête en rythme. Je pensais qu'il prendrait un micro et balancerait un flow de tueur, mais non. Il est parti. Puis il est revenu avec un bout de tissu accroché à un manche à balai, et il s'en servait comme d'un drapeau, de gauche à droite, sans arrêt. Complètement absurde. Et tout ça, dans le tourbillon sonore de la musique du groupe, c'était digne de Beckett, mais Beckett sous LSD. Parce que Gang Gang Dance, c'est de la musique psychotrope. Ca tambourine partout, dans un rythme lancinant et violent, avec des sonorités orientales et profondément psychédéliques. C'est tribal et sans concession, la voix de Liz Bougatsos est celle de la pythie de Delphes, mais sous acide aussi.
Une bande son pour hallucinations.

Vous avez déjà Saint Dymphna sur le lien au-dessus. Et en voilà deux autres !

God's Money (2005)

Ma réaction hier, en réécoutant ce disque, fut quelque chose comme "Ouh putain". J'avais oublié à quel point il était puissant. D'une intro percussive avec incantations aux délires psychés et addictifs comme une pilule prise au hasard. Les neuf minutes de "Egowar" t'apprendront qu'il faut faire durer le plaisir dans le délire, et "Before My Voice Fails" ferait danser n'importe qui, avec ou sans drogues, avec ou sans fatigue. Mais avec des airs du Goran Bregovic de la bande originale d'Arizona Dream, et notamment les scènes de mort, tellement intenses. Gros son lancinant qui s'éparpille entre les oreilles, cris dissonants et sensuels venus d'ailleurs avec ces sons mystiques. Une grosse claque dans la tronche, qui rosit les joues, et rougit les oreilles de plaisir. Du Gang Gang Dance.

Retina Riddim (2007)

Retina Riddim, et c'est la forme qui change. Un titre de plus de vingt minutes, avec un film. La méthode habituelle. Mais avec des passages complètement expérimentaux, d'autres complètement breakcore. Et du groove, tout partout du groove. La voix de Liz est beaucoup moins présente, c'est dommage. Mais ça démonte la tête quand même. Avec humeur bon enfant. Et on y reconnaît des bouts de Saint Dymphna, comme la partie qui fait genre c'est du My Bloody Valentine.
Comme il y a la vidéo avec, c'est en deux liens.
La première partie.
La seconde.

Et si t'en veux encore, voilà les autres sorties du groupe.
Revival of the Shittest (2003)
Gang Gang Dance LP (2004) (Deux titres fous fous fous)
Hilleluh Live EP (2005) (Pour comprendre l'ampleur du truc live)
Rawwar (2007)

Voilà de quoi se décrasser les tympans.
Et histoire de rappeler à quel point le dernier est bien, "Princes" !


lundi 22 février 2010

Fuite en avant.


Que de réjouissances en rentrant de vacances.
Enfin ! Les deux disques les plus attendus du début d'année 2010 sont de sortie sur l'internet. Et le premier est bien sûr le prochain Autechre, qui répond au doux nom de Oversteps.
Il y avait des faux leaks, des vrais leaks, des vrai-faux leaks. Mais la version promo a filtré. Et voilà qu'on peut écouter le prochain Autechre, d'une traite, 1h22 d'IDM dans les oreilles.
A écouter dans le noir, au casque. Voyager au plus profond de son propre cerveau.
Ce n'est qu'un fichier donc.
Et Autechre étant une valeur sûre, c'est forcément excellent, voire excellentissime voire fantastique. Ca dépend de l'humeur.

Et même si c'est pas Autechre et que c'est un nouveau faux leak, c'est bien quand même.

jeudi 4 février 2010

Retour vers le futur.

Voilà un drôle d'oiseau. Et qui dit ovni dit souvent Warp. Depuis quelques années, la pop revêt de nouveaux habits, elle se cachait derrière une bonne grosse distortion dans les années 80, elle revenait à son essence dans les 90s, et voilà qu'en 2000, elle va flirter avec l'electronica. Pas étonnant alors de retrouver Broadcast chez Warp. Broadcast, c'est le maillon manquant entre l'electronica Warpienne et la pop aérienne de Grizzly Bear (chez Warp aussi, comme par hasard). Pour la faire courte, c'est de la poptronica. Je sais pas si ce mot existe mais peu importe, les faits sont là, Broadcast, c'est le futur.

Haha Sound (2003)

Je parle pas du premier parce que je ne le connais que peu, mais je rattraperai ça. Haha Sound dresse déjà la recette. La voix de Trish Keenan fait très voix de trip hop, sauf qu'elle est pas accompagnée par des nappes à la Massive Attack, mais par des bribes de synthés et des "woooh". De la pop expérimentale pour tous ! Des sons étrangement artificiels pour prendre la relève de Belle & Sebastian. On parle beaucoup de Dirty Projectors ou de DM Stith depuis 2009, mais c'est juste des suiveurs de Broadcast. Chaque chanson est déstructurée avec plaisir, ce qui rend les premières écoutes étranges, avant de saisir la fibre pop, l'allant de l'album. Haha Sound, c'est moins foufou que Stereolab, c'est plus 60s, psychédélique et bizarre que Beach House, mais aussi rêveur.

Tender Buttons (2005)

Ah bah là c'est un autre monde encore. Ils ont poussé le vice, et ça sonne de manière plus cohérente. On entend là des relents précoces de Crystal Castles, du bruit qui fait du bien aux oreilles. Et toujours tout ça pour faire de la pop. Comme si une radio crachotait, mal réglée, et où on reçoit deux stations. D'un côté un truc gentil, et de l'autre de l'electronica à la Clark. Tout se mélange et ça forme un résultat assez génial. Il y a même un ou deux morceaux folks sur ce disque, de la guitare, mais il y a surtout des synthés avec des bruits 8 bit, et "Michael A Grammar", le tube de l'été qui ferait rougir Blur. Un album qui passe comme une lettre à la poste une fois qu'on a apprivoisé le son Broadcast. Sûrement un peu plus facile que Haha Sound, mais encore mieux !

Mother is the Milky Way (2009)

C'est la dernière sortie qu'on a d'eux. Il y a bien sûr eu la collaboration avec The Focus Group, Investigate Witch Cults of the Radio Age, qui est intéressante mais sans plus. Ce Mother is the Milky Way est juste un (long) EP, assez sympa, qui part un peu dans tous les sens, et donc moins prenant qu'un Tender Buttons. Il reste quand même de très jolies chansons comme "Milling Around the Village" avec un solo de chèvre, et d'autres choses qui sonnent un peu world dans les mélodies comme "Elegant Elephant". On attend quand même avec impatience un nouvel album, histoire de se décrasser les synapses à coup de pop ciselée et précise comme de l'IDM.

On devrait remplacer le "liberté, égalité, fraternité" de nos mairies par la maxime sempiternelle : "C'est du Warp, c'est du bon !".

mardi 29 décembre 2009

"Tell me, Mr Gallo"

Grâce à Vincent Gallo, et encore plus à Tetro, le dernier film de père Coppola, le mythe romantique (et allemand) du génie revit. Vincent Gallo incarne le génie, mais pas n'importe quel génie, le génie fou. Un génie est forcément fou. C'est ça le mythe. Gallo a tout pour ça, le charisme, le côté salaud magnifique, prétentieux et sûr de lui, et surtout le côté incompris.
Et Gallo le fait si bien, la tempête dans les yeux, une fine barbe et les cheveux ébouriffés comme Dylan. Des lunettes de soleil ou pas.
Tetro est un très très bon film, Gallo y est colossal dans ce rôle d'écrivain raté donc génial, de génie trop tourmenté (tout y passe, même le passage en HP).
Donc oui, Gallo est un formidable acteur. Enfin on le savait déjà avec le Arizona Dream de Kusturica ou même avec ses propres films, Buffalo 66 en tête.

Mais c'est pas tout, il vend son corps aussi. Et il fait de la musique. Et comme si c'était pas assez, il est signé chez Warp.
When sort en 2001 et c'est un ovni. Une sorte de folk ambient avec des parties presque drone en plein milieu de quelques morceaux. Gallo chante d'une voix mal assurée, on pourrait croire à une femme, mais il chante quand même. Ca sent l'album fait en une nuit et quelques prises seulement, dans une chambre où c'est le bordel.
En gros, c'est de la sensibilité à fleur de peau, de l'audace. Une délicate attention.

jeudi 8 octobre 2009

20 ans, 20 cadeaux 4/4

On y arrive, la dernière partie de ma sélection des 20 albums de warp qui m'ont le plus marqué. Et on peut dire que j'ai gardé le meilleur pour la fin...

Polygon Window - Surfing On Sine Waves (1992)

Polygon window c'est un des nombreux pseudo qu'a utilisé Richard.D James et celui ci bien avant qu'il soit plus connu sous le nom d'Aphex Twin. En 1992 au Royaume-Uni c'est la pleine période techno-rave mais aussi les débuts de l'IDM tel que l'on connaît maintenant. Cet album synthétise ces deux courants, mais avec la touche d'Aphex: ce côté mélancolique et malsain tout en ayant l'aspect hypnotique, enivrant mais aussi l'énergie de la techno rave. L'album commence très fort avec le titre "Polygon Window"(top one des 25 chansons les plus jouées sur itunes pour ma part): une montée par petites touches de synthés bien progressive, le thème s'installe tout en finesse et vous ensorcèle, les reverbs font très mal, le refrain te retourne la colonne vertébrale, mes membres en frissonnent encore. D'autres titres plus raves comme le mythique "Quoth" ou "Supremacy II" ou encore "Audax Powder" retournerons n'importe quel dancefloor d'audiophiles. Un des meilleurs albums de la part du maître à mon humble avis.

The Black Dog Productions - Bytes (1993)

The Black Dog Productions c'est l'ancien groupe du duo Plaid (à l'époque trio avec Ken Downie qui lui a préféré continuer The Black Dog avec d'autres artistes). En quelques sortes c'est du Plaid, mais en mieux. On a toujours cette electronica mi psyché mi onirique mais avec une touche beaucoup plus old'school et donc plus artisanale. Bizarrement cet album me fait penser aux productions de µ-Ziq (je pense à Tango N'Vectif notamment): une mélodie sublime auquel se cale un beat à tomber. A l'écoute, les morceaux paraissent d'une simplicité enfantine, mais l'efficacité est bien là. Les bases de l'electronica en somme.

Squarepusher - Big Loada (1997)

J'avais mentionné cet album lors de ma "chronique" d'Ultravisitor: Big Loada représente tout le côté jungle barré de Squarepusher. Cet album doit surtout son succès au clip de "Come To My Selector" réalisé par le maître Chris Cunningham (Windowlicker, Come To Daddy d'Aphex c'est lui, mais aussi des clips pour Portishead, Bjork, Autechre ou même Madonna). On pourrait définir Big Loada comme un album de "jungle expérimentale" à l'image de "Full Rinse", track épileptique soutenue par le flow d'un MC possédé. Expérimentale comme "Come To My Selector", difficilement accessible pour son côté dnb déstructurée mais assez jubilatoire. Sans oublier "A Journey To Reedham" et sa mélodie entraînante et ses beats foutrarques mais légers qui te resteront en tête toute la journée durant.
Le mot de passe c'est : black_person

Harmonic 313 - When Machines Exceed Human Inteligence (2009)

Dernier effort de Mark Pritchards aka harmonic 313, cet album rassemble les meilleurs titres des EPs "Dirtbox"(annonçant d'ailleurs l'album) mais aussi "Words Problems"(avec la track reprenant la voix digitale de la dictée magique) ainsi que de nouvelles productions. Les influences sont nombreuses: electronica, techno, dubstep, hiphop et même IDM, difficile d'enfermer Marc Pritchards dans une case musicale. Ceci étant, le son a un côté massif, le mec a clairement envie de te retourner le crâne, à l'instar du titre d'ouverture "Dirtbox". Le son est assez épuré, c'est un peu la réciproque d'un Autechre pour leurs albums les plus IDM (Tri Repetae, Chiastic Slide ou Confield), on passe pas par 4 chemins, c'est efficace et ça défonce.

Seefeel - Succour (1995)

Seefeel est un groupe assez particulier: c'est une formation rock londonienne qui allie rock shoegaze/post rock et ambient/IDM. Bien qu'assez confidentiel, ce groupe a eu une influence considérable sur l'ensemble des musiques électroniques des 90's à aujourd'hui et du post rock (pour ne citer qu'eux: Boards of Canada ou Mogwai y font référence). Cet album est le plus électronique des 3 qu'ils ont produits (à l'époque, Warp était essentiellement orienté musiques électroniques): de la bonne IDM/ambient old'school hypnotique (cf "fracture"). Un côté un peu dark tout en finesse s'en ressort (l'intro "meol" par exemple) qui n'est pas sans rappeler Boards of Canada. Bien qu'ils n'aient fait qu'un album et 2 EPs chez Warp, ils ont largement marqué "l'âge d'or" du label.


Et comme t'es un vrai fan, ces albums tu les as tous déjà, alors je vais te faire un vrai cadeau pour les 20 ans: le live d'Aphex Twin au Warp20 à Paris (à la cité de la musique).
Et en bonus, l'album "Unheard" qui figure dans la luxueuse Warp 20 box sous la forme d'un triple vinyle, avec une belle collection d'inédits d'Autechre, Boards of Canada, Nightmares On Wax, Clark,...