Non, ce n'est pas un contre-pied total par rapport au disque évoqué hier. Hier, c'était la spiritualité à l'honneur, avec la tradition. Ici, c'est une autre tradition, et une autre spiritualité. Mais elle est toujours omniprésente, voire plus. Elle rythme ce disque. Sepultura sort un album qui s'appelle Roots. Si c'est pas un clin d'oeil appuyé à la tradition et à la spiritualité... Une sépulture, pour que les morts trouvent le repos, ce qui induit un cérémonial, de l'encens et au choix en fonction du budget pour le reste. Et Roots donc, les racines, les anciens, la terre et le pays, comme les Klezmatics hier.Ce qui est vraiment amusant, c'est qu'un des groupes fondateurs du metal vienne du Brésil, le pays de la bossa nova. Une musique lente, ensoleillée et sensuelle. Et d'un coup, quatre gars arrivent. Ils ont pas décidé de faire du foot ni de la bossa nova, mais de prendre des guitares, de fracasser des batteries et d'hurler dans des micros. On pourrait en faire des analyses freudiennes qui ne plairaient pas à Michel Onfray, du genre les enfants de la bossa nova qui ont décidé de tuer le père. Mais Sepultura ne se préoccupe pas trop de la psychanalyse, ils préfèrent largement lancer des rythmes d'une violence tribale, fabriquer un son à la fois gras et agressif, pour que Max Cavalera puisse hurler d'une voix gutturale dessus. On ne peut limiter Sepultura à l'appellation "metal", il y a dans cette musique une rage héritée du hardcore, une puissance entraînante digne du hip hop (on dirait "groove" pour parler comme à la nouvelle star) et des accointances non feintes avec la musique tribale.
C'est dévastateur, violent, prenant, ravageur. On y sent du Ministry, la même force tellurique derrière. Les racines, on y revient. Et en live, ça prend une dimension toute autre. Suffit d'entendre Under a Pale Grey Sky qui, en plus d'être un live ahurissant, emmerde Bono et U2. D'une pierre deux coups.
Roots a été enregistré en plein milieu de la forêt amazonienne. Il sort en 1996 chez Roadrunner, et avec ça, Sepultura provoque bien plus que la pluie.

