Affichage des articles dont le libellé est Lo-Fi. Afficher tous les articles
Affichage des articles dont le libellé est Lo-Fi. Afficher tous les articles

vendredi 25 novembre 2011

Funeral Home.

Pour patienter un peu, Jad Fair et Daniel Johnston t'expliquent que tu vas mourir un jour. C'est pas en rythme, c'est faux, c'est moche, mais c'est gigantesque.

mardi 8 novembre 2011

Turned off


Klang sonne comme une rupture, le contraste entre deux états, la nudité d'un instrument face au silence, le détail d'une imperfection, la simplicité. En 1999, Donna Matthews romps avec Elastica pour donner naissance quelques années plus tard à son nouveau groupe : Klang.

C'est un cheminement vers l'essentiel, le minimalisme, le mouvement perpetuel d'une mélodie, un rythme. Tout se ralentit, le silence se fait, le regard se perd. "No Sound Is Heard" ressemble à une absence, ce moment ou on peut comtempler avec admiration un détail insignifiant ou simplement couper ses sens et s'enfermer dans un cocon imaginaire. Une musique qui accompagne le silence et stoppe le temps, du slo-fi hypnotisant ; souvent une simple boucle, légère comme une boule de poussière qu'on balaie, qui sert de support à des arrangements simples et métalliques, sortis d'un tiroir longtemps oublié où ils commencaient à rouiller. La voix de Donna Matthews, aérienne, est portée par cette petite procession poussiéreuse et imperturbable.

dimanche 4 septembre 2011

Arrested Development.



Chacun a son petit secret. La définition de ce petit secret, c'est qu'il est tellement intime qu'on le cache, mais tellement touchant et important qu'on aurait envie que le monde entier le connaisse, et partage ce non-dit. C'est un petit secret qu'on diffuse donc à petit échelle, on leur partage avec ses proches et un regard complice. On choisit avec attention les personnes avec lesquelles on échange cette petite chose aux apparences insignifiantes, mais qui prend toujours une dimension trop grande quand on en parle vraiment, sans feindre le recul, en se livrant et en laissant s'épancher son cœur d'indie-kid trop émotionnel.

Un des plus beaux exemples de ces petits secrets, vite devenu rumeur puis phénomène, c'est Juno. Film indie où Sonic Youth tient la main des Moldy Peaches, avec les géniaux acteurs de la série non moins indé Arrested Development. On se retrouve tous comme ce gros loser de Michael Cera (aka George Michael), on se rappelle de comment on était nul avec les filles, et qu'on avait ce sourire amer quand on entendait Adam Green et Kimya Dawson chantait leur "Nothing Came Out". Maintenant, tous ces sombres temps sont enterrés et sont juste de nouveaux petits secrets qu'on cache, sauf quand ils semblent "mignons". Étonnamment, Juno a donné une légitimité à la musique niaise et trop sincère pour être ridicule. Il n'y a plus aucune honte à parler de son petit secret, maintenant c'est indie et tu l'entends chez Urban Outfitters. Il est même de bon ton de dire du bien de la meilleure série du monde, The OC. Eh oui, c'est bien plus que des petits fils de riches californiens en mal d'amour. Seth Cohen est l'ancêtre de Michael Cera, dans ce temps reculé où Bright Eyes avait la place des Moldy Peaches.

Du coup, on creuse le filon, on veut plus de twee, on veut retrouver un petit secret que les autres n'ont pas, on veut se réapproprier ce que Juno et The OC nous ont volé. On veut redevenir ce nerd assoiffé de pop et de folk, on veut pleurer à nouveau sur des chansons d'amour déçu. En 2009, la lumière est revenu grâce à Nana Grizol, on retrouvait des phrases simples et émouvantes comme "you fell in love with the sunshine" ou "cynicism is not wisdom, it's just a lazy way to say that you've be burned". On se retrouvait du haut de nos quinze ans, un jean trop grand et un t-shirt Decathlon. Nana Grizol est resté un secret qu'on s'approprie et qu'on ne partage qu'avec ceux qui le mérite. Et puis, on les suit en se disant que le charme passera, qu'on s'y fera et qu'on fera le deuil - enfin - de sa jeunesse. Mais non.

Alors quand Theo Hilton de Nana Grizol sort, avec ses potes Ryan Woods de Defiance, Ohio et Toby Foster de Pink Houses, un album totalement acoustique de reprises de leurs chansons respectives, où la mélancolie de ton adolescence frappe à la porte sur chaque chanson, où les voix qui ont a peine mué s'emmêlent dans des mélodies simples et aussi futiles qu'un premier amour. Un album enregistré en tournée, à l'arrache. Juste un petit secret en plus, toujours plus fort. Juste parce qu'il y a des phrases idiotes comme "Maybe I should kiss you every night before I fall asleep", on redevient un Michael Cera ou un Seth Cohen. Et, ça a beau être un secret, c'est quand même super agréable.

En name-your-price sur Bandcamp, le très recommandé album des trois losers du Midwest, mais faut pas trop le dire. Marché conclu ?
http://wordwildrecords.bandcamp.com/album/theo-hilton-toby-foster-ryan-woods

jeudi 18 août 2011

Secret society


Sous ce nom intriguant ce cache un artisan suédois, touche-à-tout et multi-instrumentiste talentueux, perpétuant la tradition de la pop-folk psychédélique en y ajoutant sa touchante touche personnelle. Songwriter doué, c'est dans son petit studio aux motifs fleuris 60's qu'il donne naissance à ses chansons, au milieu des fantômes des Beatles, de Syd Barett, Kevin Ayers... il fait tout lui-même, de la guitare à la batterie, à l'illustration de la pochette.
A ce jour, Dear Adrenaline (2006) est le seul album qui semble être sorti. Joel Fridlund reste discret.

mardi 29 mars 2011

The Life of the World to Come.

Si un jour quelqu'un avait dû tirer les cartes à John Darnielle, difficile de dire ce qu'il aurait vu. D'infirmer en hôpital psychiatrique à mythe du lo-fi, il y a de nombreux pas, franchis aisément par Darnielle et sa guitare, à coup de cassettes, de plusieurs albums par an, et d'une sincérité à toute épreuve. Si on avait dû lire l'avenir de John Darnielle, on aurait pu simplement y entendre un de ses vers dans "The Best Ever Death Metal Band in Denton" :

When you punish a person for dreaming his dream,
Don't expect him to thank or forgive you.

Autrement dit, il n'aurait servi à rien d'essayer d'orienter John Darnielle. Son destin était gravé dans ses mains, elles-mêmes greffées à sa guitare. Son destin, ce serait de raconter des histoires, raconter l'histoire des gens, inventer des histoires. On aurait pu lire sur sa paume que sa musique serait d'abord frustre, sèche mais toujours chaleureuse, et qu'elle se couvrirait peu à peu d'arrangements, que ses habits seraient de meilleure qualité. On aurait pu sans aucun doute voir en avance son ascension. Et s'en inquiéter. S'il touchait la grâce il y a deux ans avec The Life Of The World To Come, son nouvel album, All Eternal Decks sonne étrange aux oreilles habituées. Comme s'il y avait une cicatrice sur sa ligne d'artiste. Pas vraiment une rupture, juste un faux pas. Et encore, difficile à dire. Les nouvelles sonorités variétés, les chansons oubliables, tout ça, comme si Darnielle avait perdu possession de son destin, et s'était laissé porté par autre chose que le hasard de la chanson.

All Eternal Decks est sur la frontière entre le bon disque et l'énorme déception. John Darnielle est sur courant alternatif, il enchaîne merveilles habituelles avec chansonnettes dispensables. Il émeut à pleurer armé simplement de sa guitare, et rompt complètement l'état de grâce avec quelques chœurs et cordes mal placées. Où es-tu allé, John Darnielle ? Où est "Color In Your Cheeks", une des plus belles chansons jamais écrites ? Pourquoi t'éloignes-tu ainsi de la sincérité débordante et dévorante de d'habitude ? Pourquoi caches-tu tes chansons derrière tous ces enrobages qui entravent tes élans de bonté ? As-tu oublié que ce qui compte, ce sont tes mots et ta manière de nous les susurrer ?

All Eternal Decks se veut l'histoire d'un couple qui sort de chez la voyante, avec de mauvaises nouvelles. Un couple qui se persuade que ces prévisions n'annoncent que du bon, alors que c'est sinistre. John Darnielle, toujours sous le nom de The Mountain Goats, sort All Eternal Decks aujourd'hui même, sur Merge Records. Et comme son couple, on va se persuader que tout va pour le mieux, jusqu'au prochain album.

dimanche 28 novembre 2010

To the bastard sons

Aujourd'hui, rendez-vous avec quelques enfants cachés de la lo-fi...

Les premiers sont suédois et sortent de temps en temps quelques albums à l'abri des regards en peu d'exemplaires sur des petits labels locaux. Une immersion au pays des lapons, un retour aux sources, à la nature. La musique de Leafes est chaleureuse, chose rare pour un groupe de nordiques. "In The Mountain's Belly" est sorti en 2008, c'est leur dernière sortie en date et je croise les doigts pour en entendre d'autres.


Le deuxième vient d'Édimbourg, on reste dans le nord donc mais ambiance plus urbaine cette fois-ci. Avant sa renaissance 8-bits, Enfant Bastard a produit des albums de pop-folk lo-fi sincère et un peu barrés dont le "best" est regroupé ici. Ça fait penser à plein de trucs comme Marshmallow Coast, Deerhunter, Violent Femmes et Jeffrey Lewis.

mardi 16 novembre 2010

Las Vegas Parano.

Début octobre, Matador organisait un énorme festival sur trois jours, pour fêter sa majorité. Maintenant, le label a le droit de boire de l'alcool, de rouler sur la route 66 avec des putes. Et ils se sont pas fait prier puisqu'ils ont fait ça à Las Vegas. Avec entre autre, Sonic Youth, Belle & Sebastian, Pavement, Guided By Voices, Yo La Tengo, Cat Power, Kurt Vile ou les New Pornographers.
C'était la période parfaite pour se marier dans la ville qui ne dort jamais.
Pour l'occasion, ils ont sorti un coffret qui retrace l'histoire du label, mais je ne ferai pas l'affront de le fournir, puisque vous avez tous l'intégralité des grandes sorties Matador.
Mais, dans ce coffret, il y a des enregistrements inédits de 1999, d'un concert de Pavement et de Cat Power. Et même un morceau de Mogwai. Alors on va pas s'en priver, suffit de cliquer sur la pochette.

Et comme chez Pitchfork ils sont sympas, ils ont filé des extraits du concert de Las Vegas, histoire de rappeler que Sonic Youth, même plus de quinze après leur début castagne toujours autant avec "Death Valley '69", et que Pavement est toujours le groupe le plus cool du monde.



jeudi 12 août 2010

La possibilité d'une île.

D'une certaine façon, Phil Elverum porte à lui seul le paradoxe de la musique, et de l'art en général. Ses chansons sont émouvantes, bouleversantes, riantes, fascinantes parce qu'elles sont humbles et sincères. Pourtant, partager sa musique, la porter aux oreilles des autres, c'est la preuve d'une certaine prétention. Quelque chose comme "j'estime que ma musique vaut le coup et que vous devriez écouter, voire aimer". Sans parler du fait qu'il la joue en concert dans le monde entier.

Phil Elverum est pourtant modeste comme personne. Il ne ressemble pas à grand chose, avec ses t-shirts de groupes, ses chemises de bucherons par dessus, son inaltérable paire de tongs. Quand on lui demande de signer un disque, il écrit simplement "Phil Elverum" dessus, ou simplement "Phil". Chacun peut avoir son exemplaire dédicacé s'il a un marqueur, donc. Et, à côté de ça, il publie sans arrêt, poésie, musique... Jamais il ne ralentit le rythme. Deux possibilités donc, soit il est vraiment très prétentieux (et on en revient au problème précédent), soit il est généreux. Et tout tourne autour de ce problème. Est-ce que, en proposant des chutes, des morceaux qu'on connait déjà dans des versions légèrement différente, Phil est généreux, ou plutôt imbu de lui-même, comme s'il considérait que tout ce qu'il faisait comme de l'or.

D'un point de vue commercial, la réponse est simple : Phil est généreux. Au lieu de distiller des nouveaux morceaux, il donne tout, tout de suite. 31 titres d'un coup d'un seul. Alors qu'il aurait pu vendre deux disques, plus ou moins organisés. Non, il donne du brut, pour peu, sur son site, sans intermédiaire.
Reste à voir le point de vue artistique, qui est quand même le plus important. Oui, on connait les morceaux, oui, rien de bien nouveau sous le soleil de Mount Eerie. Ballades folks et guitares saturés vont toujours si bien ensemble, la voix est toujours si particulière, les intonations si bouleversantes. Quel intérêt d'en avoir plus ?
C'est là qu'entre en jeu une part d'irrationnel. Rien de nouveau, mais le plaisir est toujours intact. C'est le lot des grands artistes, de savoir provoquer un enthousiasme sans fondement avec des chutes, des titres plus ou moins inédits, et de transformer l'enthousiasme en pur contemplation. Phil Elverum est donc de ceux-là. Il écrit sans arrêt, partage généreusement sans arrêt, chante sans arrêt... Il vit musique, il mange musique, il transpire musique, et tout s'incarne intensément.
Chercher à comprendre est inutile. Phil reste Phil, et sa musique reste fascinante, chutes ou pas, inédits ou pas.

En octobre, Phil Elverum sortira Song Islands, vol. 2, sur son label P.W Elverum & Sun, la part immergée d'une île déjà magnifique.

lundi 28 juin 2010

Les chemises noires.

Quelle idée de devoir porter une chemise un jour où il fait si chaud. Quelle idée de devoir s'habiller "bien" quand on a 21 ans, pour faire illusion lors d'un oral. Alors qu'on meurt de chaud et qu'on se sent ridicule et peu à l'aise. Paraitrait que ça fait "adulte", alors pour faire plaisir, et faire mûr, on s'adapte et on met des chemises qu'on rentre consciencieusement dans son pantalon. Quitte à mourir de chaud. C'est très idiot, mais si on le fait pas, on perd des points. Alors qu'en soi, ça veut rien dire. C'est juste une histoire de première impression. Des gens habillés de la manière la plus sommaire peuvent être tellement brillants...

Faire illusion, donc. Tout est là. Avec une pochette, un nom et une police digne du plus sombre des disques de Black Metal, Yussuf Jerusalem fait parfaitement illusion. Mais elle ne dure pas. Il fait du Black comme je porte une chemise. C'est-à-dire l'espace d'un instant : un titre ravageur et dégueulasse quelque part entre Burzum et Electric Wizard. Après, il fait tomber la chemise et met un t-shirt de Nirvana, ou un haut aux couleurs douteuses directement sorti des années 70. Le Black metal n'était qu'une vague blague, la musique de Yussuf Jerusalem (on admirera le nom presque aussi cool qu'Adolf Satan) est un folk garage lo-fi saturé et mal enregistré, où les voix saturent sur quelques accords. L'illusion s'est estompé et on découvre un groupe français sans fard, qui se concentre plus sur l'émotion à mettre dans sa musique que dans le son. "Greetings from Novi Sad" ressemble terriblement au "Life in Vain" de Daniel Johnston, une autre figure du "ne te fie pas à ce que tu vois". Des fois, ça fait penser à ce bon vieux Ty Segall, comprendre que c'est bon comme du rock'n'roll basique.
On pourrait continuer à balancer des références comme le Brian Jonestown Massacre à l'époque où ils faisaient autre chose que du shoegaze moisi, par exemple. Ou les Doors mais en moins chiant. Mais il faut juste considérer le A Heart Full of Sorrow de Yussuf Jerusalem comme un disque peu inventif mais terriblement agréable et prenant. Rien de plus, rien de moins.

Yussuf Jerusalem a sorti son A Heart Full of Sorrow en avril de cette année, sur le label Born Bad Records, et c'est cool comme une chemise à fleurs.

vendredi 25 juin 2010

Story of an Artist.

Le temps de la cassette audio est révolu depuis des années, laissant place au tout numérique. Le numérique est, paradoxalement, le meilleur remède à la boulimie. Il est tout aussi facile d'enregistrer mal quelque chose qu'avec un vieux walkman. Voire plus facile, il suffit d'avoir un ordinateur basique. Mais avec cette évolution, le son devient primordial. Un enregistrement pourri sur un ordinateur est le fruit d'une fainéantise et d'un manque de respect pour l'auditeur. Alors qu'une cassette audio est une offrande, une somme de travail non négligeable. Faire une playlist sur cassette comme dans High Fidelity, c'est de la preuve d'amour en marbre. Faire une playlist spotify pour une fille, c'est ringard.

Ce revirement donc, du glorieux DIY au branleur qui ne veut pas prendre le temps de mixer sa musique, a consolidé le mythe autour de Daniel Johnston, tout en l'enfermant dans la catégorie de mec trop lo-fi, voire complétement inaudible. Alors que Daniel Johnston est l'incarnation de la boulimie musicale pas perfectionniste pour un sou, et donc de l'offrande sur cassette. Pas de la flemmardise. Il enregistrait tout. Tout ce qui lui passait par la tête finissait sur bande. Il dessinait aussi. Sa vie pourrait être réécrite avec ses enregistrements sonores. C'est d'ailleurs ce qu'a fait Jeff Feuerzeig dans The Devil and Daniel Johnston.
En plus, Daniel vit une résurrection artistique. Les gens le découvrent ou le redécouvrent, il sort de l'underground et devient de plus en plus mythique. Le Beam Orchestra en est une des raisons, mais l'album est assez décevant. Les chansons de Daniel deviennent trop guimauves. Heureusement que son label a senti le bon coup. Et en profite pour sortir six disques dans un coffret, qui compile toutes les cassettes enregistrées par Danny au début des années 80, dans la cave de ses parents. 131 morceaux pour plus de cinq heures de musique mal enregistrées, mais comme toujours poignantes, cyniques et drôles, avec un recul naïf sur l'amour, la vie, la religion et les Beatles (il y a une reprise de "I Will" fantastique). Comme toute œuvre de boulimique, c'est indigeste mais lumineux. Le son est moins pourri que ce qu'on pourrait imaginer (ou c'est moi qui suis habitué...), mais l'important est dans la force de l'interprétation minimaliste, entre piano, guitare et fausses notes. Un coffret pour fan hardcore, mais aussi un bon moyen de s'attaquer au Daniel Johnston des premières années. Daniel Johnston n'a pas fini de fasciner.

Hazlewood sort donc des heures de Daniel Johnston sous le nom de Story of an Artist, et si ça permet à Danny de s'acheter du coca encore et toujours, ça me va.

dimanche 16 mai 2010

With a Messy Head !

Oui. Je profite de la notoriété croissante de ce blog (enfin, faut pas déconner non plus), pour faire de la promo. Pas que de la promo. Parce que Pierre le mérite largement (pas parce que je joue avec lui de temps en temps). Pierre c'est Quetzalli. Mais aussi Carton Sonore (de la musique instrumentale avec des instruments étranges) et Shit Fuck Fuck Shit (du rock hyper lo-fi avec une cover de "Frères Jacques" d'anthologie). Et je dois beaucoup de choses à Pierre. De nombreuses découvertes (Elephant 6 ou Swell, entre autres). Quasiment toute ma culture indie même, on peut le dire. Je lui dois les premiers vrais stress des concerts. De belles rencontres avec tous ces gens sur Paris. Mais c'est pas que ça. Parce que Pierre fait de la musique gé-nia-le. Vraiment. Et en plus elle est en téléchargement gratuit et légal sur feu les diks qui sautent. Donc tu pourras cliquer sur les pochettes sans te sentir pirate, aujourd'hui.

In the Curious Mist (2006)

J'ai acheté ce disque au hasard. Il m'est arrivé par la poste. Et l'influence de Swell est là, dans le grattage mécanique de la guitare acoustique, par exemple, dans la voix un peu monocorde mais pas tellement. Puis on sent qu'il y a de l'envie. De mettre plein de choses, des arrangements étranges, du bruit, des trucs pour donner une ambiance à ce disque. Et ça marche plutôt bien. Un petit côté forêt noire allemande, broussailleuse et envoûtante. Peut-être qu'il y a trop de fougue, que certains morceaux sont un peu trop longs, que les morceaux sont trop brouillés. Un ouvrage de jeunesse en quelque sorte. Mais il y a des ballades fantastiques ("Looking for the Sun") entre des titres plus expérimentaux et donc étranges. Pas le meilleur. Mais très bien quand même.

The Ugly Album (2007)

La principale critique qu'on pourrait faire à In The Curious Mist serait que c'est "too much". Ici, pas question de too much. On retrouve un minimalisme folk lo-fi. Une guitare sèche et la voix si particulière et géniale de Pierre, au service de chansons courtes et efficaces. Entêtantes ("Candy Blues" est un tube), hypnotiques ("Stroboscopic Girl") ou simple. Le son est pur et cru. Pas d'artifices ici. Une envie d'arrêter de s'ennuyer à produire, à arranger, une volonté de se contenter du minimum et de l'essentiel. Un retour aux racines, au folk. Un passage obligé dans un processus de création. Pourquoi s'embêter à enregistrer cinquante pistes alors que tout est dans le folk ? Passage tellement réussi ! The Ugly Album reste mon album préféré de Quetzalli. Il mêle cet univers particulier et un minimalisme fascinant.

Tchou ! Hey ! (2008)

L'entre-deux. Entre temps, Pierre s'est mis à la scie musicale. Il a trouvé un son. Sa musique propre. Comme s'il avait enfin trouvé comment tout devait sonner. Les chansons sont à la fois simples et complexes. Simples dans leur structure, complexe dans la façon dont elles sont enregistrées et arrangées. La scie donne un petit plus, un côté mystérieux. Et il y a son lot de tubes ("Buy Superbrain!", "Let's Taste the Sun, Ok ?" et surtout le colossal "Where Are You Ouh Ouh Ouh ?"). Et il y a "Who's Turned Off My Head ?", un morceau triste et beau, qu'on a l'impression d'avoir toujours connu. Alors que non. Comme "December". Le disque le plus abouti, "l'album de la maturité". A noter que toutes les illustrations sont faites par Pierre, sur tous les disques.
Alors maintenant, faut que tu t'y remettes Pierre. On en veut encore. Surtout que les morceaux que j'ai pu entendre et qui sont en construction sont des titres de ouf malade. D'ailleurs tu peux entendre "The Day is Over Again" sur le myspace.

Alors c'est gratos, c'est légal, et c'est très très bien. Alors faut télécharger ! En plus comme ça vous pourrez frimer en connaissant des trucs que personne ne connait.

mercredi 12 mai 2010

La Rose Pourpre du Caire.

Misophone aurait pu aisément faire partie du collectif Elephant 6. Parce qu'ils ont ce sens de la pop désarmante, mais qu'ils n'hésitent pas à en sortir, à l'habiller de nouvelles parures. Misophone est un groupe complètement à part sur la scène indé. A la fois hyper productifs (treize albums en cinq ans !), reclus (ils n'ont jamais joué de concert), Matt Welsh et Steven Herbert sont des enfants. Ils font de la musique pour leur rappeler la grande roue, les auto-tamponneuses et bien sûr, la barbapapa. Décrire leur musique est assez difficile. Parce que d'un côté, c'est de la pop pure, alternant entre joie et émotion, naïveté et mélancolie, comme tous les groupes. Mais ce n'est pas seulement ça, parce que leur pop est tout à fait singulière. Elle est foraine.

Boîte à musique, orgue, banjo, différents claviers donnent à ce disque une tonalité rétro. On s'imagine parfaitement dans le film de Woody Allen, La Rose Pourpre du Caire, dans ce parc d'attraction désolé et désert. Un monsieur continue de faire tourner son orgue de barbarie par habitude. Des enfants chantent pour faire la collecte pour quelques scouts. Ça valse et ça pleure. Il y a des caprices pour des sucreries, des frustrations parce qu'on ne peut attraper ce fichu nounours. Il y a le regard bienveillant des parents vers leurs enfants dans le train fantôme. Il y a ce bruit de fond caractéristique, fait de cris et de bruits synthétiques pour donner une ambiance. Et la magie opère. On se projette dans cette ambiance, on s'y croirait. Comme ce personnage capable de sortir de l'écran, Misophone amène L'Opéra de Quat'Sous chez vous, avec le sourire. C'est à la fois bancale et décadent, mais tout à fait charmant. Il y a l'homme-tronc de Freaks et sa copine à la tête d'épingle. Une vraie fête foraine avec tout ce qu'elle comporte. Son lot de déceptions, de consolations et de petits plaisirs. Et une véritable nostalgie d'un temps passé. Mais j'éviterai de la jouer "mistral gagnant".

Misophone et son Big Glad You are Only Human de 2008 vous aidera à entamer le moi de Mai, vous donnera envie de faire un tour à la foire du trône du quartier ou de rester emmitouflé tranquillement sous sa couette, c'est la foire qui vient dans ce cas. C'est chez Kning Disk, et c'est hélas passé assez inaperçu, malgré la singularité d'un tel disque.

jeudi 6 mai 2010

Le dernier des dinosaures.

J'ai beau quasiment ne pas l'avoir vécu en direct, j'ai un amour immodéré pour la musique des 90s. Les Stone Roses, les Pixies, Nirvana, Fugazi et tant d'autres. Mais, cette fascination vient parce que les 90s (les nineties comme on dit) ont donné naissance à trois groupes majeurs. Sonic Youth (même s'ils ont commencé dans les 80s, mais on s'en fout parce que même si les meilleurs albums sont sortis fin des années 80, ils ont inventé la musique des 90s), Pavement et Sebadoh.
Et on peut trouver un dénominateur commun à ces trois groupes. Assez facilement même. Les trois aiment la dissonance. Sonic Youth fait simplement du bruit. Stephen Malkmus et Lou Barlow jouent faux.
Ces groupes font à peu de chose près la même musique. Elles se ressemblent terriblement, et parfois, d'irrépressibles envie de se faire "un bon vieux Pavement" nous prenne, comme on dit. Ou un Sebadoh. Ou un Sonic Youth.

Ce sont des gamins qui ont eu envie de faire de la musique en écoutant le Velvet Underground, qui ont découvert qu'une guitare électrique ne servait pas qu'à serrer des gonzesses et que leurs voix avaient mué et qu'ils pouvaient maintenant chanter, même mal, tant qu'ils y mettent du cœur. Et Sebadoh doit être le plus radical de ces groupes qu'on a appelé Lo-Fi. Si Pavement se laissait aller sur quelques chansons seulement, Sebadoh se lâche tout le temps. Ce n'est pas non plus du punk un peu débile tout le temps (même s'il y en a et ça fait plaisir), c'est le folk qu'un Kurt Cobain masquait derrière sa saturation. Avec une lourdeur et une simplicité désarmante. Mais Lou Barlow et ses potes peuvent pas être vraiment sérieux, alors ils font des petits bruits bizarres derrière. Il avait pas encore la trentaine cette année là.

On sent quand même fortement le poids d'un Dinosaur Jr fraichement dissout, dans le son, dans les riffs, dans la scansion des textes et bien sûr, l'influence de Sonic Youth. Sebadoh réussit à avoir ce même côté "je t'attrape à la gorge et je te lâche pas". Suffit d'écouter "Sister" pour le comprendre. Mais ce qui ressort surtout de ce disque, c'est une totale liberté, dans la composition, dans le son, dans le chant. Le Velvet et les Clash ne seraient pas peu fiers d'entendre ce qu'a fait leur héritier Lou Barlow. Et comme le premier album de la bande de Lou Reed, les disques de Sebadoh ont dû pousser bien des gens à s'acheter une guitare électrique bas de gamme.

Ça n'étonnera personne, mais ce Bubble & Scrape de Sebadoh est sorti au cœur des 1993 (l'année du In On the Kill Taker de Fugazi et du Ignition de Offpsring - que j'adore encore comme les Bad Religion -), chez Sub Pop, le label de Nirvana. (Ca fait deux jours Sub Pop consécutifs, tiens). "C'est tout ce que j'aime".

dimanche 18 avril 2010

Hi, How Are You ?

Daniel Johnston - 18 avril 2010, Le Splendid, Lille.



Rencontrer un mythe, une légende, ça n'arrive pas tous les jours. Il y a seulement quelques semaines, j'étais confronté à Phil Elverum, un des artistes qui m'absorbe le plus, qui me fascine le plus aujourd'hui. (Concert dont tu peux lire une superbe chronique écrite par Nina ici). Aujourd'hui, c'était Daniel Johnston, figure emblématique des scènes underground américaine depuis maintenant quasiment trente ans. De jeune gringalet angoissé à obèse maniaco-dépressif dans un état végétatif avancé, il a inspiré le monde entier, de Vic Chesnutt à Kurt Cobain en passant par Tom Waits.
Pourtant, Daniel Johnston ne sait rien faire. Il ne sait pas jouer de guitare, ni de piano. Ou alors très mal. Et on ne s'attarde pas sur son chant nasillard pire que le Dylan de Another Side.

Je n'aurai jamais pensé le voir sur scène, de mes propres yeux. Pourtant, il tourne avec un orchestre hollandais, le Beam Orchestra et il s'arrête quelques dates en France. Et me voilà en face de Daniel Johnston, le ventre proéminent, tremblant terriblement. Il a un t-shirt sale, un jogging craqué. Il oublie de brancher sa guitare. Une fois qu'un membre de l'orchestre lui a rappelé, il rit et commence à jouer, seul. Trois ou quatre chansons, avec ses trois ou quatre accords. Il chante. On perçoit qu'il est concentré à l'extrême, attentif comme tout pour lire correctement le cahier de paroles qu'il a en face de lui.
Il s'arrête, et dit que le groupe va jouer. Tout l'orchestre le reprend. Oui, il faut qu'ils jouent avec eux. Il s'assoit alors, entame sa première bouteille de coca light et, toujours aussi tremblant, chante sur les orchestrations "too much" du groupe ses ballades épurées. L'orchestre est trop présent, il est partout et tente d'habiller les chansons. Daniel, lui, est totalement nu sur scène. Il se concentre pour chanter. Le reste du temps, il est ailleurs, complètement perdu. Il ne sait plus trop quelle chanson il doit chanter, le saxophoniste doit lui faire signe pour qu'il commence les chansons. "Où sommes-nous " demande-t-il ? En France. "Ah oui, je n'ai été que dans un macdo, et les macdos sont les mêmes partout dans le monde".

Il s'absente l'espace d'un titre ennuyeux du Beam Orchestra et oublie de revenir. Entre temps, il a terminé les trois bouteilles de coca et entame l'eau. Il est paumé. Il est devenu une sorte de légume chantant, et pourtant, il exerce et déploie une force impressionnante dans l'émotion. Il est ailleurs. Il ferme parfois les yeux et se fige. Le public ne sait pas comment réagir quand il s'étouffe avec les quelques mots qu'il prononce. On sent qu'il est content d'être sur scène, qu'il s'amuse, qu'il prend plaisir à chanter ses chansons.
Pour qui joue-t-il ? Pour lui. Il change de chanson au dernier moment et la dédie aux Beatles, mettant le Beam Orchestra dans l'embarras. Il semble complètement imprévisible, mais tellement appliqué une fois la chanson lancée.

Il m'est difficile d'expliquer pourquoi, malgré les arrangements dégoulinants de l'orchestre, pourquoi ce concert m'a plu. Tout comme il est impossible d'expliquer objectivement pourquoi la musique de Daniel Johnston est si géniale, si vraie, si prenante. Il y a quelque chose d'irrationnel dans tout ça. Daniel Johnston est un gros monsieur attachant et terrifiant. Un légume qui ne sait plus rien faire de ses mains tellement il tremble. Mais quand, accroché à son micro qui va et vient avec ses tremblements, il tente de chanter "True Love Will Find You in the End", c'est beau à pleurer.
Même si le concert en lui-même était plutôt moyen, c'était Daniel Johnston. Un nom de plus de rayé sur ma liste des choses à faire et à voir avant de mourir.

vendredi 9 avril 2010

Pour laver plus rose que rose.

Une des questions récurrentes autour des artistes est celle-ci : génie ou escroc ? Des fois, la réponse est difficile. Et elle se complique encore plus quand on parle d'Ariel Pink. (Une faute de frappe m'a fait taper "Ariel Punk" ce qui s'avère pas mal). Ariel Pink a déjà le mauvais goût d'utiliser trop de synthés. Du genre vieux synthés qu'on récupère dans les braderies, au son aussi douteux que le générique d'un manga de chez Dorothée. C'est trop années 80, faut arrêter un peu, surtout quand il se lance dans des solos de casiotone ! Et si seulement il n'y avait que ça. Parce que Ariel Pink enregistre mal sur un huit pistes, en plus. Et qu'il a tendance à en mettre partout. Ça déborde !

Le problème, c'est qu'en théorie, ce qu'Ariel Pink fait, devrait être exaspérant. En théorie seulement, parce qu'en pratique, ses albums sont des amas de bizarreries kitsch et de joyeuseries pop de plus ou moins mauvais goût. Parce qu'Ariel Pink, malgré tous ces défauts, a le sens de la pop. Il sait être efficace, il sait où casser le rythme, où lancer une mélodie sucrées, il sait parfaitement quand il peut partir dans des délires psychédéliques, quand il peut dire des bêtises, quand il peut doubler les pistes de voix. Parfois, on entend même des relents de cette cold wave sombre et gothique des Sisters of Mercy... Avant qu'il nous lance le tube ultime et imparable et des "lalala" idiots.
C'est de la musique de drogué, en fait, avec des maisons hantées, des arc-en-ciels, des fantômes et du rose partout.

Alors, escroc ou génie ? Aucun des deux, juste un gamin j'm'enfoutiste qui tripote son synthé avec un malin plaisir et une adoration pour les Beach Boys. Un p'tit con ultra prolifique qui s'en sort toujours, qui réussit toujours à faire sourire. Et plus on écoute, quand on dépasse les atours peu attirants de sa musique, on découvre quelque chose que personne d'autre n'a : le talent de mélanger toutes les écoutes d'une vie pour en faire un truc kitsch et entraînant.
Un disque qui, l'air de rien, fera son chemin et restera un des plus agréables de l'année quand on fera le bilan à la fin.

L'album vient de sortir, il s'appelle Before Today, c'est chez 4AD, et c'est Ariel Pink's Haunted Graffiti.
Et j'en profite pour conseiller Bisons, un groupe complètement inconnu qui n'est pas si éloigné de Mr Pink dans son côté retro et mélodie ravageuse. Quelques morceaux sont en téléchargement libre sur last.fm : http://www.lastfm.fr/music/Bisons?ac=Bisons
Et deuxième chose : des vieux mp3s de Dawn of the Replicant ont été publié pour un prix au choix (c'est-à-dire gratos) alors faut se ruer dessus. C'est là.

mercredi 10 février 2010

All Hail West Texas

Qui es-tu John Darnielle ? Qui se cache derrière cette paire de lunette et cet humour caustique plein de mélancolie, cette voix si attachante bien qu'elle ne soit pas belle ? Qui se cache derrière ces textes si brillants ?
John Darnielle se cache derrière plusieurs pseudos, celui de The Mountain Goats par exemple, comme une créature imaginaire, comme le dahu du folk, un éternel adolescent encore enfermé dans sa chambre au papier peint enfantin.

The Hound Chronicles (1992)

Il a commencé de la manière la plus Do It Yourself qu'on puisse imaginer : la cassette audio (numérisée ici, rien ne nous arrête !). Qui dit cassette dit son très aléatoire, souffle et parasites. Oui, et alors ? Comme Daniel Johnston, John Darnielle offre de l'émotion brute avec la qualité la plus sommaire. Une guitare folk et une voix. Dylan l'avait fait avant, Johnston aussi, mais voilà la relève qui, dans son style si particulier, presque avec dédain dans la façon d'énoncer ses comptines, parfois proche du langage parlé, des fois dans les cris qui viennent du plus profond de l'âme.
Le début d'une pléthore de disques. Dix-sept entre 1992 et aujourd'hui, sans compter toutes les collaborations. Le Jean-Louis Murat réussi de l'Amérique !

All Hail West Texas (2002)

Il est écrit sur la pochette : "Quatorze chansons sur sept personnes, deux maisons, une moto et une installation de traitement verrouillé pour les garçons adolescents". Dans la plus pure lignée folk, Darnielle raconte des histoires. Celle de Jeff et Cyrus qui veulent faire le meilleur groupe de Death Metal de Denton (prétexte pour crier "Hail Satan !" sur du folk), celle d'une fille qui voyage et qu'on invite à boire un coup, histoire de colorer ses joues, qu'importe l'heure. Le souffle est toujours présent, c'est toujours aussi minimaliste, mais la recette marche toujours, voire encore mieux. La BO d'un "feel-good movie" imaginaire, sans Ellen Page mais tout aussi charmant. Peut-être ce que John Darnielle a fait de mieux, le sommet de sa discographie.

The Sunset Tree (2005)

Entre les deux albums sortis en 2005, The Sunset Tree représente bien la fin du lo-fi. Il n'y a plus ce souffle, il y a maintenant des arrangements au piano. Mais tout cela au service du minimalisme. C'est donc quelque chose de plus conventionnel, mais toujours aussi brillant. "Broom People" s'envole à la fin par son émotion brute digne du défunt Vic Chesnutt, et "Dilauded" pourrait très bien être une chanson d'Eminem. Oui, les intonations ressemblent, pas de guitare, juste un mouvement de violons. Et la suite ? "Dance Music" est un tube, dansant, entraînant comme du hip hop. Le flow de John Darnielle est pas dégueu, eh !

Heretic Pride sortira en 2008 et ira aussi dans ce sens.


Moon Colony Bloodbath (feat. John Vanderslice) (2009)

Pas étonnant de retrouver Darnielle avec John Vanderslice, autre agité du bocal de la création, qui sort des disques sans arrêt. L'avantage de ce disque assez court (sept morceaux et vingt minutes), c'est de voir les deux voix se mêler. Vanderslice a une voix assez classique, Darnielle non. Darnielle ne sait pas trop arranger ses morceaux, sortir des sentiers folk, Vanderslice sait le faire. Le résultat est probant : un disque fait entre amis avec de belles chansons. On entend très vite qui a composé quoi. Et comme ça, on voit ce que l'autre a apporté au travail du premier, et c'est plutôt réussi.


The Life of the World to Come (2009)

J'ai été assez étonné de voir les éloges qu'a reçu ce disque. Non qu'il ne le mérite pas, mais ce n'est pas non plus un tournant dans la carrière de Darnielle. Juste la suite logique, tout en délicatesse et en sensibilité. La particularité de ce disque, c'est qu'il est inspiré par... des versets de la Bible (qui sont cités dans les titres, si si). Darnielle s'éloigne encore un peu plus du folk de ses débuts, s'électrifie, se country-ise aussi. Le souffle des premiers albums est bien loin, mais la spontanéité et la sincérité est encore là, et c'est ça qui compte, non ?

vendredi 5 février 2010

In Wonderland for a Night.

Je crois que je peux le dire : ce disque a changé ma vie. Enfin, c'est pas vraiment un disque. C'est une sorte de LP sorti à très peu d'exemplaires et sur le net. Mais le fait est que, dans mes tentatives de créations musicales, j'aimais "surproduire", rajouter du bruit, des pistes partout, du synthés, du numérique partout pour faire une sorte de confit sonore. Et puis, j'ai écouté ce disque... Et, révélation ! "C'est ça que je veux faire, en fait... Pourquoi s'emmerder avec des tonnes de trucs alors qu'on peut faire si bien avec si peu ?".
Il est alors devenu un de mes albums de chevet, m'a accompagné partout. Jusqu'à aujourd'hui, où je ne m'en suis toujours pas lassé.

Les Faster Gore Core Girls, comme ils le disent, c'est un "duo d'exilés normands". On y trouve le guitariste des Cornflakes Heroes, Thomas, et Xavier qui chante d'une voix grave un peu lasse. Ils racontent l'histoire de Mary, une fille aux cheveux oranges, mieux que la Melody de Gainsbourg et ses cheveux rouges. Une guitare folk, une guitare électrique, quelques accords et quelques chorus de guitare, deux voix. Rien de plus. Simple comme un bonjour en espagnol.
C'est un peu comme l'album que Lou Barlow n'aurait jamais osé faire, du folk teinté de Sonic Youth.
Les chansons sont des comptines d'environ trois minutes, aux paroles minimalistes mais parfois crues, parfois touchantes. Et dans chacune de ces balades il y a ce quelque chose de sincérité qui fait que tout va de soi.
En fait, le disque se résume par un vers de "Marry a Star" :
"I play a little guitar, she looks like a movie star".

Et comme c'est sur Les Diks Qui Sautent (netlabel aujourd'hui mort), c'est téléchargement légal et gratuit. Suffit de cliquer sur la fille aux cheveux oranges.

Et en cadeau, une reprise live de "Funeral Home", chanson du grand Daniel Johnston :

lundi 1 février 2010

No Flashlight.

Phil Elverum est un insatiable créateur. Sans arrêt il sort des disques, pire que Jean-Louis Murat. Il a sorti Wind's Poem l'an dernier, de multiples démos, et Black Wooden Ceiling Opening en 2008. Et en 2009, comme c'était pas assez, il a publié les démos de Black Wooden Ceiling Opening. Son travail, délicat, sur une guitare folk, enregistré de manière sommaire. On retrouve que le titre "Appetite", qui sera électrisé sur la version définitive. Le reste, c'est du Elverum dans le texte avec ses mélodies si particulières, sa voix triste.
Des symphonies lo-fi des Microphones à Mount Eerie, le travail de Phil Elverum s'est épuré, jusqu'à au strict minimum. Et ce côté sommaire porte ses fruits, il invente une nouvelle forme de folk, quelque chose de complètement neuf et singulier, que seul lui sait faire si bien. Bon Iver n'est arrivé qu'après, et malgré des titres magiques, ne touche pas à l'absolu de Mount Eerie.
Ca s'appelle Black Wooden EP et c'est beau à crever.

samedi 30 janvier 2010

Riffifi chez les Kiwis.

Chris Knox, il est néo-zélandais. Et sa musique (que ce soit seul ou avec les Tall Dwarfs) est l'annonce de ce qu'on entendra pendant les années 2000 et encore quelques années. Pourtant, il a commencé début des années 80. L'incarnation même de ce qu'on appellera le Lo-Fi. Le début des Sebadoh et Pavement, en somme.


Tall Dwarfs - Throw A Sickie (1986)

Il faut savoir une chose, c'est que les pochettes sont toujours immondes avec Chris Knox. Mais c'est que pour mieux cacher la qualité de la musique. Un espèce de truc enregistré à la va-vite et on sait pas trop où, un peu comme fait aujourd'hui Ariel Pink. Le fait est que c'est tout à fait prenant, entraînant voire même dansant, même si ça peut paraître foutraque (c'est le mot le plus approprié à la musique des Tall Dwarfs). Un folk lo-fi complètement barré et halluciné, avec des cris. Animal Collective a pas inventé grand chose finalement, ils ont juste ajouté quelques instruments électroniques.
The Short and Sick of It vient en 1992, il est plus long, aussi mal enregistré, et aussi génial.


Tall Dwarfs - Fork Songs (1987)

C'est pour moi le plus abouti, le plus réussi. Chaque morceau créé ce sentiment de "mais comment ai-je pu vivre sans ce groupe avant ?" à la première écoute. Et la seconde écoute se résume par un "waouh mais c'est vraiment génial, je connais toutes les chansons par cœur alors que je l'écoute jamais ce disque, il faut vraiment que je l'écoute plus !". Pas de la musique pour les kangourous. Faudrait pas oublier que le lien entre Chris Knox et Elephant 6 est très fort. Le dernier concert de Neutral Milk Hotel aura lieu en Nouvelle-Zélande (j'ai le bootleg, faudra que j'en parle), chez Chris Knox, avec un concert des Tall Dwarfs. Mais attention, c'est pas que lo-fi, il y a aussi ces mélodies tellement caractéristiques des années 80, dignes des Jesus & Mary Chain, rien que ça. Un album majeur.


Chris Knox - Seizure (1990)

Chris Knox, en parallèle, sortait des albums solos. Faut dire qu'il est prolifique voire boulimique. C'est pas si différent de son boulot avec les Tall Dwarfs. Peut-être que ça part (encore) un peu plus dans tous les sens. On sent qu'il se fait plaisir, c'est spontané et simple, un peu punk, un peu sombre, un peu folk, un peu pop débile, un peu expérimental... Un peu tout ce qu'on aime, en fait.
Il y a bien sûr Songs of You & Me, considéré comme sa meilleure sortie solo, ou encore Beat, bien plus récent (2000), plus intimiste, et surtout plus pop type 60s, qui rappelle les Beach Boys et les Beatles.

Stroke - Songs for Chris Knox (2010)

Il y a quelques mois, Chris Knox a eu un AVC. Et pour lui témoigner un soutien, de nombreuses personnes plus ou moins prestigieuses se sont rassemblés sur un disque, reprenant ses chansons. Et du beau monde ! Le retour de Jeff Mangum sorti de sa grotte (le chanteur de Neutral Milk Hotel), Stephen Merritt (The Magnetic Fields), Will Oldham (Bonnie 'Prince' Billy), Portastatic, Yo La Tengo, A.C Newman (The New Pornographers), The Mountain Goats, Bill Callahan (aka Smog), le défunt Jay Reatard, et même Monsieur Lou Barlow. Voilà le témoignage que les chansons de Chris Knox n'ont pas une ride, qu'elles sont encore à la pointe de la hype indie (en témoigne la note donnée par Pitchfork).
L'archive est en deux parties, pour les deux disques.
Disque 1.
Disque 2.

mardi 26 janvier 2010

"Commencez bien la drogue".

Y'a des trucs dont on parle pas assez. Des trucs un peu condamnés à rester inconnus malgré internet. Tout le monde fait de la musique maintenant, mais on s'en fout. Parce que Snugtrio, qui est devenu Fraicheur Concombre, avant de devenir autre chose puis autre chose ad libitum, c'est du folk lo-fi avec un esprit punk DIY. Do It Yourself, avec une bonne dose d'humour. Mais pas du genre "on est drôles pour masquer notre musique caca comme Didier Super", mais drôle drôle.
Des chansons engagées contre la peine de mort sauf pour Luc Besson et Fabrice Luchini, des hommages à Lou Barlow et à Michel Berger, du punk hardcore à la guitare folk, une reprise de Shellac en français, pour la forme, des remix de pleins de gens super cool comme Gregaldur ou Top Montagne ou Quetzalli ou Kawaii.

Alors bien sûr, quand tu siffloteras tranquillement dans la rue l'air de "la moto du futur" et que, dans un élan irraisonné tu chanteras les paroles, les gens te regarderont avec un drôle d'air. Ce sera encore pire quand tu leur expliqueras ce que tu chantes... Mais ne nous voilons pas la face, c'est quand même mortel.
Et puis, téléchargement légal et gratuit (donc lent...).

Les morceaux se déclinent aussi bien chez C'est Pu L'Temps Gras (groupe hommage à Sepultura), Comité Défaite ou même par David Snug tout seul dans son appart'.
La base de tout ça, c'est le dancecore de Dr Snuggle et MC Jacqueline, une musique révolutionnaire type trance ibiza avec paroles engagées dans un flow digne d'Assassin.
Ca c'est de l'underground.