Affichage des articles dont le libellé est Songwriter. Afficher tous les articles
Affichage des articles dont le libellé est Songwriter. Afficher tous les articles

jeudi 23 juin 2011

A lovely day


4 ans après le court épisode The Clears, le petit Shelby n'avait toujours pas grandi, bien au contraire. Fils caché de Daniel Johnston et amateur de kitscheries, il sortait en 2001 son Cloud Wow Music, qui rappelle son père spirituel, tant par sa légèreté enfantine que par ses talentueuses compositions. Ce qui n'empêche nullement au personnage de trouver sa propre voie entre rêveries et amusements.

Cloud Wow Music est un album qui vous veut du bien ; une pop classieuse avec un petit grain de folie qui fait sourire et berce les petits soucis du quotidien.

samedi 11 septembre 2010

Oh, Sister.

La première fois que je l'ai vu, c'était sur Canal +. La fille à la frange avait passé cinq minutes a essayé de raisonner Éric et Ramzy, à les prévenir que la personne qui allait arriver était "quelqu'un de très sensible", "un homme pas comme les autres", qu'il ne fallait "pas le brusquer". J'attendais une sorte de freak, un autiste qui compte plus vite que son ombre ou un poète tellement maudit qu'il était prêt à en découdre à chaque vanne ratée de Ramzy.
A la place, une étrange silhouette est arrivée. Quelque chose entre l'Edward de Burton et Peter Lorre dans M. Des cheveux longs et noirs, le visage pâle et un gabarit étonnant. Il avait sourit, s'était assis lentement au piano et avait chanté.



Cette chanson avait fait taire les deux guignols. L'ambiguïté des mots était frappante. Une sorte d'amour vrai, profondément réel, pour une sœur. Quelque chose de presque incestueux. On apprendra plus tard qu'elle est dédiée à Boy George. Homosexualité assumée sans être revendiquée, chanson d'amour miraculeuse, le plus beau des hommages.
Antony Hegarty incarne l'ambiguïté. Plus que Bowie ou Brian Molko, il est entre les deux genres. Il est un homme avec une voix métissée. Les sons qui s'échappent de sa bouche ne sont ni masculins ni féminins. On pourrait dire divins, mais ce serait entrer dans une mystique qu'il refuserait avec un sourire humble. Il se contente de chanter et de jouer du piano. Et de se mettre à nu avec délicatesse, dans des chansons à fleur de peau, "très sensibles", qui peuvent se briser à chaque seconde. C'est la beauté de la tristesse dans toute sa splendeur qu'il invente, ou la tristesse de la beauté. Les deux sont de toutes façons indissociables.

Alors depuis dix ans maintenant, Antony illumine de sa voix un monde étrange. Tout se ressemble, il n'y a jamais de nouveauté, de nouvelle voie, juste lui, fidèle à lui-même. Et le velours de sa voix sur des mélodies soyeuses suffirait à réanimer le cœur engourdi d'un psychanalyste.

En attendant Swanlights (qui devrait sortir en octobre), on écoutera Thank You For Your Love, sorti chez Rough Trade, un EP où il reprend le "Imagine" de John Lennon sans provoquer l'ennui. Je doute qu'il retrouvera un jour la grâce aérienne d'I am a Bird Now, mais ça reste beau à mourir.

jeudi 15 juillet 2010

Paranoid Park.

Soren Kierkegaard est mort jeune. L'iconographie nous montre un jeune homme au regard pur, l'air sûr de lui. Kierkegaard était du côté de la foi. Il croyait, en tant qu'individu, loin des artifices des institutions. Son rapport avec une entité supérieure n'était pas une situation acquise, mais quelque chose en construction, en mouvement perpétuel. Soren Kierkegaard évoluait, réfléchissait et construisait son propre rapport avec les choses. En un sens, il voulait briser l'hypocrisie de la messe et aller vers une relation spontanée, une foi sans intermédiaire et sans artifices.
Kierkegaard est fasciné par l'angoisse et l'ennui, le doute et le désespoir. Il articule toutes ses pensées autour de ces concepts, il en cherche la source, les conséquences, les compare, les retourne pour en trouver la substance.

Elliott Smith est mort jeune. Il avait ce même regard, à la différence qu'il était empreint d'une tristesse légère. Lui aussi, il fuyait les artifices et les institutions. Il avait la foi. Une foi différente, foi en l'amour (auquel on pourrait mettre une majuscule, le vrai, celui que montre Cassavettes dans A Woman Under Influence par exemple). Et comme une chanson d'amour ne peut être joyeuse, les thèmes chers à Kierkegaard reviennent. Un amour angoissant, qui mène au désespoir. Les chansons d'Elliott Smith sont dans l'immédiateté. Elles sont des comptines amoureuses qui s'immiscent dans les esprits. Elles séduisent, tourmentent et hantent.

Dans Ou Bien... Ou Bien, Kierkegaard distingue "l'esthète" de "l'éthicien". D'un côté, le Don Juan, celui qui séduit, qui vit dans le présent. De l'autre, le raisonné, qui s'échappe vers l'humilité, se fait tout petit et "cultive son jardin".
Dans Either/Or, Elliott Smith réconcilie les deux. Il chante la séduction et l'amour, l'éternité d'un instant, avec une humilité non feinte, incarnée par le voile de sa voix et les instrumentations sommaires. Et finalement, ce mélange rejoint la troisième voie ouverte par Kierkegaard en filigrane : la foi. Qu'importe la forme qu'elle prenne, tant qu'elle se manifeste.

Elliott Smith s'est quand même heurté à une impasse, mais son Either/Or de 1997, chez Kill Rock Stars emmène la chanson d'amour vers la noblesse de la philosophie, et surpasse à la fois l'éthique et l'esthétique.

vendredi 18 juin 2010

Unconsumption.

Depuis deux ans maintenant, la mode est à la décroissance. Enfin, depuis mai 68 on pourrait dire, il est question de remettre en cause la "société de consommation", parce qu'on perd les vrais valeurs des anciens temps au profit d'un capitalisme forcené. Des Jérôme Kerviel perdent pieds tellement il y a de zéros, où les joueurs français oublient de jouer tellement ils sont payés et ils roulent dans des belles voitures.
Une société de consommation, donc, décriée par tout le monde, à tort ou à raison, moi je m'en secoue pas mal.

Et beaucoup tentent de fuir cette société, d'élever des chèvres dans le Larzac, d'être troglodytes ou de recycler l'eau de pluie. Ajoutons à cela une montée en puissance de l'alarmisme écologique et une prise de conscience qu'il faut sauver la planète, une pincée d'altermondialisme, et on obtient ce qu'on peut appeler la décroissance. Mais, en parallèle, il y a des mouvements bien plus intéressants, comme "l'unconsumption", du recyclage en gros. Utiliser un tabouret pour faire un lustre, des t-shirts pour faire une cheminée, etc... Des actes artistiques et protestataires sûrement (donc des paradoxes ambulants, mais passons).
Et bien figurez-vous que Cat Power a d'une certaine façon fait partie d'un de ces mouvements. Elle y contribue encore aujourd'hui, d'ailleurs. En 2008, elle sort le décevant et raté Jukebox, où elle se prend au sérieux, se cache derrière des orchestrations trop impressionnantes. Alors que huit ans plus tôt, elle avait réussi de la plus belle des manières ce pari insensé de faire un "cover album". Une autre preuve que tout fout l'camps.

En 2000, Chan Marshall ne se cachait que derrière le nom de Cat Power et sa guitare. Sinon, elle était nue comme l'est aujourd'hui une Jesy Fortino. Elle avait simplement sa voix suave et sa guitare, pour recycler standards et chansons de ses amours de jeunesse. Son plus grand amour est Bob Dylan, et elle est une des rares personnes a avoir réussi à chanter Dylan sans se ramasser, avec un "Paths of Victory" scintillant. Elle s'accapare les chansons, leur enlève un refrain fédérateur ("Satisfaction" des Stones, rien que ça) et donne une nouvelle vie au "I Found a Reason" du Velvet Underground. The Covers Record prend sa force dans son intimisme et sa simplicité. Un retour aux temps anciens, pourrait-on dire. C'est plutôt un refus des artifices qu'il serait idiot de lier à un quelconque mouvement contestataire. Quelque chose fait pour se faire plaisir, partagé avec humilité, et réussi. Pas plus que ça.

Cat Power sort The Covers Record en 2000 chez Matador, comme une preuve que les temps changent, mais que les œuvres restent.

mercredi 7 avril 2010

Lover, You Should Have Come Over

Rufus Wainwright est entre deux eaux. Il est à la fois un song-writer ultra-sensible et brillant, capable de composer des petites perles que sa voix si particulière porte, capable de faire chialer quiconque (rappelez vous "Going to a Town" quoi, la part masculine d'une Norah Jones), capable d'émouvoir les minettes et Shrek avec sa reprise d'Hallelujah, et peut-être le seul capable sur terre de toucher à Leonard Cohen sans en enlever l'essence même. Le seul avec Jeff Buckley.
Par exemple, Rufus réussit la chanson la plus triste du monde, "Chelsea Hotel #2", alors que Mlle Regina Spektor se ramasse, hélas. Ca tient à peu de chose.

Et le parallèle avec Jeff Buckley ne concerne pas seulement les reprises de Leonard Cohen (parce que faut le dire, Buckley s'en sort bien sur "Hallelujah", même si c'est pas encore Cohen, intouchable avec son recul et une certaine ironie pour cacher tout le tragique de la chose). Toute l'émotion de Buckley venait de sa voix impressionnante. La même chose pour Wainwright, qui réussit avec une montée discrète dans les aigus à accrocher l'oreille, avant de chercher les larmes. L'hypersensibilité peut être insupportable, le côté "j'en fais trop" peut vite faire passer à autre chose. C'est là l'extrême que Rufus essaie d'éviter. Il slalome entre moments de grâce et moments d'ennui... Certaines de ses chansons sont très chiantes, hélas, parce qu'avec son talent de la composition, sa voix et les arpèges de piano, il y a de quoi émouvoir un footballeur analphabète. Comme Buckley en fait. On peut pas faire que des "Lover, You Should Have Come Over" hein. Entre deux eaux alors, mais quelques chansons merveilleuses suffisent à donner au disque le rang de "bon disque" à la place de "autre disque chiant avec un gars qui geint", ce que Maximilian Hecker arrivait à faire, mais moins bien. Et ce disque est illuminé par sa deuxième moitié, avec "Shame" et "The Dream" comme sommet émotionnel.
Et comme je vais voir Mount Eerie demain j'en dis pas plus parce que j'ai envie d'écouter Mount Eerie.

L'album s'appelle All Days are Nights : Songs for Lulu, c'est de cette année et c'est sorti chez Decca.

samedi 3 avril 2010

Nothing but emotion ?

Le mot Hecker est profondément lié à Aphex Twin pour moi. C'est Florian Hecker, bien sûr. Mais il faut pas oublier l'autre Hecker, Tim, doué pour l'IDM, lui aussi. Hecker est donc un nom à faire de la musique mentale qui veut débaucher les synapses.

Et pourtant, il y a une erreur, une exception qui confirme la règle des Hecker. L'exception s'appelle Maximilian et il est allemand. Il a l'air triste et joue du piano. Il a une jolie voix qu'il dépose doucement sur une pop délicate et plutôt déprimante.
Maximilian Hecker a le charme de Port O'Brien, comme si sa musique venait du froid. Le surplus de sensibilité peut déranger. Avec un titre comme I Am Nothing But Emotion, No Human Being, No Son, Never Again Son on peut se poser des questions, voire s'attendre au pire. Encore un gars qui se prend au sérieux avec sa déprime. Il tape juste, au contraire. Avec beaucoup de retenue dans son romantisme. On retrouve la part folk d'un Phosphorescent par moment, cette délicatesse qui va de soi. Des harmonies vocales qu'on a déjà entendu mille fois, comme celles des Kings of Convenience, des gens qui parlent comme sur un "Fitter Happier" (l'influence de Radiohead se ressent beaucoup, tout de même), un peu de tout tant que c'est un poil triste.

Ce disque est la parfaite BO d'un film un peu trop romantique, mais qui marche quand même. Alors, faites vous avoir par Maximilian Hecker, qui frôle le "trop", et tombe dans le beau.

Ca s'appelle I Am Nothing But Emotion, No Human Being, No Son, Never Again Son, ça date de 2010, ça n'a vraiment rien de spécial, mais c'est bien quand même.

samedi 26 décembre 2009

Dark Night of the Soul

Vic Chesnutt est mort, le jour de Noël. C'est un suicide. Alors évitons de tomber dans le "Rest in Peace", et célébrons, après tout, c'est ce qu'il voulait. Parce que Vic Chesnutt, c'est pas n'importe qui. Un adepte du mot "fuckers", un paraplégique insolent qui n'a peur de rien. Un mec inspiré et productif, qui ne s'arrête jamais.
Plus de 20 ans de carrière, de folk indie pop lo-fi ce que tu veux, 20 ans de musique sincère et prenante. Et une quinzaine d'albums. C'est un Elliott Smith plus patient, en somme.
On a juste à dire merci.

West of Rome (1991)

Son deuxième album, très folk pop, tout bête. Une voix éraillée qui rentre dans la tête, et des "latent/blatent" qui reviennent en boucle. Des complaintes folk renversantes ("Miss Mary" ou le titre éponyme, "West of Rome"). Des albums comme on en a plein, et qui, bien qu'ils se ressemblent tous un peu, ont une particularité, une petite chose qui fait qu'on y revient toujours. La particularité ici, c'est la voix et la spontanéité, comme un certain Bob Dylan.

Le mot de passe sera "eldorado".

Il y a aussi Is the Actor Happy de 1995 The Salesman and Bernadette de 1998, si tu veux, parce qu'on fait un bond dans le temps.

North Star Deserter (2007)

Vic Chesnutt a inventé le folk post-rock. Ce disque, il le fait avec des membres de A Silver Mount Zion, autrement dit des anciens de Godspeed You ! Black Emperor, et un ancien de Fugazi. Oui, le post-rock de Godspeed et le punk straight-edge de Fugazi ça va pas ensemble, mais le résultat parle de lui-même. C'est même complètement post-rock sur "Debriefing", mais pas chiant. Vic Chesnutt a inventé le post-rock non-ennuyeux. Les chansons folks prennent alors une autre dimension, portée par les cordes comme sur "You Are Never Alone". Là prend toute la puissance du folk, ça fait chialer, simplement.


Dark Developments (2008)

Vic a habité à Athens, Georgia, la ville d'Elephant 6. Pas étonnant qu'il ait travaillé avec des groupes du label. Comme Elf Power par exemple, sur ce disque. On retrouve la simplicité d'Elf Power et la voix triste de Vic sur des ballades basiques et agréables, et des chansons plus allantes. Du Elf Power avec une autre voix, en fait. Ca peut pas être mauvais. Dommage qu'il n'y ait pas cette nostalgie qu'on trouve habituellement chez Elf Power, ce côté pop en quête du passé, même si la voix de Vic Chesnutt ne se prête pas trop à ce registre. Un excellent album tout de même, faut pas déconner.


At The Cut (2009)

Il a remis ça avec A Silver Mount Zion, et Guy Picciotto de feu Fugazi.. Et par la même occasion, il a signé un des disques les plus tristes de 2009, avec Antony & the Johnsons. Bah oui. At The Cut est un album lent, sur le fil, d'une profonde tristesse et donc beauté. Avec ces montées de cordes qui arrachent les larmes, avec cette douleur dans la voix, quelques notes de piano sur "Chain" qui en rajoutent, des paroles d'une tristesse toute aussi profonde, parlant de suicide.
Ce At The Cut est comme la plus belle lettre d'adieu.

When you touched a friend of mine I thought I would lose my mind

But I found out with time that really, I was not ready, no no, cold death

Oh death, I’m really not ready.”