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dimanche 15 mai 2011
Daydream Nation.
Atari Teenage Riot incarne un des plus beaux paradoxes de la musique punk. Qu'importe le nom qu'on lui donne, cette musique, c'est la révolte. Punk, hardcore, punk-hardcore, ou comme le dit Alec Empire lui-même, Digital Hardcore, ce n'est qu'une dénomination pour une musique profondément engagée, destinée à retourner les institutions, dénoncer la brute et les gouvernements, les méchants et la censure. Si l'on s'attarde sur le discours d'Atari Teenage Riot, on a très vite envie de rigoler discrètement. Les beaux discours, les grands "too much government control !", tout cet anarchisme bon enfant comme la plus belle des révoltes d'un adolescent, pétant son Atari pour défier la société de consommation.
Sauf qu'Atari Teenage Riot en a lancé, des émeutes. A Berlin, notamment, pendant une techno parade sur un char. Et voir Atari Teenage Riot en concert, c'est oublier toute la naïveté du discours, c'est lever le poing en l'air sans raison, comme crier "nique la police" à un concert d'NTM. Parce que leur musique a toute la puissance de la révolte. C'est la fougue haineuse de l'adolescence qui s'exprime par les voix saturées par des filtres, les riffs faciles mais ravageurs, et le tempo épileptique des titres. Atari Teenage Riot est résolument premier degré. Pas de place pour l'ironie. Le discours transpire d'une sincérité frappante, même douze ans après la bombe 60 Second Wipeout et ses ravages dans les cours d'école, quand tout le monde hurlait "Revolution/Action !".
Bien sûr, le temps s'est écoulé depuis. Atari Teenage Riot avait implosé après la mort de Carl Crack, d'une overdose, après la tournée Fragile de Nine Inch Nails. Atari Teenage Riot avait tout brûlé sur son passage, et Hanin Elias avait achevé le monstre avec ses éternels désaccord. Alec Empire s'enfuira, sortira des substituts d'ATR sous son nom, avant de s'apaiser sur le somptueux The Golden Foretaste of Heaven, déclaration d'amour aux gens et aux machines.
Alors quand ils ont annoncé un retour, avec Nic Endo et CX Kidtronix en lieu et place de Carl Crack, c'était le doute qui prédominait. Nic Endo se contentant de reprendre les parties d'Hanin Elias. La tournée avait mis tout le monde d'accord, Atari Teenage Riot était toujours aussi présent, et la violence les portait toujours.
Alors un nouvel album, dix ans plus tard. Les engagements demeurent, la musique évolue. La recette de base reste la même, mêler au punk et au hardcore des bases techno, ne jamais ralentir, et crier le plus fort possible. Mais l'absence de compromis totale du passé a laissé la place à quelques petits détours presque apaisés. Et il est là, le problème. Avant, il n'y avait aucun répit, aucun temps pour souffler et écouter. Trop occupé à secouer la tête pour écouter les paroles et se retrouver en dissonance avec le discours. Les ralentissements d'Is This Hyperreal ? troublent parce qu'ils mettent en exergue le paradoxe de la musique d'ATR. Atari Teenage Riot semble un peu trop apaisé pour faire renaître la violence indécente des premiers albums dans les cœurs de rebelles enfouis sous une couche de cynisme. Mais cette perpétuelle révolte reste le moteur du groupe, et tant qu'ils ravagent tout sur leur passage avec cette spontanéité, on leur pardonnera.
Atari Teenage Riot revient avec Is This Hyperreal ? sur leur label, Digital Hardcore, comme un dernier disque pour nous raccrocher à notre adolescence.
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dimanche 9 mai 2010
La route de la surdité.
Atari Teenage Riot - Le Grand Mix, Dimanche 9 mai 2010
Ce blog s'appelle "Brainfeeders & Mindfuckers". Si le premier terme est une référence explicite à Flying Lotus et par extension au label Warp, le second s'inscrit dans la volonté de Vianney et moi-même d'éviter toute limite. Il n'y a pas de ligne éditoriale. Il n'y a rien dont on n'ose pas parler musicalement. De la musique classique à l'extrême violence, aux "mindfucks", ces moments étranges où le cerveau se déconnecte, où un fusible lâche et l'inhibition s'évapore. Et il s'avère que je rentre à l'instant d'un des plus beaux "mindfucks" de mon existence.Sur ma route de la surdité, à chercher le "mindfuck" ultime, il y a eu A Place to Bury Strangers au premier rang, les yeux écarquillés quand Oliver Ackerman arrache d'un seul coup, à la main, les six cordes de sa guitare. Il y bien sûr eu Autechre et sa violence dévastatrice et déstructurée dans le noir total. Il y a eu Sunn O))), un concert physique qui purifie l'âme. Et l'apogée fut sans aucun doute My Bloody Valentine et ses décharges sismiques. Il fallait donc continuer ce chemin. Je n'ai pas encore d'acouphènes, alors autant défier le destin.
Atari Teenage Riot donc, pas de la musique de mormon. Stroboscopes à toute vitesse et sans interruption. Il faut à Alec Empire moins d'une minute pour se retrouver torse nu, à haranguer la foule, serrant le poing et tendant son micro vers les personnes déchainées devant lui. Il se bat contre des personnes fictives, coups de pied, coups de poing, sans arrêt ! Pas un moment de répit. Les trois allemands sont complètement possédés et balancent des beats à toute vitesse sous des flots continus de bruits et de hurlements. Il y a parfois des semblants de mélodie.
Il y a dans le Digital Hardcore de ATR quelque chose assez proche du hip hop. Un groove qui fait bouger les bras d'arrière en avant. Mais un groove diffus, caché derrière un déluge sonore.
A un moment, Alec Empire saute dans la foule. Il lance lui même le mouvement et toute la salle se met à se bousculer. Du haut de mon mètre soixante-quatre, j'ai eu le privilège de me faire bousculer par Alec Empire, j'ai croisé son regard. Un regard noir, plein de haine. La preuve d'un être possédé et complètement impliqué dans ce qu'il chante, ce qu'il hurle. Il croit encore complètement en ce qu'il fait.
Ce soir, sur France 2, il y a le film d'Inarritu, Babel (France 2 le diffuse en VF et casse tout le film donc, basé sur la compréhension et la multitudes des langages, mais passons, et vive Arte). Une des scènes de ce film est une réussite absolue. La jeune japonaise sourde se retrouve en boîte de nuit. Entre le silence pesant de la caméra subjective et l'ambiance dithyrambique des plans d'ensemble, le mouvement est perpétuel. Le silence et le bruit s'enchevêtre dans un raz-de-marée de couleurs et d'éclairages. Un concert d'Atari Teenage Riot est un peu semblable à cette scène. La musique porte tellement qu'elle disparaît presque complètement. Reste ces lumières qui tournent sans arrêts et font que tous les mouvements semblent au ralenti.
Un des concerts les plus intenses jusqu'ici. Une expérience scénique à vivre. Une vraie perte des repères, comme une crise d'épilepsie. Dans la voiture, j'avais beau monter le son de l'autoradio sur mon album des Young Gods, ça semblait un peu mou.
Alec Empire, à la fin du concert, tapera dans les mains de toutes les personnes en première ligne. Une heure après le concert, il écrira sur son twitter : "super nihilistic show tonight. total destruction. that's what it feels like. fuck yeah. release all the rage, the beast reigns".
Je ne peux qu'approuver, et je vais me chercher un aspirine.
La photo (qui n'est pas du concert de ce soir, mais de celui d'Amsterdam) a été honteusement piquée sur le Flickr de Ekeim.
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mercredi 14 avril 2010
L'empire conte-attaque.
Il faut souffrir pour ensuite savourer en musique. Plusieurs exemples me viennent en tête. Pour prendre en pleine tronche le concert d'Eiffel hier, j'ai dû subir Da Silva et ses rimes foireuses au possible sur mélodies sirupeuses ("mes troubles en eaux troubles", "la est vie terrible mais les journées sont si belles" et autres horreurs). Ce matin, je me suis coltiné en entier l'écoute du nouveau Broken Social Scene. A part le premier morceau, c'est chiant à mourir. Mais je remercie quand même Broken Social Scene, car grâce à ça, je savoure pleinement la discographie d'Alec Empire.La German Touch. Alec Empire ressemble à une version teutonne de Trent Reznor. Il a fait la première partie de NIN d'ailleurs. Alec Empire a fondé Atari Teenage Riot. Déjà, avec un nom tel, ça peut que être bien. L'Atari, c'est la console ultra vintage. "Teenage Riot" c'est la meilleure chanson du monde. C'est Sonic Youth, c'est normal. Avec son groupe, il a inventé le digital hardcore. Un truc rapide, sauvage et mécanique. Avec des boucles de brute.
Atari Teenage Riot s'est, en plus, reformé et passera à Tourcoing. Il a écrit : "preparing Atari Teenage Riot live set. feels special to load original samples from 1992. this stuff doesn't age, zeroes and ones.still LOUD". Autrement dit, on va faire fumer les tympans.
Alec Empire a aussi une carrière solo géniale.
Atari Teenage Riot - 60 Second Wipeout (1999)
Une pochette digne d'un Street Fighter. Ca donne envie de se battre en fait. Une sorte de musique épileptique complètement sauvage et sans concession. L'album canonique de digital hardcore, avec le morceau canonique de digital hardcore : "Revolution Action". Une musique d'émeute. Les voix sont compressés et saturées. On reconnaît parfaitement la voix de M. Empire, trafiquée comme il le fera toute sa vie. Mais une nana, Hanin Elias qui n'a pas à faire la modeste au niveau des hurlements. Des coups de cymbales à toute vitesse qui peuvent faire rougir Aphex Twin. Pas un morceau n'a un tempo inférieur à 220 je pense. Le Digital Hardcore mélange la techno, un gros boum boum continuel avec le hardcore. Imagine Minor Threat mélangé avec les vieux brulots technos. C'est sauvage, c'est allemand.Alec Empire - Intelligence & Sacrifice (2002)
On pourrait vraiment croire avoir à faire à Trent Reznor avec cette pochette. C'est pourtant Alec Empire. Mais la similitude ne s'arrête pas à la tronche des deux gars. Parce qu'Alec Empire ralentit un peu le tempo et balance de l'indus. C'est plus malsain, plus lent. Il y a plus de machine. Le culte "Path of Destruction" est un déchaînement de violence après une intro gentillette à l'orgue. On trouve quand même des purs morceaux digital hardcore, peut-être moins "simplet" que ceux d'Atari Teenage Riot. En fait, en deux disques, Alec Empire fait tout ce qu'il aime : il exorcise sa violence sur le premier. Et il canalise sa rage et fait du bruit numérique, pas si loin d'une IDM bien abstraite, sur le second. Et surtout, le premier morceau du second disque, au doux nom de "2641998" est une tuerie noise/indus de 30 minutes. Un truc à la Merzbow à écouter au casque.Pas étonnant d'ailleurs qu'il ait bossé avec Masami Akita, aka Merzbow. C'est un live au CBGC en plus.
Dans la plus pure veine digital hardcore, avec un poil plus de guitare, et moins sauvage, il a sorti Futurist en 2005. C'est presque devenu du punk mais "Kiss of Death" soulage quand même.
Alec Empire - The Golden Foretaste of Heaven (2008)
Avec tout ça, on croirait qu'Alec Empire n'est qu'une brute pleine de testostérone qui ne sait que faire du bruit. En même temps, c'est ce qu'on cherche quand on colle un album d'Atari Teenage Riot ou d'Alec Empire dans la platine. En 2008, je téléchargeais ma tournée annuelle de rage. Et là... C'était un peu "qu'est-ce qui lui est arrivé ?". Comme si il était amoureux, qu'il avait eu un gosse ou pris un coup de vieux... Où est la colère qui rugit ? Il a gardé sa voix trafiquée mais la dépose maintenant sur une musique électronique complexe et entraînante. "New Man" est une des meilleures chansons de 2008. C'est étrangement calme et posé. On est bien loin du digital hardcore du début. Des grosses nappes électroniques. De l'electro facile et rock avec une voix. Bien sûr, il maîtrise toujours aussi bien le beat. L'album interloque la première fois, mais s'impose très vite. Et c'est un des trois meilleurs albums de 2008 (avec The Walkmen en tête, et je sais plus qui en deuxième). Il y a même des chansons tristes, qui prouvent qu'Alec Empire est un musicien talentueux autant qu'un sauvage anarchiste qui ne fait qu'hurler dans un micro.
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