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jeudi 18 août 2011

Secret society


Sous ce nom intriguant ce cache un artisan suédois, touche-à-tout et multi-instrumentiste talentueux, perpétuant la tradition de la pop-folk psychédélique en y ajoutant sa touchante touche personnelle. Songwriter doué, c'est dans son petit studio aux motifs fleuris 60's qu'il donne naissance à ses chansons, au milieu des fantômes des Beatles, de Syd Barett, Kevin Ayers... il fait tout lui-même, de la guitare à la batterie, à l'illustration de la pochette.
A ce jour, Dear Adrenaline (2006) est le seul album qui semble être sorti. Joel Fridlund reste discret.

vendredi 24 juin 2011

L'insoutenable légereté de l'être.


Dan Boeckner et Alexei Perry sont de joyeux trentenaires. Ils sont ces gamins des 80s, trop jeunes pour avoir pleurer sur les Smiths et déprimer sur Joy Division. Du coup, ils ont été élevé au son des nineties, avec une amertume au fond de la bouche, ne jamais avoir vécu les danses synthétiques en temps réel, ne jamais avoir fait de soirée indus dans des hangars, ne jamais secouer leurs corps sur des rythmes épileptiques. Dan Boeckner et Alexei Perry ont, ancrée en eux, la mélancolie du kitsch.

Et si l'on cherche les racines de ce terme allemand, on trouve par exemple une citation du tchèque Milan Kundera : "Le kitsch, c'est la négation absolue de la merde". Être kitsch, c'est être tellement daté qu'on ose plus vous regarder. C'est porter une veste en mouton retourné, c'est pleurer les paillettes et s'extasier devant un tapis en forme de tigre. Chacun a son kitsch, chacun y fait son marché, chacun détaille ce qui est tellement "à oublier" qu'il en devient dérangeant. La "merde" devient alors provocatrice, elle explose les standards parce qu'elle s'assume. C'est la toute la force du kitsch, transformer les plus laids des complexes en force destructrice.

Handsome Furs en avait des complexes, sur Face Control. Album indie d'excellente facture, où Wolf Parade s'immisce souvent. Une musique bien sérieuse, avec les sourcils froncés et Boeckner qui se bat pour réprimer ses instincts eighties. Il se bat pour réfréner ses envies de synthés. Handsome Furs complexait sur son grand amour du kitsch. Handsome Furs préférait se cacher, rester dans l'ombre de l'indie à guitare pour que personne ne voit ce nez trop grand, ces poils mal placés ou même ces fesses trop grosses pour les bouger réellement sans se sentir mal à l'aise.

Et deux ans après, comme s'ils avaient terminé leur crise d'adolescence, les deux enfants d'Handsome Furs font tomber les voiles. Ils se montrent nus, à poil, avec tous leurs défauts devant. Ils assument enfin leur amour des synthés ridicules, de la pop mélancolique trop romantique. Ils assument enfin de s'appeler "les fourrures magnifiques", et font leur musique en conséquence. Une musique qui à toute la force du kitsch. Il y a un côté Xiu Xiu dans cette fougue 80s, les expérimentations mises à part. Et finalement, c'est toute la force de la pop qui explose : une naïveté enfantine et dansante pour faire de l'ombre à un côté sombre.

Handsome Furs met en avant ce qu'il essayait de cacher auparavant sur ce Sound Kapital qui sortira le 28 juin chez Sub Pop. Ou quand l'amertume devient pétillante.

jeudi 23 juin 2011

A lovely day


4 ans après le court épisode The Clears, le petit Shelby n'avait toujours pas grandi, bien au contraire. Fils caché de Daniel Johnston et amateur de kitscheries, il sortait en 2001 son Cloud Wow Music, qui rappelle son père spirituel, tant par sa légèreté enfantine que par ses talentueuses compositions. Ce qui n'empêche nullement au personnage de trouver sa propre voie entre rêveries et amusements.

Cloud Wow Music est un album qui vous veut du bien ; une pop classieuse avec un petit grain de folie qui fait sourire et berce les petits soucis du quotidien.

samedi 11 juin 2011

H'artbeat

En 1978, Louis Thomas Hardin sort ce qui pourrait être ses enregistrements "pop" ; 10 poèmes accompagnés au piano et enregistrés en Allemagne fraîchement adoptée. Le Viking de New-York s'était toujours senti plus proche intellectuellement de l'Europe que de son Amérique natale.

H'art Songs est une collection de chansons touchantes et contrastées, d'amour et de mort, d'espoir et de révolte, d'humour et de gravité, d'imagination et de réalité.
Moondog est un Maître aux multiples visages dont H'art Songs n'est qu'une facette parmi d'autres de son œuvre fascinante.

samedi 7 mai 2011

Space invaders


En 1996 si je ne me trompe, on avait pour la première fois à la maison, avec un peu de retard, un lecteur CD. Un petit lecteur portable très basique radio/k7/CD. C'est aussi l'époque ou je commençais vraiment à mettre la tête dans la musique et à découvrir pleins de groupes chouettes, notamment grâce à l'émission radio "Ketchup & Marmelade".
C'est donc armé de mon argent de poche qu'un beau jour, à la sortie du collège, je me dirige à la FNAC pas loin, m'acheter mon tout premier CD. Un groupe que j'avais entendu 3/4 fois à la radio et qui me plaisait bien, un truc brit-pop mais un peu plus barré et original que ce que je pouvais écouter alors.

Spiders est un album riche, surprenant, varié et entrainant, qui contient quelques unes de plus belles perles de la pop britannique (Female Of The Species, Dark Clouds...). Une formule qui laisse bonne place aux arrangements synthético-électroniques, à l'humour et à une certaine classe ; on y sent beaucoup d'influences diverses habilement traduites : rock, punk, hip-hop, électro...
Un grand disque, unique en son genre, un achat que je n'ai jamais regretté.

mercredi 4 mai 2011

Cannibal Holocaust.


Appelons ça le "syndrome Corinne". Et détaillons. D'abord, il y a un groupe anglais, sûr de lui, qui jouit du succès de Nights Out. Metronomy a une ambition, mêler pop et musique électronique, projet louable en soi, bonne idée même, qui peut mener à quelques franches réussites (pensons par exemple à Bibio et son Ambivalence Avenue). L'autre ambition de Metronomy, c'est de remettre la guitare basse et les basses en général au centre de la musique. Le projet est ambitieux. Autrement dit, Metronomy veut refaire de la pop comme dans les années 80 avec les moyens de 2011. Pourquoi pas.

Prétention pop mal placée, Metronomy ajoute à sa salade des voix un peu niaises sur des mélodies pas franchement rafraichissantes, novatrices ou même efficaces. Quelques bons espoirs naissent, avec des "The Look" ou des "The Bay" presque inspirés. Le reste demeure dans sa médiocrité. On ne s'y dandinerait même pas. "She Wants" a son envolée efficace et provoquerait presque un mouvement d'hormones autour de l'oreille. Mais sinon, calme plat dans les neurones. L'illumination est bien loin. Les chansons sont comme un papier peint des années 60. C'est intéressant, mais personne ne mettrait ça dans sa chambre aujourd'hui. Les couleurs pastel et les cercles qui s'emboitent, jamais ! Avec les moyens d'aujourd'hui, Metronomy sent la poussière déjà digérée.

Mais il y a "Corinne". "Corinne", c'est le péché que Metronomy essaie de cacher, ce côté décomplexé sans ambition, juste bon enfant, avec les synthés de "Enola Gay" et une ligne mélodique simple comme un tube de l'été. Un refrain rentre-dedans impossible à se sortir de la tête. "Corinne", c'est l'histoire d'une fille qui serre le cœur, tellement forte et gracieuse quand elle danse qu'on ne peut lui résister. On baisse les armes face à elle. "Corinne", c'est le résumé de l'album de Metronomy. Le groupe se bat, encore et encore, contre son démon "Corinne", à trop enjoliver d'artifices ses chansons et en oublier la moelle vitale :
"She just wants to dance all the time".

"Corinne" a tout compris, pas Metronomy. C'est le titre cheveu sur la soupe du disque qui se révèle comme le meilleur. Le reste n'est que prétention inutile et tentative de révolution par un groupe qui n'a pas le talent pour faire autre chose que des tubes de l'été.
Au final, "Corinne" cannibalise tout l'album, The English Riviera n'existe plus que par cette chanson. Même plus d'envie d'écouter le reste pour être sûr de ne rien manquer. C'est "Corinne" qui nous obsède, rien qu'elle qu'on veut, encore et encore.

Metronomy n'aurait jamais dû tenter de masquer ses vieilles envies 80s et se laisser porter par le souffle de "Corinne". Ils sortent quand même The English Riviera chez Because Music, mais ça fera cher pour un single.

jeudi 14 avril 2011

Under African Skies.

En 1986, Paul Simon sortait son chef-d'oeuvre absolu, Graceland. Enregistré entre Johannesburg, Londres, New York et Los Angeles, ce disque propulsait ce qu'on catégoriserait vulgairement de world music plus tard en haut de l'affiche. Dans Graceland, il y a la chaleur de l'Afrique, les chœurs des gourous et la danse de la pluie. Graceland est beau comme un orage l'été. Cet album est à la fois léger et possédé. Alors que Paul Simon sort un So Beautiful or So What en 2011, Noah Lennox, toujours planqué derrière le nom de Panda Bear, sort son Graceland.

Déjà chez Animal Collective, Lennox laissait poindre quelques digressions vers le berceau de l'humanité. On imaginait parfaitement la savane sur "Brothersport". Mais, disons-le, Animal Collective s'est un peu court-circuité par son implacable tendance à l’expérimentation, devenue quasiment vaine. A force de vouloir ajouter des couches à sa musique, les quatre animaux se sont perdus dans une forêt trop dense, oubliant leurs cris magiques sur Feels et Strawberry Jam, et la liberté totale d'un Here Comes the Indian ou d'un Danse Manatee. De Merriweather Post Pavillion, album agréable s'il en est, on retiendra surtout "My Girls" et "Brothersport". Et c'est loin d'être un hasard, car si on dénude un peu ces titres, on obtient du pur Noah Lennox. Voix fondues dans le décor par la reverb, motifs de synthés simplissimes mais profonds et surtout, une répétition des mélodies encore et encore, amenant à un apogée, une sorte de sommet venu de nulle part et jamais entendu.C'était exactement la construction de "My Girls", qui s'écartait d'un coup de sa construction tribale pour exploser d'un refrain inoubliable.

Tomboy continue sur la lancée de ces deux titres. Noah Lennox met de côté ses expérimentations inutiles, se concentre sur le son, noie sa voix et pose un rythme simple et tribal pour que ses incantations décollent et remuent la terre. Comme Graceland, c'est un album imprégné d'Afrique, où l'on entend les pieds nus frotter le sable ocre, on s'éblouit en regardant un soleil imaginaire. Ce n'est pas l'Afrique en elle-même qu'on entend, mais l'Afrique imaginée par ses américains. Paul Simon y voyait des diamants sur des semelles, Panda Bear y voit d'autres motifs, peut-être moins alambiqués et qui ne resteront pas plus qu'une saison, mais sa musique est aussi sincère et prenante que celle de Paul Simon.

Panda Bear sort son Tomboy le 12 avril chez Paw Tracks. Ce n'est peut-être pas le chef d'oeuvre qu'était Graceland, mais il rêve de la même musique, une musique sans frontières.

jeudi 7 avril 2011

Blake égaré


Refaire ce qui a déjà été fait peut-être parfois agaçant, en particulier lorsqu'on a l'impression d'entendre une copie grossière qui a tout de même la prétention de vouloir égaler ses géniteurs. Mais parfois on peut avoir de bonnes surprises, car comme toujours, au final, c'est le talent qui compte. On ne reprochera donc pas (surtout pas !) aux Junipers de dépoussiérer les tiroirs 60's, après tout ils font ce qu'ils veulent, et ils le font bien. Leur unique album, sorti en 2008, est un hymne à la pop. C'est pas révolutionnaire, mais c'est sacrément beau.
A quand la suite ?

dimanche 27 février 2011

Did I Step on Your Trompet ?

Aller, juste avant de m'absenter une semaine dans les montagnes, une petite mise en bouche. Parce que Danielson vient de sortir un nouvel album, et que c'est de toute beauté, dévergondé, terriblement sincère et prenant. Parce que ça me rappelle les grandes années d'Elephant 6.
Et ça tombe bien, la Blogothèque vient de faire un concert à emporter avec eux. Voilà de quoi saliver, la chronique arrive la semaine prochaine.


Danielson | Daughters Will Tune You | A Take Away Show from La Blogotheque on Vimeo.

Vous inquiétez pas, le nouvel album est aussi bien que ça.

jeudi 3 février 2011

The Party.

Il fallait oser faire ça, aujourd'hui. Aller au plus profond du mauvais goût pour faire jaillir la coolitude la plus classe du monde. C'est de ça qu'il est question, de laisser s'envoler les réserves obligatoires, les doutes, et de faire confiance aux basses et aux synthétiseurs pour se faire emporter vers des contrées acidulées et bien trop dégoulinantes pour être digestes. A un tel point qu'on en aurait presque honte.

Hercules & Love Affair, c'est comme une soirée où on ne veut pas aller. Parce qu'on n'y aime personne, qu'on n'y connait personne, que les gens seront trop occupés à boire et flirter pour simplement vous remarquer. Mais, une fois qu'on a surpassé cette peur bien humaine, il s'agit de se fondre dans la masse et de se laisser aller. Non, il n'y a rien d'objectivement bon dans ce tourbillon d'échos et de clichés. Alors, dans cette soirée imaginaire, on se retrouve à danser, alors qu'on ne se trémousse jamais, histoire de garder une consistance. Et peu à peu, au fil des chansons qu'on dénigre d'un regard plein de hauteur, toujours en dansant, on se prend au jeu, on glisse dans l'oreille de sa voisine un "j'adore cette chanson !". C'est comme nos grands tubes des années 90. Les "What is Love" d'Haddaway ou les "Freed From Desire" de Gala. Ces chansons aussi colossales que mortes-nées. Et, de déhanchements en déhanchements, on se retrouve au petit matin, épuisé.

Et le sentiment est mitigé. Il y a ce sévère recul, qui remet en question toute la soirée, se disant qu'on a été d'un profond ridicule. Et de l'autre côté, cette euphorie matinale qui désagrège toute sorte de fatigue. Comme si on en voulait encore. Dans ce questionnement profond, on ne sait plus trop qui on est, comme ivre d'heures d'oubli de soi, où l'esprit dépossède le corps à grands coups de grooveries magnifiques, et ridicules.

Alors oui, il fallait l'oser, ce condensé de mauvais goût. Mais, au-delà de toute critique objective, il fait parfois bon de laisser ses épaules dodeliner au son du Blue Songs d'Hercules & Love Affair, qui est sorti très récemment chez Moshi Moshi. Diablement dansant, à un tel point qu'on aurait presque honte de se faire avoir.

mardi 1 février 2011

Patate ?


Des pom-pom girls qui dans un élan de démence hurlent des lettres à la signification obscure, David Lynch prend possession de votre zapette et dans votre terreur, pourtant... vous riez. C'est le grand huit en slow-motion à côté de Mickey qui vous fait cet effet. Le paradis vous brûle les pieds car dans votre assoupissement vous avez glissé dans la cheminée et c'est la tête dans les nuages que vous vous réveillez en sursaut sous les applaudissements de la foule. Ouf ! Juste à temps pour l'apéro. Vous allez ouvrir à votre voisin qui désespère à la sonnette, un pack de bière à la main, avant de retourner, les pieds dans l'évier, vous installer dans le fauteil de votre aquarium du 7ème étage : "Et si on faisait un Mario ?".

Le mystère quant à la prononciation de ce nom (a.P.a.t.T) reste entier, mais une tournée française prévue en mars avec Gregaldur devrait offrir la réponse.

vendredi 7 janvier 2011

Wild at Heart.

Brouiller les pistes, comme d'habitude. Voir que Deerhoof s'attaque au Mal, au diable, c'est source de nombreuses questions. D'autant avec cette pochette étrange, entre l'affiche d'un combat de catch et un artwork de groupe de metalcore emo... Étrange.
Mais pas tant que ça, en fait. Parce que Deerhoof est un groupe d'aventuriers sonores, comme pouvait l'être Deerhunter, comme l'est Jamie Stewart, Sonic Youth et d'autres groupes nés dans les années 90. Il faut l'imaginer, cette bande de quatre trublions, s'équiper. Serrer les sangles et se lancer dans le vide d'un nouvel album.

Cette fois, ils ont fait table rase de ce qu'il y avait avant. Un album sûrement enregistré dans une cave de San Francisco, qui est produit, mixé, enregistré par le groupe seulement. Sans aucun intermédiaire. Sans aucun intervenant extérieur.
Donc Deerhoof défie le Malin de manière frontale, sans aucune aide extérieure, sans aucun conseil d'un quelconque druide. Ils s'en vont juste avec leurs armes, dans une quête délurée. Sans aucune peur au ventre. Et, alors qu'on pourrait s'attendre à un indigeste rapport de force tout en tension, Deerhoof tente d'intimider le Mal, comme Orphée charme Cerbère. Outre les volutes d'expérimentations habituelles du groupe, à l'instar d'un Stereolab ou d'un Broadcast, Deerhoof s'élance dans des comptines pop, pleine de candeur, mâtinée de riffs digne de Dinosaur Jr, de refrains imparables, de volupté kitsch et d'envie enfantine. Le tout porté par la délicieuse voix de Satomi Matsuzaki.

Tout est une question d'enrobage. Deerhoof brouille ses pistes, Deerhoof ne veut pas que l'on retrouve sa trace facilement. Mais ce qu'ils font, c'est de la pop, du mieux qu'ils peuvent. Sans aucune volonté de révolutionner quoique ce soit. Juste comme ils le sentent. Ils y vont comme ils défient le Mal. Pour s'amuser, avec le sourire. Un petit conte de fée donc, que l'on pourrait psychanalyser longtemps, mais ce serait se fourvoyer. Un petit conte de fée qu'ils continuent de transmettre; la tradition orale le veut, comme si rien n'était figé, et que tout pouvait bouger au dernier moment, sous l'impulsion incontrôlable d'un des membres. Deerhoof, c'est l'impétuosité du chat botté et le courage de Cendrillon, c'est la beauté de La Belle au Bois Dormant et la folie des sept nains. Un glorieux mélange imprévisible et imparable.

Les aventuriers de Deerhoof rechaussent les boots de randonnée cette année, avec un magnifique Deerhoof vs Evil qui sortira sur le super label Polyvinyl Records. Et ils reviennent de leurs aventures imaginaires avec un folklore bien à eux, et fascinant.

mardi 4 janvier 2011

High Fidelity.

Rappelez-vous il y a quelques années. Oui oui. Cette fille rencontrée à une soirée quelconque. Ses premiers mots avaient été quelque chose comme "elle est vraiment naze cette musique".Un sourire jaune et vous aviez répondu "ouais, j'ai fait la playlist". Elle aura rougit mais ne sera jamais revenu sur ses dires. N'empêche que la conversation était engagée. Vous vouliez savoir ce qu'il y avait derrière cette fille assez jolie, un peu trop mince, un peu trop pâle, qui porte la frange même si ça ne lui va pas, comme par principe.
Elle vous balance un définitif "moi j'aime bien Bright Eyes, je les ai découvert dans The OC. Les Libertines aussi. Ah et j'adore les Kills !". Intrigant.

Dans un élan de bonne volonté, vous essayez d'expliquer gentiment pourquoi les Libertines c'est nul. Que Pete Doherty a du charisme rien que parce qu'il est sale. Que c'est un groupe pour fille qui ne fait rien qu'à copier les Clash. Elle dira "ah oui j'aime bien les Clash aussi". Toujours plein de générosité, vous commencez à expliquer que dans cette musique indie, il y a beaucoup plus que ces quelques groupes mainstream, que vous aimez bien à part les Libertines. Et il y a deux semaines par exemple, vous avez découvert les Smith Westerns. Un groupe de lo-fi pop qui fait des tubes/hymnes niais mais trop cool. Purement 70s, qui rappellent les Beatles et T-Rex. Qui fait danser les épaules et tout le tintouin.
Elle n'a pas l'air de s'en soucier. Alors vous lui promettez de lui envoyer un moyen d'écouter le disque. Sûr qu'elle aimera.

Les retours sont excellents. Oui, elle aime cette candeur. Même si votre playlist était pourrie, vous avez gagné une certaine légitimité indie. Vous lui expliquez que grâce aux Smith Westerns, on peut briller en société, on peut frimer parce qu'on connait des groupes que personne ne connait, et ainsi de suite. Elle s'en moque. Elle se demande si "Dance Away" ne ferait pas une bonne chanson pour Gossip Girl. Ouais, sans doute.
Au concert des Kills dans les semaines qui suivent, où vous l'avez convié, pas invité. Vous concluez finalement. Mais vous savez très bien que ce sera éphémère comme tout. Ça ne durera pas longtemps, non, ce sera agréable mais court. Mais ce sera cool. Comme les Smith Westerns.

Les Smith Westerns récidive en 2011, signé chez Fat Possum avec Dye It Blonde, après un premier album ravageur. Et c'est cool, pas plus, pas moins.

dimanche 28 novembre 2010

To the bastard sons

Aujourd'hui, rendez-vous avec quelques enfants cachés de la lo-fi...

Les premiers sont suédois et sortent de temps en temps quelques albums à l'abri des regards en peu d'exemplaires sur des petits labels locaux. Une immersion au pays des lapons, un retour aux sources, à la nature. La musique de Leafes est chaleureuse, chose rare pour un groupe de nordiques. "In The Mountain's Belly" est sorti en 2008, c'est leur dernière sortie en date et je croise les doigts pour en entendre d'autres.


Le deuxième vient d'Édimbourg, on reste dans le nord donc mais ambiance plus urbaine cette fois-ci. Avant sa renaissance 8-bits, Enfant Bastard a produit des albums de pop-folk lo-fi sincère et un peu barrés dont le "best" est regroupé ici. Ça fait penser à plein de trucs comme Marshmallow Coast, Deerhunter, Violent Femmes et Jeffrey Lewis.

jeudi 18 novembre 2010

It's a wonderful life


Après tout on connait surtout l'optigan au travers de Sparklehorse, une sorte de piano avec accompagnements sur disques qui donnent un côté un peu retro.

Rob Crow

Agréable découverte, d'abord au travers de Heavy Vegetable, groupe de post-noise dans les années 90, puis dans Pinback dont j'ai entendu parlé plusieurs fois indépendamment du groupe précédent et qui font dans l'indé de bonne qualité. C'est lastfm qui m'a intrigué, j'étais tombé sur Optiganally Yours un jour ou je faisait une recherche sur l'optigan et je retrouve ce groupe en suggestion sur ma page d'accueil, associé à Pinback et Heavy Vegetable alors que musicalement c'est quand même pas la même chose. Ma curiosité m'a amené à un certain Rob Crow, présent dans ces trois projets et biens d'autres : Goblin Cock (stoner décalé), The Ladies (noisy-pop), The Other Men (Heavy Vegetable version 2.0), Thingy... et Rob Crow, en solo.
Exclusively Talentmaker est le deuxième album d'Optiganally Yours et un petit bijou aux multiples facettes. La rencontre de ces accompagnements avec la personnalité de Crow se fait naturellement (il ne s'agit pas vraiment d'optigan sur cet album en fait, mais d'instruments similaires offrant un peu plus de possibilités). Les amateurs de Sparklehorse, Grandaddy, Flaming Lips, etc devraient trouver satisfaction avec ce disque.
Je reviendrais peut-être prochainement sur le cas Rob Crow, sinon ne vous gênez pas pour aller écouter les autres projets.

jeudi 28 octobre 2010

Noblesse Oblige !

"Chacun chez soi, et les moutons seront bien gardés". Ou les poulets ou ce que vous voulez. Ça m'a frappé comme une révélation : le Write About Love de Belle & Sebastian n'est pas bon, il est attachant mais vraiment borderline, proche du gouffre du kitsch. Et, la raison est simple. Stuart Murdoch a essayé de faire du Stereolab. Eh oui. Mais le pauvre, il a raté son coup. Il aurait dû se contenter d'assurer ses mélodies sans instrumentations étranges.

Pourtant, il y en a des parallèles à faire entre les deux groupes. Ils sortent tous les deux des 90s, ils assurent tous les deux une pop colorée et pleine de candeur et de malice. Acidulé sans être indigeste. Facile à écouter sans jamais tomber dans la complaisance (quoique, pour Belle & Sebastian ça se discute, mais je leur pardonne tout). Dans les deux groupes, il y a une voix de femme voilée (Isobel Campbell et Laetitia Sadier). Ils sont dans le culte maintenant, ils ne tomberont jamais dans l'oubli !
Mais finalement, il y a quelque chose d'insurmontable dans cette comparaison. Stereolab a un amour immodéré pour les vieux synthés (et le son kitsch qui va avec). Comme chez Broadcast, il est avant tout question de vintage, d'attachement à un Casiotone comme Bill Gates à ses vieilles cadillac. C'est la fibre même de leur musique, sur laquelle vient se poser les mêmes choses que chez Belle & Sebastian : guitare cristalline et douce voix.
Et c'est là que tout se joue. Stereolab s'éclate toujours comme ça après presque vingt ans de musique. Ils ajoutent quelques boucles de beats mais gardent la même candeur. Stuart Murdoch a essayé d'aller vers ce monde synthétique, décharnant ainsi toute sa pop, la rendant presque ridicule, brisant les souvenirs de certains. Adieu la noblesse de la pop de Belle & Sebastian. Mais de l'autre côté, Stereolab garde sa gaucherie addictive.

Pour conclure avec un autre proverbe idiot, "on ne mélange pas les torchons et les serviettes". C'est ce que la grand-mère de Stuart Murdoch aurait dû lui dire, de pas essayer de faire du Stereolab, parce que Stereolab le fait encore très bien, cette année, sur leur label Duophonic. Ça s'appelle Not Music, et c'est assez approprié, parce que Stereolab n'est plus un groupe de musique, mais une institution.

dimanche 17 octobre 2010

Heal us.




Une nouvelle tendance, un nouveau revival, une nouvelle révolution, une vague, un raz-de marée qui repart aussi rapidement qu'il est venu. La scène indépendante actuelle ressemble parfois à un troupeau qui s'engouffre aveuglément dans la première porte ouverte.
Il y a parfois de bonnes choses, mais souvent on s'ennuie très vite. L'étape principale qu'est la digestion à été zappée, le recul aussi, écartés sans doute par un désir impatient de mimétisme.

Le salut nous vient d'un shaker géant perché sur la lune, propulsant un mélange cohérent de pop, rock, punk, electro, psyché, expérimental avec quelques touches réappropriées de jazz, world, hip-hop même...
Le disque tient la route, la durée, provoque, fait rêver, surprend. Un OVNI sorti discrètement en 2007, deuxième album du groupe The 63 Crayons. On attend la suite...

lundi 11 octobre 2010

Music is for pussys


Bon, c'est mon premier article ici et j'essaierai de poster de temps en temps. Merci Nathan pour ton invitation !

Allons donc faire un tour chez nos amis les écossais pour commencer. Qu'est-ce qu'il s'y passe là-bas ? A première vue pas grand chose nous vient à l'esprit, on peut penser à The Beta Band et puis... et puis quoi ?
Il faut donc fouiller (ou tomber sur le filon SL Records par exemple) pour découvrir une scène peu connue et talentueuse. Le groupe dont il est question aujourd'hui s'est formé dans la deuxième moitié des années 90 et n'a pas vécu bien longtemps malheureusement puisqu'il se sépare en 2000.

Khaya est un trésor caché de la scène indépendante de la précédente décénie, roulant dans la boue des chansons pop avec une énergie qui rappelle les débuts de dEUS, les Pixies, Chokebore... sur des mélodies entêtantes, entre deux eaux.
Is/Are/Was est une compilation de titres et sessions du groupe publiée par SL Records pour les 10 ans de la sortie de leur premier single "Summer/Winter Song", un bon moyen de découvrir ce qu'on a raté.
Aujourd'hui, Dan Mutch, et Pete Harvey, anciens Khaya, forment The Leg avec Alun Thomas, formation plus chaotique et toute aussi géniale.

dimanche 10 octobre 2010

Le Père Noël est une Ordure.

On est encore loin de Noël, de la crèche, des enfants qui jouent avec des nouveaux objets, du père Noël, des doudounes et du foie gras. Mais l'hiver approche, quelques derniers rayons de soleil essaient encore de faire illusion, mais les jours sont de plus en plus court, il fait nuit avant même qu'on l'imagine. Et avec tout ça, après nous avoir bassiner avec Halloween, on aura le droit au fameux "l'Esprit de Noël", avec des majuscules (sans oublier le film du Splendid sur France 3). Il faudra aimer son prochain, lui offrir de belles choses, partager et même communier.

La communion, c'est exactement ce qu'il se passe quand Rebecca Taylor et Charles Watson chantent ensemble. Ça tombe bien, l'an dernier, ils ont sorti un EP consacré à Noël. Ce n'est pas une bêtise comme Bob Dylan (pour la bonne cause, certes, mais ça n'excuse pas tout). Ce n'est pas la naissance de Jesus Christ, mais la fête de Noël elle-même qui est centrale. Un moment de retrouvailles, oui. Et finalement, c'est cliché comme tout, ce que Slow Club propose. Quelques accords de guitare ou de piano, une voix féminine qui se mêle à celle d'un homme. Ils parlent d'amour déçu, d'attente et d'espoir. Mais ce cliché n'est que charme et malice. C'en est même irrésistible quand ils chantent, tout timide, "Christmas TV", qui justifie à lui seul la possession de cet EP.



C'était à Noël l'année dernière, Slow Club sortait un EP sans faire de bruit, Christmas, Thanks for Nothing chez Moshi Moshi. Rien de neuf sous le soleil faiblissant d'octobre (pas même une reprise de "Silent Night" saturée), mais beaucoup de charme à revendre.

vendredi 8 octobre 2010

Give Me The Cure.

of Montreal - Vendredi 8 Octobre 2010, Le Grand Mix, Tourcoing

Et si, finalement, toutes mes analyses un poil trop psychologiques n'étaient que du vent ? J'analyse of Montreal et Kevin Barnes comme le ferait un moustachu devant un divan. La dualité tristesse profonde/joie, toute cette histoire de danser pour masquer la dépression. Et si, finalement, c'était une bien belle erreur ?
La première fois que j'ai vu of Montreal, il y a presque deux ans maintenant, tout était devenu clair. Il n'y avait aucun doute : Kevin Barnes n'était pas qu'un danseur approximatif fournissant du son pour se trémousser, il y avait derrière un mal être profond. Il en donnait les clés d'ailleurs, dans ses disques et dans ses concerts.
Il avait tout mis en place pour faire illusion. Et le concert devenait un spectacle total, où mysticisme, musique et théâtre Brechtien se mélangeaient pour donner un show grand guignolesque extatique, intense et troublant.

Un album plus tard, revoilà of Montreal. La salle est plus petite, ce qui limite les manœuvres impressionnantes à base de costumes. Adieu les ailes d'ange du guitariste, ils sont tous vêtus de blanc, les visages aussi. Ils forment un arc de cercle, laissant la majeure partie de la scène vide. Vide pour seulement quelques instants, puisque Kevin Barnes arrive, en jupe, accompagné de deux "agitateurs" (concept assez génial déjà vu chez les Flaming Lips ou Beck par exemple, des danseurs-amuseurs, qui viennent danser dans le public, miment des assassinats et des bagarres).
Alors, vu que la salle permet moins un grand spectacle, est-ce qu'on aura le droit à quelque chose de plus intense, de plus sobre ? Non, ne comptons pas sur Barnes là-dessus. Vidéos psychédéliques, danses dégingandées demeurent.
Mais voilà, impossible de retrouver cette dualité d'il y a deux ans. Kevin Barnes danse, s'amuse des regards du public. Il est dans sa bulle et s'éclate, le sourire collé aux lèvres en permanence. Plus de chansons dépressives, non. Juste des tubes acidulés pour assurer le tempo, et faire danser les gens. Même après "For Our Elegant Caste", derrière laquelle on attend le sublime "Touched Something's Hollow". Et... rien. Juste un "merci". C'est là que j'ai compris. J'attendais Barnes nu, il est venu déguisé.

Alors soit je me suis planté sur toute la ligne, et Kevin Barnes n'a jamais eu aucun problème. Soit il a guérit. Sa musique joyeuse a finalement agit comme remède et l'a libéré de ses hantises. Du coup, tout ce qui émane de la scène n'est que bonne humeur. Et c'est terriblement efficace.
Alors ça y est, Kevin Barnes est guéri. of Montreal est devenu une troupe de cirque, sans clown triste. Reste le magnétisme et l'irrépressible entrain de cette musique. Et c'est déjà assez énorme comme ça.