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samedi 5 février 2011

Un Prophète.

Rattraper le temps perdu. Varg Vikernes en a perdu du temps, en prison. Il a eu le temps de laisser mijoter ses pensées, ses erreurs, ses extrémismes, de laisser sa psyché divaguer pendant de longues années. Seize ans à retourner et revivre les mêmes choses, chaque jour. Il n'est pourtant pas à plaindre, loin de là. Il est tout ce qu'il y a de plus extrême et de plus malsain. Son sourire frôle la démence, son regard n'évoque rien de bienveillant.

Mais, après cette période d'enfermement, Varg Vikernes a retrouvé son seul amour. Il a retrouvé ses instruments de musique, il a repris le flambeau de son genre, celui qu'il a inventé avec Mayhem, il a repris l'envie de faire du grabuge, mais sans reproduire les erreurs du passé. Belus, l'an dernier, indiquait la nouvelle voie, la nouvelle ligne du parti. Une musique sombre avant tout, incantatoire et lancinante, loin des effusions de haine du passé. Varg aurait-il mûri ? Aurait-il transformé sa rage en quelque chose de plus profond et insidieux ? Jamais !
Belus n'était qu'un glorieux détour par des plaines introspectives pour mieux revenir, un an après, exploser de fureur. Réentendre ces cris possédés, revivre les mêmes tourbillons de sentiments contradictoires, revoir le Mal. Varg est bien de retour, non pas l'homme apaisé, mais l'enragé.

Pourtant, il ne renie pas son incartade Belus, il la réadapte. Les mêmes vents épiques soufflent entre les fracas de batteries. Le rythme s'accélère simplement, et Varg, au lieu de convoquer des Dieux imaginaires, vomit leurs noms. A faire la fine bouche, on trouverait le son beaucoup trop propre pour un tel degré d'obscénité. Mais l'intention est tellement noble et sincère. Ce qui compte ici, ce n'est plus le folklore et les horreurs du passé. Ce qui compte, c'est que cet homme tombé se relève avec autant de puissance, rattrape le temps qu'il a perdu, et se réapproprie sa couronne de prince noir. Et ce, sans jouer sur le mythe qui l'entoure, avec toujours la même intégrité, la même envie, la même folie.

Varg Vikernes reprend la main, plus que jamais, avec son Fallen, condensé de noirceur maladive qui sortira chez Byeloblog Productions. Comme un coup de poing sur la table massive en bois sur laquelle il invoquait les forces du mal.

lundi 28 juin 2010

Les chemises noires.

Quelle idée de devoir porter une chemise un jour où il fait si chaud. Quelle idée de devoir s'habiller "bien" quand on a 21 ans, pour faire illusion lors d'un oral. Alors qu'on meurt de chaud et qu'on se sent ridicule et peu à l'aise. Paraitrait que ça fait "adulte", alors pour faire plaisir, et faire mûr, on s'adapte et on met des chemises qu'on rentre consciencieusement dans son pantalon. Quitte à mourir de chaud. C'est très idiot, mais si on le fait pas, on perd des points. Alors qu'en soi, ça veut rien dire. C'est juste une histoire de première impression. Des gens habillés de la manière la plus sommaire peuvent être tellement brillants...

Faire illusion, donc. Tout est là. Avec une pochette, un nom et une police digne du plus sombre des disques de Black Metal, Yussuf Jerusalem fait parfaitement illusion. Mais elle ne dure pas. Il fait du Black comme je porte une chemise. C'est-à-dire l'espace d'un instant : un titre ravageur et dégueulasse quelque part entre Burzum et Electric Wizard. Après, il fait tomber la chemise et met un t-shirt de Nirvana, ou un haut aux couleurs douteuses directement sorti des années 70. Le Black metal n'était qu'une vague blague, la musique de Yussuf Jerusalem (on admirera le nom presque aussi cool qu'Adolf Satan) est un folk garage lo-fi saturé et mal enregistré, où les voix saturent sur quelques accords. L'illusion s'est estompé et on découvre un groupe français sans fard, qui se concentre plus sur l'émotion à mettre dans sa musique que dans le son. "Greetings from Novi Sad" ressemble terriblement au "Life in Vain" de Daniel Johnston, une autre figure du "ne te fie pas à ce que tu vois". Des fois, ça fait penser à ce bon vieux Ty Segall, comprendre que c'est bon comme du rock'n'roll basique.
On pourrait continuer à balancer des références comme le Brian Jonestown Massacre à l'époque où ils faisaient autre chose que du shoegaze moisi, par exemple. Ou les Doors mais en moins chiant. Mais il faut juste considérer le A Heart Full of Sorrow de Yussuf Jerusalem comme un disque peu inventif mais terriblement agréable et prenant. Rien de plus, rien de moins.

Yussuf Jerusalem a sorti son A Heart Full of Sorrow en avril de cette année, sur le label Born Bad Records, et c'est cool comme une chemise à fleurs.

lundi 22 mars 2010

Apocalypse Now.

Je voulais continuer l'exploration Mahlerienne, avec la septième symphonie, mais voilà que sur mon bureau, j'ai retrouvé ce disque. A l'opposé de la musique classique, je l'avoue.
Si j'ai ce disque sur mon bureau, c'est parce que le monsieur de la médiathèque, qui est pas du genre mou et qui s'aventure dans les franges extrêmes des choses, m'a dit "c'est un des trucs les pires que j'ai entendu". "Pire" dans le sens extrême, malsain, violent, glauque, sale. C'était une pochette noire comme un disque de metal basique.
Alors, d'un air intéressé je lui demande ce que c'est.
Il me dit en gros :
-"Anaal Nathrakh, du Black Metal".
-"Oh mais le Black ça passe tout seul".
-"Oui mais là... c'est une sorte de Black teinté de Death avec une voix presque grind par moment... Vraiment difficile. J'ai pas réussi à l'écouter jusqu'au bout".

Il fallait pas plus pour m'intéresser vraiment. Alors voilà, je l'ai glissé tout à l'heure dans l'ordinateur. Au début, je me suis dit qu'il me décevait, je pensais qu'il avait les oreilles plus accrochées. Après, j'ai compris. Derrière les mélodies un peu épiques dignes du Death, des hurlements Grindcore, d'autres plus proches du Hardcore, et des relents de Black, forcément. Apocalyptique, à deux cent à l'heure, mais avec ce côté entraînant du Death. Pas de compromis, en somme. Et il y a des tueries du genre "Satanarchist", avec des vomissements de haine dignes des plus belles heures d'une séance de torture.
Alors, samedi prochain, je remercierai le monsieur de la médiathèque pour m'avoir filé un disque au poil pour bien commencer le printemps.

Ca s'appelle Anaal Nathrakh, le disque c'est In the Constellation of the Black Widow et ça date de 2009.

lundi 15 mars 2010

Le Retour du Jedi.

Les beaux jours sont de retour... Et Burzum aussi. On l'annonçait déjà il y a quelques mois. Et autant dire que ça fait plaisir.
Varg Vikernes est sorti de prison, il s'est remis à la musique, et au Black Metal, dans son sens le plus noble. Ce qui veut dire lourdeur, ambiance malsaine et glauque, hurlements et déchaînement de haine dans sa plus simple et sa plus belle expression. C'est sale comme du Electric Wizard et lent comme un bon disque de doom, et terriblement entraînant aussi.
Ca donne envie de crier "Heil Satan !" dans sa chambre la nuit.
C'est bien plus qu'un disque qu'on écoute pour se dire qu'on explore les franges les plus extrêmes de la musique, c'est ce qu'il se fait de mieux en Black Metal quasiment.
De la haine sans violence, mais tellement profonde.

mardi 22 décembre 2009

Jubilatoire noirceur.

Burzum, aka Varg Vikernes, c'est un peu le Dieu de tout amateur de black métal. Mais ce dieu là est loin d'être un enfant coeur: il change son prénom "Kristian" à l'adolescence pour "Varg" (qui signifie "loup") en signe de rejet du christiannisme et s'adonne avec ses camarades à l'incendie d'églises (dans son naturel taquin, Vikernes a eu le bon goût de joindre un zippo aux 1000 1ères galettes de l'EP Aske, avec en guise de pochette une photo prise par Vikernes d'une église en ruine suite à un incendie dont il est probablement responsable). Il a passé 16 ans en prison pour l'assassinat du guitariste Euronymous du groupe Mayhem (libéré en mai 2009). Au passage, il est aussi ouvertement raciste et se revendique de l'idéologie nazi.

Mais sa musique est loin d'être aussi simpliste que pourrait le sous-entendre ces brefs caractères du personnage: Burzum est un projet solo et studio où Vikernes réalise l'ensemble des instru et voix. Il s'inspire fortement de la mythologie scandinave et de l'oeuvre de Tolkien pour les thèmes qu'il aborde, et non pas comme beaucoup l'affirme, de propos racistes. Mais la force de Burzum c'est surtout des riffs d'une noirceur jouissive, un maelström de blast beat, double pédales et variations rythmiques, ainsi que des voix d'écorchés d'outre tombe. Cependant sa musique possède d'avantage un côté hypnotique et est légèrement plus lente que les autres projets de black métal.

Burzum (1992)

1er effort de Vikernes, c'est certainement l'album de Burzum le plus violent. L'ambiance est pesante, voire glaciale, appuyé par ces cris possédés (cf "Spell of destruction") et ces riffs/solos rageurs. L'auditeur doit s'accrocher face à cette débauche de haine et ces changements judicieux de rythmes assez désorientant. "Feeble screams from forests unknown" et "Spell of destruction" vous donnerons envie de bruler des églises et peut être même la terre entière.



Hvis Lyset Tar Oss (1994)

Album considéré par Vikernes comme le plus aboutit, à l'inverse de ses fans, plus partagés; il fut réalisé au même moment que le premier album mais gardé au chaud par le norvégien pendant 2 ans. L'ouverture avec "Det som an gang var" est assez grandiloquente de noirceur avec un long morceau de plus de 15 minutes oppressant au possible, avec un clavier (chose rare chez burzum période pré-carcérale) répondant aux riffs, le tout soutenue par une batterie survoltée. Les 3 autres titres sont bien en deçà du 1er selon moi, bons mais pas mémorables.


Filosofem (1996)

Dernier album composé avant son incarcération et sans doute le meilleur, Filosofem c'est un peu le Valhalla de tout amateur de Black. Mais des rythmes plus lents qu'à l'accoutumé et surtout une production cradingue donne à cet album une âme sans pareille. Les riffs n'ont jamais été aussi lourds et hypnotiques, les voix aussi plaintives (avec même des passages où la voix de Vikernes est claire). Rien que pour le mythique "Jesu Død", Filosofem est indispensable. Cependant l'avant dernier morceau "Rundtgåing Av Den Transcendentale Egenbetens Støtte" annonce le tournant musical de Burzum avec son long passage en prison, un long morceau d'ambient entièrement au synthé assez statique et lent aux propriétés "sédatives".


Dauði Baldrs (1997)

A partir du moment où Vikernes est en prison, il n'a plus le droit d'utiliser d'instruments autres qu'un synthé tout simple, il va ainsi réaliser 2 albums, dont celui-ci, d'ambient en apparence assez simpliste et répétitif. L'album est assez inégal, mais les deux derniers morceaux transportent l'auditeur dans une ambiance glauque à souhait, avec un côté assez mystique. L'âme tourmentée de Vikernes est toujours présente malgré le manque de moyens techniques.



Cette sélection est bien évidemment non exhaustive, le 2e album est à mes yeux moins bon à l'exception de "lost wisdom" et le 2e album d'ambient pendant sa période carcérale est assez inégal, tout comme "Dauði Baldrs".
A noter que depuis que le bougre est sorti de prison cette année, il travaille sur un nouvel album "Belus" qui devrait sortir au printemps 2010.