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mardi 14 décembre 2010

Joy Explosion

Servons-nous du prétexte de l'arrivée des fêtes pour gesticuler et chanter à tue-tête des airs joyeux tous ensemble sur des rythmes vivifiants dans un tourbillon jazz-folk psyché !

Scatter était un collectif de Glasgow qui n'a produit que deux albums, dont le premier est un chef-d'œuvre de jouissance, un grand bol de liberté. Difficilement classifiable tellement il est riche, c'est une sorte de grand bordel harmonieux dans sa folie, qui réunit une instrumentation plutôt issue du milieu jazz (saxo, flûte, contrebasse...) avec influences folk/world et un esprit punk. Le mieux c'est encore de se faire soi-même son idée.

samedi 3 juillet 2010

Intolerance.

On peut le taxer de ce qu'on veut, après tout. On peut dire que c'est un gros con de mégalomane imbu de lui-même, capricieux et méprisant, méprisable aussi. Le genre de mec capable d'arrêter son concert parce qu'un vieillard a réprimé quelques glaviots dans sa gorge. Capable de faire attendre une salle des heures pour réaccorder son piano comme il le veut lui. Cette réputation, il ne l'a sûrement pas volée, et il la traîne depuis quelques temps maintenant, avec une vague de critiques. Des "c'est plus ce que c'était", des "il a le melon ce gars-là" et des "il se fout de nos gueules ou quoi ?".

Oui, mais tout ça, c'est que des causeries. Parce que, si l'on passe outre le "mythe" Keith Jarrett, un univers neuf s'ouvre. Le Burzum du jazz, en quelque sorte, toute proportion gardée. Le mépris qu'inspire l'homme s'efface face au génie de l'artiste. D'autant qu'ici, sa mégalomanie lui permet de faire briller de milles feux Charlie Haden, contrebassiste et ami. Dans Le Monde Magazine, il y a tout un article sur lui, où il exprime son rapport à l'instant. Ce gars vit dans l'instant, et il offre ainsi la meilleure définition du jazz : une musique instantanée qui fait hocher la tête et tire des larmes. Quelque chose de totalement éphémère, où les sons, les assemblages de notes et les interprétations ne vivent que l'espace d'un instant. Dans l'article du Monde, Francis Marmande écrit : "Sa vie ? Dans le pur présent. Sa pratique ? Extralucidité doublée d'une capacité au lâcher tout. La conscience et l'abandon." Et ça dit tout.
Alors il peut être le plus asocial des salauds, c'est tout à fait pardonné.

2010 sera l'année de Jasmine, par le maestro Keith Jarrett avec son ami Charlie Haden, chez ECM, comme d'habitude. Et c'est une preuve que la mégalomanie n'est qu'un effet secondaire du génie.

jeudi 22 avril 2010

Invictus.

En Afrique du Sud, il n'y a pas que la coupe du monde, Nelson Mandela est une équipe de rugby qui mérite que Clint Eastwood s'y attarde et en fasse un très mauvais film (ce qui, soit dit en passant, est dommage, parce que ses films précédents - Changeling en tête - étaient réussis). L'Afrique du Sud ne peut être limitée à l'apartheid. Et puis on parle pas assez de jazz ici.

Abdullah Ibrahim s'appelait Dollar Brand avant. Comme Yusuf Islam qui s'appelait Cat Stevens avant. Abdullah Ibrahim a joué avec les plus grands, Archie Shepp, Don Cherry et un certain Duke Ellington. C'est un vieux monsieur aujourd'hui, aux lents mouvements qui transmettent un calme apaisant. Il était en concert à Lille il y a peu, et il a montré à quel point sa musique lui ressemble. C'était un de ces moments dont on a tout oublié, sauf la sensation qui demeure, quelque chose comme un rêve éveillé.

Forcément, l'apartheid marque quand on est né en 1934 au Cap, et qu'on est noir. Lutte sociale obligatoire, cette dimension se ressent dans sa musique (pas trop dans cet album, vu que c'est le dernier) et surtout chez Dollar Brand. L'avantage du jazz, c'est que l'auteur peut s'engager sans se vautrer avec des paroles dignes de l'Aragon engagé et mièvre. L'engagement sans texte est beaucoup plus noble, beaucoup plus diffus et subtil, moins transparent.
Que ce soit seul au-dessus de son piano, en trio pour lancer du rythme et des hochements de tête ou dans le blues, Abdullah Ibrahim sait y faire, avec une patte particulière, emprunte de la terre de son pays, mais sans revendications explicites et de mauvais goût.
Les thèmes s'en vont et reviennent, des moments de pure beauté subjuguent avant de s'élancer à nouveau dans un thème digne du New York des belles années, ou avec l'ambiguïté du White Material de Claire Denis : l'Afrique dans toute sa beauté et sa complexité.

Abdullah Ibrahim, même en 2002, résume ce qu'est son jazz. Un balancier entre tradition et modernité, passé et présent. Pas de frontière, pas d'apartheid dans sa musique.
C'était donc en 2002 chez Enja, et ça s'appelle African Magic.
Et le pire, c'est que ce disque sublime est loin d'être le meilleur.

lundi 11 janvier 2010

Blame It On My Youth

Un peu de jazz, pour la route. Avec rien d'autre que Keith Jarrett. Cet homme est fou, dans le sens mégalo. Du genre à s'arrêter en plein concert parce qu'un pauvre spectateur a toussé trop fort, du genre à stopper net son concert pour réaccorder son piano, du genre à donner des coups de pieds dans le piano pour donner le rythme. Entre le piano solo et les improvisations, le trio avec Gary Peacock et John Dejohnette et même la musique classique, Mr Jarrett est juste un acrobate sur une corde pendue entre deux tours, il se précipite vers la fausse note, flirte avec sans jamais se faire avoir.

The Köln Concert (1975)

Et qui dit Keith Jarrett dit Köln Concert, ce qui doit être un des disques de jazz et de piano les plus vendus au monde. Et pas sans raison, parce que c'est une des plus belles choses qui existent sur terre. Un miracle d'une heure, un mec face à un piano qui joue entre mélancolie et rythme avec une sensibilité à fleur de peau. Il se lève, gémit pendant qu'il joue, chante les notes vers lesquelles il se dirige doucement. Un moment de grâce.




La Scala (1995)

La Scala, c'est juste mythique. Du genre la salle qui représente le bon goût en ce qui concerne musique classique et opéra. Et il remet ça façon piano solo. La recette est la même et marche toujours, entre musique classique et jazz pur. Et en bonus, un "Over the Rainbow" à couper le souffle.
Le concert de Brême et de Lausanne est un peu du même tonneau.

Le mot de passe est : FolkMusicTravel pour le concert de la Scala.



My Foolish Heart (2001)

Toujours dans des lieux cultes, à Montreux, festival majeur de jazz. Mais en trio ici, avec deux monstres : Gary Peacock et John DeJohnette. Ca reste somme toute basique pour un trio piano/basse/batterie, donc avec plus de rythme, ce côté jazz qui fait bouger la tête et claquer des doigts.
Ce sera en deux archives.
Part. 1
Part. 2



The Melody At Night, With You (1998)

On va éviter d'éternellement se répéter. Keith Jarrett reprend en piano solo des standards comme "I love you Porgy" ou "Blame it on my youth", et c'est extrêmement beau. Point final.







24 Preludes and Fugues op. 87 - Dmistri Shostakovich (1991)

Il s'est aussi amusé avec le classique et notamment Chostakovitch (Shostakovich en anglais, mais on s'en moque). Avec les préludes et les fugues, ce qui est en fait assez proche de son jazz si particulier.

Disque 1
Disque 2




Testament (2009)


Il n'est pas encore mort mais il publie son testament : deux concerts solo. Le premier à Paris, le second à Londres, en 2008. Il y montre le meilleur de son piano, le plus expérimental aussi, alternant passage sans rythme ou mélodie et moment de pure mélancolie digne du Köln Concert.
Archive en deux fichiers ici aussi :
Partie 1
Partie 2
Et le mot de passe sera : www.mp3tera.org