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mardi 18 octobre 2011

Things Have Changed.

Bob Dylan - Le Zénith Arena, Lille, le 16 octobre 2011


"It's halloween today, I have my Bob Dylan mask on"

C'était un soir de 1964, au Philharmonic Hall de New York. Dylan a encore les cheveux fous et le regard flou. Il joue encore de la guitare, enchaîne mécaniquement les accords, enfile les blagues absurdes et manque d'exploser de rire après chaque vers qu'il déclame. Bob Dylan s'amuse terriblement sur la scène, avec ou sans Joan Baez, et il instaure une distance vis-à-vis de l'audience avec son humour. La musique est si simple et spontanée que des larmes de bonheur.

C'est le masque qu'il revêt en 64, le masque de Bob Dylan, jeune premier joufflu, meneur d'une révolution fantasmée, pourfendeur imaginaire d'inégalités réelles, prophète trop timide pour dire la vérité. Ce masque lui va si bien qu'il le gardera des années. Les traits évolueront légèrement. Les joues se creuseront avec la drogue, les cheveux pousseront de manière encore plus désorganisée, le regard ne cessera de s'embuer avec les années.

Il rendra ce masque un jour de juillet 1966. Une moto dans le fossé et Bob Dylan redevient Robert Allen Zimmerman, son visage change. La barbe apparait, le chapeau aussi. The Rolling Thunder Revue commence, et Dylan devient un "entertainer", quelqu'un qui fait danser les gens en chantant faux, en hurlant, avec sa troupe de joyeux troubadours. Maquillé, bariolé, Dylan se masque à nouveau, d'une couche d'artifices bien visibles, cette fois, comme pour affirmer cette distance grandissante entre lui et ses adorateurs.

Cette distance, c'est la clé du personnage. Pas de l'homme. Dylan a toujours été dans la mise en scène. De grand comique à clown chantant, de 1964 à 1976, il a embrassé de nombreuses formes pour tromper, pour semer la confusion, pour fuir. Il se convertit au catholicisme comme un ultime pied de nez, il énerve avec ses albums, il impose le trouble. En 1979, la question devient évidente avec Live at Budokan : pourquoi tourne-t-il encore ? Pourquoi arpente-t-il toujours les planches, alors que sa voix est encore plus insupportable que d'habitude, qu'il transforme ses chansons et qu'elles deviennent impossibles à reconnaitre. Un pourquoi qu'il traîne depuis le début du Never Ending Tour, la tournée sans fin, entamée en 1988, et qui s'arrêtera en même temps que le cœur usé du gamin de Duluth, Minnesota.

2011, Dylan tourne toujours. Il n'arrête jamais. Adieu les épis ébouriffés, adieu les lunettes de soleil. Il a maintenant un chapeau blanc enfoncé sur la tête. L'archétype du new yorkais est devenu un riche propriétaire terrien du sud, avec des touches de gringos, une sorte de Don Diego de la Vega moderne, sans le masque de Zorro. Ce masque, on y revient toujours. Mais ce nouveau visage de Bob Dylan, tellement loin des années 60 qu'on pleure qu'importe notre âge, sème le doute. Est-ce vraiment Bob Dylan ? Est-ce vraiment celui qui me fait pleurer quand j'écoute ses concerts de 1966, avec ses Visions of Johanna et ses Just Like a Woman ? Non. Les choses ont changé, le temps a passé, Bob Dylan est un autre. Il n'a plus son "Bob Dylan mask" d'antan, il est ailleurs.

Une fois de plus, il marque la distance. Il était maladroit et timide avant, maintenant, fort de ses cinquante années de carrière et de tournées, il n'en a que faire des gens. Il arrivera sur scène, ne débitera pas un mot, pas un bonjour, pas un au revoir, pas un merci. Il présentera rapidement ses musiciens, simplement par politesse. Enchaîner ensuite les chansons, rapidement, sans grâce, sans génie. Et si, finalement, Bob Dylan n'était pas arrivé, avec ce Never Ending Tour, à ce qu'il a toujours voulu : faire du rock'n'roll et du blues comme Chuck Berry et Hank Williams. Habillé comme le plus beaux des escrocs, il s'amuse sur scène, les jambes écartées, l'harmonica dans une main, le micro dans l'autre, il débite ses chansons sans rythme précis. Les vestes blanches de son groupe rappellent les pires moments des orchestres de mariage. Toutes ses chansons, tous les hymnes folk deviennent des blues entêtants. C'est sur ce terreau bien noir que Robert Zimmerman s'amuse. Il est là pour son bon plaisir, à hurler sur "Jolene". Il ne touchera pas une guitare du concert. Il se contentera de son clavier au son d'orgue et de son harmonica pour envoyer son blues et devenir ce qu'il a toujours rêvé d'être : un entertainer, rien de plus.

Alors, à chaud, on se dit qu'on a perdu son idole. La grâce sera frôlée avec un "Not Dark Yet", mais on a quand même envie de pleurer sur Blonde on Blonde et "Gates of Eden". On aurait aimé entendre "With God on Our Side" ou "Desolation Row", on aura un "Things Have Changed" et un "Forever Young" comme réponse. Bob Dylan est en perpétuel mouvement, il s'assure de demeurer insaisissable. Comme s'il assénait au monde entier un : "les temps changent, mes bons, arrêtez de vous lamenter sur mon passé disparu". Bob Dylan revient à sa jeunesse, 50 ans après ses débuts. Il est ce "Mr Tambourine Man", prêt à jouer alors que les empires s'affaissent, que les fleurs fanent et que les idoles meurent. Et la réponse au pourquoi qui nous hante devient alors évidente : s'il est encore sur scène aujourd'hui, c'est simplement parce que c'est là qu'il existe encore. Bob Dylan est plus qu'un potentiel prix Nobel, il est plus qu'une idole rouillée qui déçoit sans cesse en concert, il est enfin ce danceman que la scène garde en vie.

jeudi 22 septembre 2011

It's-been-a-long-time Toy Warning

Flotation Toy Warning (rencontre et concert) - Hospice d'Havré, Tourcoing
Le 10 septembre 2011



Il y a parfois un fossé entre la représentation d’un groupe, son aura et son image, et le groupe lui-même. Le contraste est saisissant entre les mains tremblantes et avides de l’adepte de Flotation Toy Warning et les mains tremblantes que les musiciens cachent. En arrivant dans le hall de la salle, quelqu’un demande s’il reste des places. La surprise est immense : oui, il reste des billets. Comme si le groupe était un mythe, comme si toute la métropole lilloise s’y retrouverait. C’est une évidence, Flotation Toy Warning fait partie de la catégorie des groupes qu’on adule. L’excitation est palpable, tout le monde se retrouve dans la – petite – salle et partage sa passion de ce secret qui n’en est pas un. Flotation Toy Warning a autour de lui le halo de l’adoration d’une communauté ébahie par Bluffer’s Guide to The Flight Deck. Et, après des années de silence radio, Flotation Toy Warning prend aussi la pression du retour. 

L’attente est indéfinissable. Tout le monde se croit comme dans un rêve, tout le monde se dit « enfin ». Derrière, le groupe se prépare tranquillement. Ils n’ont pas l’air stressé. Ils expliquent qu’ils sont excités à l’idée de rejouer après près de six ans d’absence. D’autant plus dans un pays où on les a toujours soutenus, que ce soit le label Talitres ou les admirateurs anonymes, ceux qui s’extasient juste en entendant prononcer le nom du groupe. Le culte autour de ce groupe reste flou. C’est sûrement ce choix de disparaître juste après être apparu, retourner dans l’ombre pour se protéger. Personne n’a pourtant oublié. Et ce retour apparait alors comme un miracle. Paul Carter le dira lui-même, juste avant d’entrer sur scène : « It’s-been-a-long-time Toy Warning ».

Avant cette plongée dans la lumière après des années dans une ombre confortable, il fallait poser la question fatidique. Celle que tout le monde a sur les lèvres, depuis six ans maintenant. La réponse fait trembler d’impatience. Il fallait commencer par le terrible « alors, à quand le nouvel album ? ». « No comment ». Parce qu’on le sait, on s’est fait une raison, Talitres sortira d’abord cinq jolis 45 tours, qui donneront naissance à l’album par la suite. Une date ? Bientôt, ou un jour, qu’importe. Mais alors, où étaient-ils pendant tout ce temps ? Ils ont exploré. Explorer autre chose, découvrir du nouveau, et surtout se ressourcer. L’obsession de la perfection, passer deux semaines pour être satisfait d’une seule mesure d’une seule chanson, travailler sa musique jusqu’à s’en écœurer. Flotation Toy Warning a été jusque ce point de non-retour. La perfection de Bluffer’s Guide to the Flight Desk a été comme une punition pour eux. Alors ils ont exploré. L’un est parti faire un film, l’autre a pris du temps pour restaurer de vieux livres, ils ont fait des enfants, ils ont vécu une vraie vie, sans jamais totalement s’éloigner de la musique, mais surtout sans devoir repousser les deadlines sans arrêt, sans devoir bloquer les idées, les empêcher de grandir dans leurs esprits. Il ont eu besoin de presque trois ans de pause, pour pouvoir recommencer à travailler ensemble, à jouer ensemble et surtout à prendre du plaisir ensemble.
Les idées de Flotation Toy Warning sont toujours les mêmes, ils avouent ne jamais se forcer, ils laissent leurs imaginations faire leur musique. Même six ans après, on contemple toujours les mêmes atours, ces reverbs aqueuses et ces chants possédés, ses mélodies filantes. Leurs consciences ne leur dictent rien, c’est leur credo. Paul Carter explique que sur le prochain album, il y aura des titres plus joyeux, parce qu’ils sont plus joyeux maintenant. « Même si ce concept reste bien subjectif » amende Nainesh, le guitariste. C’est aussi simple que ça. Ils sont aussi libres que perfectionnistes, et c’est peut-être là que naît la magie de leur musique. On se dit alors que, quoiqu’il arrive, la patience paiera.

Ils s’avancent donc sur la scène à même le sol de la salle. Ils n’ont pas joué depuis six ans, ils lancent le concert. Un sample commence. La batterie entre, et après une petite erreur de Paul Carter, qui avait commencé à chanter trop tôt, tout se cale. Les premières mesures de cette chanson décrivent tout le concert. Ils sont là, se sourient et c’est tout. On sent le bonheur de jouer ensemble transpirer dans chaque souffle, enfin, après tant de temps. Ils restent profondément accrochés à leurs chansons, ils ne prennent aucun détour. Rien de nouveau et quelques erreurs, certes. Un concert scolaire, certes. Mais l’important est ailleurs, il est dans la renaissance du groupe. Dès qu’il ne chante pas, Paul Carter contemple ses chaussures, la main sur le pied de micro. La tête basse, on l’imagine bien repenser à toutes ces années, à son premier concert avec son groupe, à sa première chanson. Et ce sentiment de retrouvailles irradie la salle.
La boucle est bouclée quand ils concluent le concert sur « Even Fantastica », le titre originel, la fondation du groupe. Les souvenirs remontent, c’est comme une victoire sur l’attente, sur l’obsession qui a tourné à l’écœurement. C’est la joie retrouvée, pour le groupe comme pour le public.

Les gens restent, attendent le groupe dans le petit hall. Ils arrivent, et tout le monde vient leur exprimer des « merci », lancer des compliments. Le concert n’était pas le concert le plus intense de l’histoire, ce n’était pas le plus beau, mais il venait couronner une attente longue de six ans. Alors tout le monde se retrouve comme une bande d’amis, on s’étreint presque, on demande des photos avec le groupe. En continuant la discussion entamée avant le concert dans les loges, le stress évaporé, le sentiment se confirme, ils sont bien là parce qu’ils en avaient envie. Parce qu’ils sont toujours mus par la même envie qu’au début, quand ils envoyaient des cassettes avec des titres de Neutral Milk Hotel pour obtenir un local de répétition.

Alors, le fossé entre le groupe et sa représentation chez ses adorateurs s’affaisse. Chacun a actualisé sa vision de son mythe. Flotation Toy Warning est peut-être un mythe de la musique indé, ils ont sûrement une aura dramatique à porter. Mais ils n’en sont pas conscient, ils préfèrent faire confiance à leurs imaginations et leur envie, et se laisser danser avec les vagues sur leurs lignes de flottaison, loin des heurts où ils ont failli se noyer il y a six ans maintenant.

jeudi 9 juin 2011

No Need to Worry.

Yeasayer - 8 juin 2011, Soda Club, Montréal


Ce soir là à Montréal, il fallait faire un choix. Un choix de taille. D'un côté, le game 4 des finales de hockey, opposant Boston à Vancouver, de l'autre, le concert de Yeasayer au Soda Club. Vibrer avec le sport national ou danser avec le groupe de New York City. Fais ton choix camarade. 

Entre deux sex shops, dans cette rue encore humide du léger orage qui vient de frapper, ceux qui ont fait le choix du concert s'amassent. Le programme est alléchant : Hush Hush, les jeunes garçons coiffeurs Smith Westerns et donc Yeasayer. Certains ont trouvé la parade et guettent d'un oeil le match de hockey sur la console du technicien lumière pendant que les Smith Westerns ont lissé leur rock prometteur comme leurs cheveux. C'est fade et cool à la fois, un peu inutile comme les trous dans leurs jeans.

Alors que Boston mène 3 à 0 contre les Canucks, Yeasayer s'avance dans une salle déjà conquise, où la danse devient reine. Le chanteur se lance dans une valse infinie avec le pied de micro après avoir charmé le public de ses anecdotesde premier baiser. Yeasayer se résume à une seule chanson : 2080. Un chantons, dansons, sourions et profitons d'être là parce qu'on sera sûrement mort en 2080, un hymne à l'instant, au présent. Et ce parti pris de vivre tout maintenant et trop vite, c'est en concert qu'il s'exprime le mieux, c'est quand les néons brillent et que les spots tournent que le groupe puise toute sa puissance. Il n'essaie d'ailleurs pas de sortir de ce sentier. Les vagues s'abattent donc sur Montréal, des vagues de déhanchements et de sourire. Bien sûr, il y a quelques creux, des instants où l'on préfère décrocher pour mieux repartir ensuite, mais Yeasayer, fidèle à ses croyances, envoie des ondes positives sans jamais s'arrêter.

Boston a gagné, et l'on sort de la salle avec le sourire béat et figé du ballon jaune qui naviguait de mains en mains au début du concert. Pas de plan de long terme pour Yeasayer, tout est dans l'instant présent. "Never look ahead" comme ils disent.


mercredi 11 mai 2011

Les Ondes Magnétiques.


Quand il y a de belles initiatives près de chez nous, il est normal de les saluer. Saluer déjà l'excellente programmation en général d'une salle comme La Cave aux Poètes, où on a aussi bien pu prendre sa claque avec Kelpe, récemment, ou Xiu Xiu il y a quelques temps.
Et, à l'instar de la Gaité Lyrique à Paris, La Cave organise son petit festival dédié aux cultures électroniques. Petit festival ? L'air de rien, pas si petit que ça. 

Qui dit culture électronique dit musique électronique. Programmation impressionnante. Entre un Arnaud Rebotini, pape technoïde qui clame "All you need is Techno" et un Christian Fennesz, ambassadeur de l'ambient, sorte de Tim Hecker de la guitare, on trouve Poni Hoax et sa musique tendrement 80s, comme un Joy Division qui a pris tellement d'antidépresseurs qu'il danse naïvement.
Mais ce n'est pas tout. L’israélien Spectrum et sa trance Tel-Aviv fera danser n'importe qui, alors qu'Etienne Jaumet et sa techno totalement libérée complète l'affaire. Résolument dansant, résolument efficace.

En plus de The Berg Sans Nipple, The Konki Duet (les chouchous d'Arbobo) ou Peter Digital Orchestra, on trouvera aussi des groupes de la région avec la synth pop de Pan Aurora, par exemple.
Et, parce que la culture électronique, ce n'est pas que de la danse frénétique sur des beats sans fin, il y aura bien sûr des performances vidéos, artistiques. Notre Gaité Lyrique du Nord en somme.

Le site des Ondes Magnétiques : http://www.lesondesmagnetiques.com 
Le site de la Cave aux Poètes : http://www.caveauxpoetes.com/

La programmation :

Jeudi 12 mai, La Condition Publique, Roubaix : ARNAUD REBOTINI + MUSEUM.

Vendredi 13 mai, La Ferme du Gauquier, Lys-les-Lannoy : THE KONKI DUET + TRISTESSE CONTEMPORAINE

Samedi 14 mai, La Condition Publique, Roubaix : PONI HOAX + FENNESZ (et d'autres groupes et des performances)

Jeudi 19 mai, L'hosprice d'Avré, Tourcoing : SPECTRUM + COSMIC CONTROL FEAT ETIENNE JAUMET

Vendredi 20 mai, La Malterie, Lille : ETIENNE JAUMET + DICTA:PHONE

Samedi 21 mai, La Cave aux Poètes, Roubaix : THE BERG SANS NIPPLE + BACHAR MAR-KHALIFE

Samedi 22 mai, La Cave aux Poètes, Roubaix : PETER DIGITAL ORCHESTRA + GUESTS


Et si tout va bien, quelques reviews de ma part ou Vianney arriverons.

vendredi 8 octobre 2010

Give Me The Cure.

of Montreal - Vendredi 8 Octobre 2010, Le Grand Mix, Tourcoing

Et si, finalement, toutes mes analyses un poil trop psychologiques n'étaient que du vent ? J'analyse of Montreal et Kevin Barnes comme le ferait un moustachu devant un divan. La dualité tristesse profonde/joie, toute cette histoire de danser pour masquer la dépression. Et si, finalement, c'était une bien belle erreur ?
La première fois que j'ai vu of Montreal, il y a presque deux ans maintenant, tout était devenu clair. Il n'y avait aucun doute : Kevin Barnes n'était pas qu'un danseur approximatif fournissant du son pour se trémousser, il y avait derrière un mal être profond. Il en donnait les clés d'ailleurs, dans ses disques et dans ses concerts.
Il avait tout mis en place pour faire illusion. Et le concert devenait un spectacle total, où mysticisme, musique et théâtre Brechtien se mélangeaient pour donner un show grand guignolesque extatique, intense et troublant.

Un album plus tard, revoilà of Montreal. La salle est plus petite, ce qui limite les manœuvres impressionnantes à base de costumes. Adieu les ailes d'ange du guitariste, ils sont tous vêtus de blanc, les visages aussi. Ils forment un arc de cercle, laissant la majeure partie de la scène vide. Vide pour seulement quelques instants, puisque Kevin Barnes arrive, en jupe, accompagné de deux "agitateurs" (concept assez génial déjà vu chez les Flaming Lips ou Beck par exemple, des danseurs-amuseurs, qui viennent danser dans le public, miment des assassinats et des bagarres).
Alors, vu que la salle permet moins un grand spectacle, est-ce qu'on aura le droit à quelque chose de plus intense, de plus sobre ? Non, ne comptons pas sur Barnes là-dessus. Vidéos psychédéliques, danses dégingandées demeurent.
Mais voilà, impossible de retrouver cette dualité d'il y a deux ans. Kevin Barnes danse, s'amuse des regards du public. Il est dans sa bulle et s'éclate, le sourire collé aux lèvres en permanence. Plus de chansons dépressives, non. Juste des tubes acidulés pour assurer le tempo, et faire danser les gens. Même après "For Our Elegant Caste", derrière laquelle on attend le sublime "Touched Something's Hollow". Et... rien. Juste un "merci". C'est là que j'ai compris. J'attendais Barnes nu, il est venu déguisé.

Alors soit je me suis planté sur toute la ligne, et Kevin Barnes n'a jamais eu aucun problème. Soit il a guérit. Sa musique joyeuse a finalement agit comme remède et l'a libéré de ses hantises. Du coup, tout ce qui émane de la scène n'est que bonne humeur. Et c'est terriblement efficace.
Alors ça y est, Kevin Barnes est guéri. of Montreal est devenu une troupe de cirque, sans clown triste. Reste le magnétisme et l'irrépressible entrain de cette musique. Et c'est déjà assez énorme comme ça.

vendredi 24 septembre 2010

Just like a Woman.

Joanna Newsom, le 23 septembre. Aéronef, Lille.

Quelques instants après que le noir soit fait, des sombres silhouettes fermaient laborieusement les grandes portes, isolant ainsi la salle du reste du monde, comme s'il fallait que cet instant reste à tout jamais intime, qu'aucune oreille parasite ne vienne se nourrir des sons. Comme si de toute façon, il fallait y croire pour le voir. Un cercle de conquis d'avance était là, et Joanna Newsom tissait autour d'eux le cocon parfait pour que tout soit unique.

Joanna Newsom est désarmante de simplicité. Elle s'approche de sa harpe en riant, dans sa robe toute en volutes, prend son temps pour placer son tabouret méticuleusement, s'empêche de rire et enfin, dépose l'immense harpe sur son épaule. Une lente expiration, et elle lance ses doigts sur les cordes. Elle les effleure puis les griffe, les martèle, les caresse. L'enfant qui était sur scène il y a quelques secondes disparait alors. Elle devient cette entité captivante, ni femme ni homme, presque inhumaine. Chaque mot qu'elle lance dessine sur sa tête une image, elle est dans l'outrance, elle détaille chaque mouvement de chaque muscle de son visage, chaque courbe de ses lèvres peintes d'un rouge pâle. Le morceau est terminé. Elle redevient un enfant, tente quelques drôleries. Elle est maladroite et ne peut plus s'empêcher de rire, cette fois. Elle appuie délicatement sa tête contre la harpe et souffle un "woah".
Puis elle redeviendra cette colonne d'air fascinante, puis cet enfant malicieux. Et ainsi de suite, même si elle glisse dans toute cette alchimie des preuves que tout existe vraiment, elle, les musiciens et surtout la musique qui émane de ce tout. Elle ne feint pas le plaisir et se dandine en rythme devant son piano, regardant tour à tour chaque musicien, un large sourire découvrant ses dents.
Après chaque chanson, la même question revient sans arrêt "comment est-ce possible ? je connais ces morceaux par cœur, pourtant ils me surprennent à chaque fois, ils me font frissonner à chaque fois, avec ce même sentiment de découverte de la Beauté pure".

Peu à peu, Joanna Newsom arrive à dessiner dans la salle ce qu'elle veut. Elle prend le pouvoir sur chacun des spectateurs, les amène où elle veut, d'une joie quasi-niaise à un état de profonde mélancolie. Les portes fermées empêchent de s'échapper, mais qui le voudrait ? Finalement, s'il fallait les fermer, c'était juste un moyen de ne pas la montrer à tous. Après, les gens n'y croiraient plus. Joanna Newsom est comme un miracle. C'est un enfant qui devient quelque chose d'autre, d'indéfinissable et capable de remettre en question la gravité, la relativité et toute rationalité, par sa voix et sa musique. C'est la grâce incarnée qui se moque du divin, c'est à un tel point de perfection et d'émotion qu'on aurait presque envie de croire en Dieu. Ressentir cela ne peut être que l'œuvre d'une instance supérieure. Mais non. Elle créé un univers parallèle avec une harpe. On s'y sent comme dans un rêve. Et le pire dans l'histoire, c'est que c'est réel.

mardi 13 juillet 2010

No Future ?

Gonjasufi - Nouveau Casino, lundi 12 juillet 2010

En essayant d'expliquer à la personne qui m'accompagnait ce qu'était la musique de Gonjasufi, je cherchais mes mots. "En fait, c'est une sorte de hippie qui a vécu dans le désert. Un gars qui fait du rap, mais qui chante aussi, et le tout sur des instrus electronica... Enfin, c'est compliqué à décrire. C'est de la musique bizarre" est l'explication la plus claire que j'ai dû donner. Autant dire qu'il était difficile de savoir à quoi s'attendre.

Après un warm-up de qualité (assez rare pour être précisé), un certain Paul White qui ne sait pas du tout faire de transitions entre ses pistes dansantes, le premier barbu débarque et nous gratifie d'un magnifique "Bande de chanceux, vous allez vivre quelque chose de rare, ce mec là, pas grand monde l'a vu sur scène" en anglais et parsemé de "shit" et "fuckin". C'est un peu le problème de Gonjasufi. On nous vend un génie inventif qui propose une révolution musicale, au front de la découverte, alors que finalement, ce n'est qu'un MC. Adieu la "musique bizarre", Gonjasufi fait du hip hop, simplement, sur les instrus ravageuses de son comparse barbu qui crie au monde le talent soi-disant extraordinaire du maître Sufi. Rien d'autre qu'un MC donc, qui tente parfois de chanter face à un public déjà en transe et acquis à sa cause.
Il n'est donc pas question de révolution, mais d'efficacité hip hop teintée de beats électroniques. Et étonnamment, toute cette efficacité tient sur le DJ. Gonjasufi, lui, assure tranquillement avec la posture de gourou hippie à la Charles Manson (y a qu'à voir les t-shirts avec sa tête dessus, qui font précisément penser au patron de la Family). Derrière, c'est bollywood sous acide. Il danse sans arrêt, lance des basses terrifiantes qui font trembler les murs du Nouveau Casino et vibrer les cerveaux. Toute l'énergie vient de là. C'est ce qui est un peu dérangeant, en fait. Parce que Gonjasufi ne serait qu'un prétexte pour un DJ de s'éclater. Il n'a rien de fantastique ce mec, à part sa dimension charismatique et son histoire. Je n'ai pu enlever de mon esprit l'image des Sex Pistols propulsés non pas parce qu'ils voulaient faire de la musique, mais parce qu'ils avaient la tronche de l'emploi pour "changer le monde".

Gonjasufi en tant que MC, succès assuré, mais dès que le tempo ralentit, qu'il y a des réelles chansons, tout se tasse, voire se ramollit. On a plutôt envie d'aller s'asseoir dans les canapés du fond. Ça sonne comme une fin de soirée... Heureusement que le tempo repartira de plus belle après cette demi-heure mollassonne, de manière à finir en beauté et en sueur.
Finalement, la force de Gonjasufi, c'est son DJ, qui réussit par son énergie débordante et ses danses improbables à offrir au génie revendiqué un cadre de qualité pour qu'il y pose sa voix. Et ça, c'est bizarre.

lundi 7 juin 2010

Les Possédés.

Xiu Xiu, 7 Juin 2010, La Cave aux Poètes, Roubaix.

Moins d'une centaine de personnes présentes pour voir Xiu Xiu... Moi qui pensais que ce groupe était un des pionniers et un des symboles de ce rock expérimental américain. Je le pense encore, mais finalement, c'était une aubaine. Parce que la salle s'alliait parfaitement à l'oppression de la musique. Dans cet endroit contigu au plafond très bas, quelques spots de lumière essaient de faire illusion. Mais le noir prend le dessus. Ce qui résume assez bien Xiu Xiu.

Entre les cymbales froissées par les frappes incessantes de Jamie Stewart et les tourbillons soniques de bruits qu'il lance en s'acharnant sur sa game-boy, il y a chez Xiu Xiu un petit quelque chose profondément 80s. Ce n'est pas seulement le synthé ou la reverb, ce n'est pas seulement les expérimentations. Non. Xiu Xiu reprend le flambeau des Smiths, le flambeau des "derniers romantiques". La musique de Xiu Xiu est profondément romantique, faite de ce romantisme noir qui exacerbe les sentiments, l'ego et les troubles. La façon dont Stewart chante ces chansons parle d'elle-même. Il est tendu, ses mouvements sont secs et saccadés, mais sa voix ne flanche pas et dévoile toute la densité d'une musique à la fois enveloppante et totalement étourdissante. Le lyrisme cède sa place à des passages dignes de Merzbow. Il y a dans cette musique une fascination pour la souffrance et la mort. C'est pour ça que Stewart garde constamment les yeux fermés, pour que ses incantations ne les attirent pas, pour ne pas les voir en face. Une sorte de fuite en avant pour exorciser ses tourments, à base de bondage et de "Dear God, I hate myself !". Non, cette musique n'est pas simple, elle est dense et profonde. Mais elle réussit à se vêtir de ses plus beaux attraits pour faire illusion.

Jamie Stewart ne décochera pas un mot du concert. Il restera dans sa bulle, accroché à son micro sans arrêt pour qu'un cher Dieu exauce ses volontés, comme s'il savait parfaitement qu'il était du mauvais côté et qu'il fallait entamer le chemin de la repentance, ce qui implique une auto-flagellation publique. Jamie Stewart tente de rompre son sort par la musique, simplement.

vendredi 14 mai 2010

Baffe auditive.

Deerhunter + The Dodos @ Botanique, Bruxelles. Mercredi 12 mai.

On dirait qu'en ce moment il y a une bonne aura autour des concerts qui s'offrent à nous. ATR dimanche dernier avait "mindfucké" Nathan, je les ai d'ailleurs manqué à mon grand désarroi, heureusement qu'il y a Dour cet été, mais passons.
Il y a cette semaine une sorte de festival au Botanique qui s'articule sur 4 scènes plus ou moins homogène sans la possibilité d'aller de l'une à l'autre. Ce soir là s'offrait à nous 2 premières parties qui me sont totalement inconnues: A Sunny Day In Glasgow et Raz Ohara And The Odd Orchestra et les têtes d'affiches The Dodos et Deerhunter, le tout dans un chapiteau monté pour l'occasion.
A Sunny Day In Glasgow passait en premier, mais le trafic bruxellois a eu raison de moi et c'est finalement au milieu du set de Raz Ohara And The Odd Orchestra que j'arrive. C'est plutôt calme, une formation pop folk auquel s'ajoute parfois de l'accordéon ou du mélodica. Des titres à rallonge plutôt ennuyeux, on dirait qu'il essaye d'avoir un son jazzy et de faire des montées type post rock mais leur technique ne trompe personne et on s'emmerde sec. C'est pas grave, on en profite pour faire un tour au bar afin de déguster une bière belge avec une bon cornet de frite.


Par la suite, The Dodos entre en scène, l'atmosphère se réchauffe malgré un public assez statique. Ils sont trois sur scène, une batterie, une gratte et un xylophone (quasi inaudible du fait de l'accoustique très moyenne de la salle) qui échange sur certaines chansons son instrument pour un renfort de percu (un tom basse + une cymbale). Leur musique donne vraiment la pèche, impossible de ne pas avoir un grand sourire aux lèvres tout au long du concert. La batterie donne une véritable puissance et guide le bas du corps, appuyé par une gratte plutôt acoustique très énergique, en ressort un côté folk dansant très joyeux. Ils ont joué quasiment tout leur dernier album que j'apprécie moins que "Visiter" leur premier opus, mais on dirait que les chansons prennent toute leur dimension en live. Le set était court, seulement 50 min, plutôt frustrant mais assez jouissif.


20 minutes plus tard, place à Deerhunter. Ca fait déjà quelque temps que je voulais les voir: j'ai adoré "Turn It Faggot" plus rock/post punk incisif et surtout "Cryptograms" mi expérimental psyché, mi pop song imparables. Je n'aime pas trop Microcastle, leur dernier album, trop lisse peut être, trop pop. Pas de chance, ils ont tout comme The Dodos joué que leur dernier album (seulement une track de Cryptograms et peut être une ou deux du 1er album). Mais encore une fois l'album a pris toute sa dimension en live: ils sont assez statiques sur scène mais envoient une telle intensité! Ils ont pas mal pris de liberté avec les chansons originales en rajoutant de long solos aériens et envoûtant et surtout d'une puissance assez folle, les pop songs visaient juste (bien que je ne sois pas un grand amateur de pop), efficace avec un côté psyché sans partir dans le ridicule. Mais c'est surtout leur puissance de leur son qui impressionne, leurs accords ne sont pas très techniques ni complexes pourtant mais ils sont bien maitrisés et le son est bien égalisé: malgré l'acoustique minable l'auditeur se trouve face à une véritable tempête sonore.
Bradford Cox (aka Atlas Sound) et son corps chétif possède une aura très forte au sein du groupe, ses solos et ses chœurs donne toute la consistance à la musique de Deerhunter et on a vite compris que c'est bien lui le cerveau du groupe. Il a chaleureusement remercié le public qui en redemandait, après un set court (une petite heure) mais intense.
Ça faisait longtemps que je n'étais pas sorti d'un concert aussi sonné, un peu perdu avec l'impression d'avoir vécu quelque chose de fort; combien de fois ai-je répété "mais quelle claque j'ai pris bordel!".

dimanche 9 mai 2010

La route de la surdité.

Atari Teenage Riot - Le Grand Mix, Dimanche 9 mai 2010

Ce blog s'appelle "Brainfeeders & Mindfuckers". Si le premier terme est une référence explicite à Flying Lotus et par extension au label Warp, le second s'inscrit dans la volonté de Vianney et moi-même d'éviter toute limite. Il n'y a pas de ligne éditoriale. Il n'y a rien dont on n'ose pas parler musicalement. De la musique classique à l'extrême violence, aux "mindfucks", ces moments étranges où le cerveau se déconnecte, où un fusible lâche et l'inhibition s'évapore. Et il s'avère que je rentre à l'instant d'un des plus beaux "mindfucks" de mon existence.

Sur ma route de la surdité, à chercher le "mindfuck" ultime, il y a eu A Place to Bury Strangers au premier rang, les yeux écarquillés quand Oliver Ackerman arrache d'un seul coup, à la main, les six cordes de sa guitare. Il y bien sûr eu Autechre et sa violence dévastatrice et déstructurée dans le noir total. Il y a eu Sunn O))), un concert physique qui purifie l'âme. Et l'apogée fut sans aucun doute My Bloody Valentine et ses décharges sismiques. Il fallait donc continuer ce chemin. Je n'ai pas encore d'acouphènes, alors autant défier le destin.
Atari Teenage Riot donc, pas de la musique de mormon. Stroboscopes à toute vitesse et sans interruption. Il faut à Alec Empire moins d'une minute pour se retrouver torse nu, à haranguer la foule, serrant le poing et tendant son micro vers les personnes déchainées devant lui. Il se bat contre des personnes fictives, coups de pied, coups de poing, sans arrêt ! Pas un moment de répit. Les trois allemands sont complètement possédés et balancent des beats à toute vitesse sous des flots continus de bruits et de hurlements. Il y a parfois des semblants de mélodie.

Il y a dans le Digital Hardcore de ATR quelque chose assez proche du hip hop. Un groove qui fait bouger les bras d'arrière en avant. Mais un groove diffus, caché derrière un déluge sonore.
A un moment, Alec Empire saute dans la foule. Il lance lui même le mouvement et toute la salle se met à se bousculer. Du haut de mon mètre soixante-quatre, j'ai eu le privilège de me faire bousculer par Alec Empire, j'ai croisé son regard. Un regard noir, plein de haine. La preuve d'un être possédé et complètement impliqué dans ce qu'il chante, ce qu'il hurle. Il croit encore complètement en ce qu'il fait.

Ce soir, sur France 2, il y a le film d'Inarritu, Babel (France 2 le diffuse en VF et casse tout le film donc, basé sur la compréhension et la multitudes des langages, mais passons, et vive Arte). Une des scènes de ce film est une réussite absolue. La jeune japonaise sourde se retrouve en boîte de nuit. Entre le silence pesant de la caméra subjective et l'ambiance dithyrambique des plans d'ensemble, le mouvement est perpétuel. Le silence et le bruit s'enchevêtre dans un raz-de-marée de couleurs et d'éclairages. Un concert d'Atari Teenage Riot est un peu semblable à cette scène. La musique porte tellement qu'elle disparaît presque complètement. Reste ces lumières qui tournent sans arrêts et font que tous les mouvements semblent au ralenti.
Un des concerts les plus intenses jusqu'ici. Une expérience scénique à vivre. Une vraie perte des repères, comme une crise d'épilepsie. Dans la voiture, j'avais beau monter le son de l'autoradio sur mon album des Young Gods, ça semblait un peu mou.

Alec Empire, à la fin du concert, tapera dans les mains de toutes les personnes en première ligne. Une heure après le concert, il écrira sur son twitter : "super nihilistic show tonight. total destruction. that's what it feels like. fuck yeah. release all the rage, the beast reigns".
Je ne peux qu'approuver, et je vais me chercher un aspirine.

La photo (qui n'est pas du concert de ce soir, mais de celui d'Amsterdam) a été honteusement piquée sur le Flickr de Ekeim.

dimanche 18 avril 2010

Hi, How Are You ?

Daniel Johnston - 18 avril 2010, Le Splendid, Lille.



Rencontrer un mythe, une légende, ça n'arrive pas tous les jours. Il y a seulement quelques semaines, j'étais confronté à Phil Elverum, un des artistes qui m'absorbe le plus, qui me fascine le plus aujourd'hui. (Concert dont tu peux lire une superbe chronique écrite par Nina ici). Aujourd'hui, c'était Daniel Johnston, figure emblématique des scènes underground américaine depuis maintenant quasiment trente ans. De jeune gringalet angoissé à obèse maniaco-dépressif dans un état végétatif avancé, il a inspiré le monde entier, de Vic Chesnutt à Kurt Cobain en passant par Tom Waits.
Pourtant, Daniel Johnston ne sait rien faire. Il ne sait pas jouer de guitare, ni de piano. Ou alors très mal. Et on ne s'attarde pas sur son chant nasillard pire que le Dylan de Another Side.

Je n'aurai jamais pensé le voir sur scène, de mes propres yeux. Pourtant, il tourne avec un orchestre hollandais, le Beam Orchestra et il s'arrête quelques dates en France. Et me voilà en face de Daniel Johnston, le ventre proéminent, tremblant terriblement. Il a un t-shirt sale, un jogging craqué. Il oublie de brancher sa guitare. Une fois qu'un membre de l'orchestre lui a rappelé, il rit et commence à jouer, seul. Trois ou quatre chansons, avec ses trois ou quatre accords. Il chante. On perçoit qu'il est concentré à l'extrême, attentif comme tout pour lire correctement le cahier de paroles qu'il a en face de lui.
Il s'arrête, et dit que le groupe va jouer. Tout l'orchestre le reprend. Oui, il faut qu'ils jouent avec eux. Il s'assoit alors, entame sa première bouteille de coca light et, toujours aussi tremblant, chante sur les orchestrations "too much" du groupe ses ballades épurées. L'orchestre est trop présent, il est partout et tente d'habiller les chansons. Daniel, lui, est totalement nu sur scène. Il se concentre pour chanter. Le reste du temps, il est ailleurs, complètement perdu. Il ne sait plus trop quelle chanson il doit chanter, le saxophoniste doit lui faire signe pour qu'il commence les chansons. "Où sommes-nous " demande-t-il ? En France. "Ah oui, je n'ai été que dans un macdo, et les macdos sont les mêmes partout dans le monde".

Il s'absente l'espace d'un titre ennuyeux du Beam Orchestra et oublie de revenir. Entre temps, il a terminé les trois bouteilles de coca et entame l'eau. Il est paumé. Il est devenu une sorte de légume chantant, et pourtant, il exerce et déploie une force impressionnante dans l'émotion. Il est ailleurs. Il ferme parfois les yeux et se fige. Le public ne sait pas comment réagir quand il s'étouffe avec les quelques mots qu'il prononce. On sent qu'il est content d'être sur scène, qu'il s'amuse, qu'il prend plaisir à chanter ses chansons.
Pour qui joue-t-il ? Pour lui. Il change de chanson au dernier moment et la dédie aux Beatles, mettant le Beam Orchestra dans l'embarras. Il semble complètement imprévisible, mais tellement appliqué une fois la chanson lancée.

Il m'est difficile d'expliquer pourquoi, malgré les arrangements dégoulinants de l'orchestre, pourquoi ce concert m'a plu. Tout comme il est impossible d'expliquer objectivement pourquoi la musique de Daniel Johnston est si géniale, si vraie, si prenante. Il y a quelque chose d'irrationnel dans tout ça. Daniel Johnston est un gros monsieur attachant et terrifiant. Un légume qui ne sait plus rien faire de ses mains tellement il tremble. Mais quand, accroché à son micro qui va et vient avec ses tremblements, il tente de chanter "True Love Will Find You in the End", c'est beau à pleurer.
Même si le concert en lui-même était plutôt moyen, c'était Daniel Johnston. Un nom de plus de rayé sur ma liste des choses à faire et à voir avant de mourir.

mercredi 19 août 2009

Route du Rock - St Malo. 14, 15 et 16 août 2009



C’était sûrement l’affiche à ne pas manquer, bien loin des groupes incontournables que proposent d’autres festivals. Le culte côtoyait le futur, l’electronica attendait que le folk se termine pour prendre le dessus.
Ca a duré trois jours, intenses, sans interruptions. L’herbe présente au commencement a vite laissé sa place à une terre dure et sèche. Les zombies ont peu à peu remplacé les fringants festivaliers.
Un festival indie, à taille humaine, mais fort, parfois trop fort.


Le Bruit et la Fureur




Le vendredi commençait sous le soleil. Malheureusement, Marissa Nadler et la voix grave de Mark Kozelek m’échappaient. Il fallait courir après les pass, installer la tente dans le grand champ qui fait office de campement, au bout duquel un bloc sanitaire trône, propre, pour l’instant.
Crystal Stilts aussi me fuit, à cause des embouteillages, aussi bien pour monter dans la navette qui rejoint le Fort Saint-Père qu’aux abords du lieu, où un engorgement de mélomanes attendant la fouille retarde le départ de ce qu’on peut appeler légitimement, des hostilités.
Tout commencera donc par Deerhunter.
Le chanteur, terrifiant dans ces habits trop amples qui masquent sa silhouette anorexique, statique, enchaîne les incantations. Ils sont immobiles, et de cette absence de mouvement jaillit une force, une intensité angoissante. Chaque chanson empiète sur la suivante. Ce concert n’est qu’une longue complainte. Le premier contact avec le bruit se fait. Quelques instants sont inaudibles, mais l’impression est bonne. Ce groupe est définitivement à revoir, dans une salle sombre, sans le soleil qui chauffe les joues et rend chaque concert, même le plus noir, souriant.
Des hommes âgés se trouvent sur scène. Entre temps, j’ai pu me promener dans cet espace clos. On y voit de tout. Des moules-frites, un camion à pizza, des galettes saucisses, des stands où l’on achète le jeton qui permettra d’acheter la boisson que l’on mettra dans le gobelet que l’on a acheté, avant de rendre ce gobelet, contre l’euro qu’il avait coûté. Consigne des gobelets, écologie oblige. Le stand des labels, par contre, est une mine d’or. On y trouve Talitres qui vend Flotation Toy Warning, ce groupe majestueux dont l’album n’est plus distribué, Swell ou The Wakmen, Another Records qui promeut Misophone ou Les Boutiques Sonores avec le joli vinyle de Mina Tindle. Tant pis pour le porte-monnaie.
Ces hommes mûrs, j’y reviens, font parti de Tortoise. Les pionniers du post-rock, de cette musique lente, qui prend du temps à s’installer, pour ensuite s’envoler. Hormis ces quelques envolées, l’ennui me gagne. De longues introductions qui s’avèrent être les titres complets. Puis l’impatience commence à poindre. D’ici quelques dizaines de minutes se dresseront quatre personnes, quatre humains, qui ont opéré une révolution en regardant leurs chaussures. My Bloody Valentine. Ils n’ont plus vingt ans, ils n’ont plus la même angoisse que dans les années 90. Mais leur musique reste intact, ce son reste. Les voir est une expérience à part, paraît-il.
Depuis le matin, des chuchotements s’installaient. « Ce soir c’est My Bloody Valentine ! On va en prendre plein les oreilles », « Il faut que je trouve des bouchons d’oreilles » et autres « Il paraît qu’ils jouent très très fort ». Autant dire qu’on s’y attendait, à ce que ce soit très fort. On s’attendait à ce déluge. Pourtant, la surprise fut complète. Des murs d’amplis apparaissent sur scène. Puis Kevin Shields et ses cheveux longs, son long trench-coat. Il empoigne une guitare, s’approche du micro. « One two », « one two ». Ce sera peut-être le seul moment où l’on entendra sa voix. Le son sec des baguettes de batteries annonce le début du concert. « One two three four ». La foule est, d’un coup, figée. Les gens se regardent. Ce premier accord est sismique. Tout tremble. « Maximum Volume Yields Maximum Results » comme il est écrit sur les disques de Sunn O))), tout s’explique. Il n’est plus réellement question de musique, c’est du ressenti. Un ouragan déferle sur la nuit de St Malo. Un « attentat contre la santé publique » disent certains. On n’entend pas les voix. Juste un son continu de guitares. Le stroboscope donne une impression de ralenti sur tout cela, comme si le temps n’était plus, que tout se vivait au ralenti. Cataclysme semble être le terme le mieux approprié pour qualifier ce déluge sonore. La fin n’en est que l’apogée. Près de vingt minutes de bruit qui s’entendront jusqu’à la côte, simplement du bruit, histoire de faire saigner quelques oreilles. « Thank you for being here ». Kevin Shields s’en va. Il a fait son boulot : il a donné à quelques personnes une expérience unique. Certains la trouvent désagréable. D’autres sont sur une autre planète et ont besoin de s’asseoir pour récupérer. C’était violent comme un plongeon dans une eau glacée, comme au fin fond de l’œil du cyclone. Il ne me reste que peu de temps pour récupérer avant A Place to Bury Strangers…
Il était possible que ce trio, le « groupe le plus bruyant de New York » joue plus fort que My Bloody Valentine. Les bouchons d’oreilles restent à leur place. Mais il n’en sera rien. Ils ne veulent ou peuvent pas rivaliser avec la puissance de Kevin Shields et sa bande, mais ils jouent plus sur l’énergie. La musique est bien plus lisible, accessible. C’est entraînant. Comme de la pop noyée derrière des sons saturés. La fin du concert est quand même apocalyptique, ils ont une réputation à tenir. Oliver Ackermann massacre sa guitare dans un tourbillon bruitiste. A Place to Bury Strangers est un des groupes à suivre, définitivement, comme le digne héritier de la scène noise, pleine d’énergie, de bruit et de fureur.

Scatterbrain

Impossible de dormir. Peu importe. La journée sera bonne. Et elle commence par une bonne surprise, sur le fauteuil de l’incompréhension. Assis pour un concert d’electronica. C’est comme couper les mains d’un artiste. C’est nier le côté dansant de cette musique. Comment feront-ils alors, demain, pour Gang Gang Dance ? On cassera les fauteuils. The Present, donc, groupe du producteur d’Animal Collective et de Panda Bear. Oui, ça s’entend. Il y a un côté « bruitiste » plus prononcé, presque drone par moments. Une jolie découverte. Viennent Forest Fire. Ils m’avaient ennuyé en disque. Et voilà qu’il recommence sur scène. Fade et répétitif. Peu prenant. Quelqu’un du stand Talitres (ce label merveilleux où ils sont signés) me dit qu’il faut les voir dans d’autres conditions. La vidéo de la Blogothèque les fait remonter dans mon estime. A suivre, pourquoi pas, il n’y a rien à perdre. La suite est plus complexe. Je veux voir St Vincent, voir ce que sont folk alambiqué donne sur scène. Sauf que, les navettes sont remplies comme des œufs. Impossible d’en attraper une. Alors on feintera, par la gare. Ouf ! Selon les horaires, on ratera seulement Papercuts, un groupe sympathique mais pas passionnant. Sauf que, une fois de plus, quand on arrive, Papercuts joue. Comment ? Ils seraient en retard à ce point ? Non. Ils ont inversé St Vincent avec Papercuts. Annie Clark me fuit comme Marissa Nadler. Papercuts passe tout seul, pas très inventif, mais agréable.
Camera Obscura vient ensuite, un cygne épinglé sur la veste comme un hommage à Mazzy Star. Ils ont sûrement été bercé par les rengaines enfantines de Belle & Sebastian. Assis dans l’herbe, en tailleur, sous un soleil voilé, un vrai moment de pop, allant et enchanteur parfois.
La nuit est tombée maintenant. Des bruits de radios retentissent. Il faut courir pour se frayer une place dans la foule. C’est The Kills. Jamie Hince et Alison Mosshart, les deux insolents à la boîte à rythme. Beaucoup de personnes sont là pour ça. C’est bien. Dansant, énergique, et toujours aussi sexuel. Il n’y a pas d’autres mots pour qualifier leur musique. La tension érotique que dégage Alison, ce magnétisme est inouï. Elle jette des regards noirs plein de sous-entendus. Mais voilà, c’était la seconde fois que je les voyais. Je n’ai pas trouvé ça aussi intense. Des titres ont été ratés. D’autres manquaient (comment oublier Fuck The People, cette chanson dévastatrice ?). Ils auraient dû mieux faire, beaucoup mieux. C’est avec un goût amer que je regagne l’arrière du parc, proche de la nourriture et des boissons. La suite ne m’intéresse pas.
Peaches, à part Fuck the Pain Away, c’est typiquement ce que je n’aime pas. Un côté Girl Power énervant, une synthèse de ce qu’il y a eu de pire dans les années 80, de la provocation inutile… Mais on ne peut lui enlever son sens du spectacle. Elle allume littéralement le feu, en s’effeuillant peu à peu. La guitariste est en porte-jarretelles, ils sont tous à moitié nus. Peaches marche dans la foule, danse comme une folle. Mais la musique ne passe pas. Vite, la suite !
Et quelle suite ! J’attendais avec impatience cela. Four Tet, de l’electronica imbibé d’IDM (Intelligent Dance Music), à deux heures du matin, c’est le voyage assuré. Que dire ensuite… Dès les premiers beats, tout mon corps se meut, mon cerveau danse et envoie par décharges électriques des ordres à mes membres : danser, en rythme, de gauche à droite, en suivant ce rythme lancinant. Plus rien n’existe à ce moment-là. La foule se transforme en horde de zombie et tangue de gauche à droite. Pendant plus d’une heure et demi, le mouvement est ininterrompu. Il n’y a pas réellement de mots pour qualifier ce qu’il se passe dans ma tête, dans mon esprit. Il y a une sorte de vide, de néant agréable qui s’accompagne d’un plaisir physique. Rien qu’à y repenser, malgré l’absence totale de souvenir précis, mes jambes se remettent à bouger selon un rythme imaginaire. Quand il termine, sous les applaudissements très fournis, il fait signe et s’en va, avec le sourire. Il est venu, à fait danser et voyager les gens, et est reparti, humble comme tout, heureux comme un gamin. Sûrement l’un des meilleurs, si ce n’est le meilleur, concert des trois jours. Après quelques minutes de silence, on peut recommencer à parler, mais l’on arrête pas de danser sur la route du camping.
Four Tet, en un mot : épique.

Féerie pour une autre fois



Ultime jour. Je n’ai pas dormi de la nuit. Je ne sais pas comment je tiendrai jusqu’à la fin de la journée. Sûrement en me blindant de coca et de café. En tout cas, pas de temps à perdre ce dimanche. Il y a Gang Gang Dance à Saint Malo. Alors allons-y. Avant, il y a Telepathe. Parfait pour la sieste. Dans cette grande salle de conférence aux fauteuils moelleux, je m’endors. Autant dire que la musique n’est pas passionnante. Mais Gang Gang Dance arrive. Il leur faut peut-être un quart d’heure pour que la sauce prenne, mais après, plus question de perdre du temps avec des enfantillages et des nappes lentes. C’est tribal et d’une violence rare. Pas moins de quatre moyens percussifs son utilisés, pour rythmer ces bruits de guitare, de synthé et la voix de la chanteuse, habitée. Elle chante comme une Beth Gibbons sous acide, danse sans arrêt, comme possédée par le malin. Malgré un petit passage à vide au milieu, la fin est ahurissante. Une lobotomie en règle. Quelques personnes se lèvent et dansent dans l’espace réduit entre les fauteuils, les têtes bougent. Beaucoup de personnes partent aussi, face à la violence sonore du spectacle. J’en ressors impressionné par l’intensité qu’ils arrivent à donner, la densité de leur musique et leur inventivité. Ils sont très fort chez Warp, pour dénicher des originaux. Parce que tout à l’heure, il y a Grizzly Bear, mais on en reparlera.
La priorité est tout autre, arriver de manière à voir Bill Callahan, l’homme toujours triste, même quand il remercie le public. Mais ce concert est très beau. Allongé sur la pelouse, les yeux vers le ciel, ses chansons touchent. Sa voix caverneuse se mêle parfaitement à la langueur des guitares. C’est brumeux comme le matin à St Malo, quand on ouvre la tente et qu’une lumière étrange éblouit. C’est doux comme la rosée. C’est une musique dépressive, certes, mais après ? Il en reste un bon souvenir, de beaux moments.
La suite la suite la suite. La suite est belle, une fois de plus. Non, je ne m’extasie pas devant tout ce que je vois ou entend. Juste qu’Andrew Bird, le siffloteur et violoniste est arrivé pile au bon moment. Alors que le jour fléchissait, il débarque avec son folk simple comme bonjour, et tellement beau. Il aura fallu attendre ce dernier jour pour ressentir les premiers frissons. Il chante, joue de la guitare, siffle, attrape son violon et lance quelques mélodies entêtantes. Il fait relativiser les précédents jours. À quoi a servi tout ce bruit, toutes ces expérimentations ? Alors que le folk donne toutes les réponses. Pas besoin de tout ça ! Juste une voix et une guitare. Et quand il annonce la fin du concert, le soleil se couche, avant les deux dernières chansons. Moment simplement magique. Tout semble simple avec Andrew Bird. Alors voilà, à voir et à revoir, et à revoir encore.
Le seul et unique français du festival est le plus indie des chanteurs de notre belle nation : Dominique A. Il est sombre lui aussi. Il arrive seul sur scène, avec sa Telecaster qu’il gratte mécaniquement. Le problème c’est que c’est répétitif. Mais parfois, des mélodies magnifiques apparaissent. Alors ça va, de loin, sur l’herbe, toujours. Puis de toute façon, on attend que Grizzly Bear. C’est un peu la grosse affiche du jour, tellement leur Veckatimest a marqué les esprits. Il est donc bon ton de se ruer devant la scène.
Allons-y, dernier concert très attendu du long week-end. Les prodiges de Grizzly Bear. Ceux par qui on a la preuve que Jonny Greenwood parle, puisque le guitariste de Radiohead avait annoncé pendant un concert (sic) que ce groupe, qui faisait leur première partie, est vraiment excellent. Si Jonny le dit, et prend la peine d’articuler des phrases, c’est qu’il doit y avoir quelque chose de fantastique chez eux. Oui, trop d’adjectifs trop emphatiques, je l’avoue. Mais voyons voir, qui, aujourd’hui, réussit à créer une pop si aérienne, une pop entortillée de mélodies improbables. Les chansons à tiroirs de Grizzly Bear sont belles, sont dansantes, sont prenantes, sont proches des chansons pop parfaites. Les harmonies vocales se mêlent à l’omnichord et aux guitares. Ils élèvent chaque chanson au rang de voyage dans un univers tout à fait particulier et inconnu. Ils méritent vraiment cette étiquette de futur meilleur groupe du monde, qu’ils hériteront quand Radiohead aura définitivement décidé d’en finir. Alors les voir là, comme ça, heureux de jouer, racontant des anecdotes par définition inutiles, pas bégueules du tout, c’est juste du plaisir et de la fascination. Tout se finit en beauté, avec un While You Wait for the Others d’anthologie. Et après ?
Et bien après, on n’attend plus rien. On regarde de loin Simian Mobile Disco et son electro classique mais puissante, le light show colossal. On essaie d’aller savourer l’electro indus d’Autokratz, mais après quelques pas esquissés, plus rien ne suit, il faut aller dormir, maintenant. L’organisme ne suit plus. Il fallait bien que ça arrive un jour.


Que reste-il, au final ? Une sensation au poignet. Je sens toujours ce bracelet rose pailleté qui a scintillé à mes côtés pendant trois jours. Je l’ai coupé, mais il semble toujours présent. Il reste aussi un souvenir de la violence de My Bloody Valentine, de ce premier accord comme un ravage. Il reste l’oubli que m’a procuré Four Tet. Il reste la lobotomie offerte par Gang Gang Dance. Il reste le sourire que m’a laissé Andrew Bird, il reste le plaisir de voir Grizzly Bear. Maintenant, je dois avoir la Grippe A, je tousse. J’ai du sommeil à rattraper. Je me déplace comme un zombie, lentement. Mais sans risques, rien n’a de saveur. La prochaine fois, alors, je regarde My Bloody Valentine sans bouchons d’oreilles.


Les photos sont prises chez The Man of Rennes.
Il y a des très beaux concerts à empoter sur La Blogothèque, et quelques concerts entiers (dont celui d'Andrew Bird) chez Arte Live.